Quelques mois après l’EVO-X2, qui avait établi une référence en IA locale grâce à ses 128 Go de mémoire unifiée, GMKtec remet le couvert avec l’EVO-X3. La puce est strictement la même : un AMD Ryzen AI Max+ 395 à 16 cœurs Zen 5 et 32 threads, avec son iGPU Radeon 8060S à 40 unités de calcul. Alors qu’il y a le Ryzen AI Max+ PRO 495 qui arrive, avec un peu plus de bande passante et surtout jusqu’à 192 Go de mémoire vive.
Pour aller plus loin Test du GMKtec EVO-X2 : AMD Strix Halo, 128 Go de RAM unifiée et un iGPU au niveau d’une RTX 4060
Ce qui change, c’est tout ce qui l’entoure : un boîtier entièrement repensé, plus grand, plus long, tout en métal, avec une gigantesque grille d’aération sur le dessus et un système de ventilation nettement plus développé.
Ce choix n’a rien d’esthétique. Sur un APU comme le Strix Halo, où CPU et GPU partagent une enveloppe de puissance commune, la capacité du châssis à dissiper la chaleur conditionne directement les performances soutenues. Avec un TDP configurable jusqu’à 140 W, l’EVO-X3 peut laisser la Radeon 8060S s’exprimer là où la plupart des GPU mobiles sont bridés par leur budget énergétique. C’est précisément ce que j’ai voulu vérifier au banc, face à l’EVO-X2, au Minisforum MS-S1 Max et aux autres machines Strix Halo que j’ai testées comme le Framework Desktop.
Configuration testée ici : 128 Go de LPDDR5X-8000 dont 64 Go alloués en VRAM, SSD Crucial E100 de 2 To en PCIe Gen5, Wi-Fi 7, le tout à 3 499,99 euros. Voici le retour d’expérience, j’espère que vous le trouverez assez complet.
L’exemplaire de ce test nous a été fourni par GMKtec.
Posé sur le bureau, l’EVO-X3 ne ressemble à aucun autre mini PC. Il évoque immédiatement une console de jeu de salon : un boîtier très fin en hauteur, mais large et surtout long, nettement plus imposant que l’EVO-X2 ou que les mini PC cubiques habituels. Ce n’est plus vraiment un « mini » PC au sens strict, c’est un ordinateur compact au format console qui assume sa présence.
La conception est solide et les finitions excellentes. Le boîtier est entièrement en métal, avec un assemblage précis, sans jeu ni craquement, et une qualité de surface qui tranche avec le plastique de nombreux concurrents. Le dessus est occupé par une très grande grille d’aération, l’élément central du design, qui laisse deviner le système de refroidissement généreux installé dessous. C’est beau, sobre et réellement bien fait. Sur une machine vendue près de 3 500 euros, c’est le minimum attendu, mais GMKtec le délivre.
Ce format n’est pas un caprice esthétique. Sur l’EVO-X2, le châssis compact obligeait à rester en mode Équilibré pour contenir bruit et chaleur.
Sur l’EVO-X3, le volume supplémentaire et la ventilation bien plus développée permettent d’encaisser un budget de puissance nettement plus agressif tout en restant frais et discret. Le châssis est d’ailleurs froid au toucher même sous charge : la chaleur s’évacue par la grille, pas par la coque. C’est le vrai différenciateur de cette machine, et on va le mesurer.
Bonne nouvelle côté stockage : l’EVO-X3 s’ouvre facilement. Huit vis Torx, une plaque à retirer, et on accède directement aux deux emplacements M.2 2280 en PCIe 4.0 x4, dont un occupé par le SSD Crucial d’origine (coiffé d’un dissipateur) et un second libre pour ajouter un disque.
C’est d’autant plus appréciable que, comme on le verra plus loin, le SSD livré d’origine mérite d’être remplacé ou complété pour les usages intensifs. Au-delà du stockage, il n’y a évidemment rien d’autre à faire à l’intérieur : la mémoire est soudée au package du processeur, contrainte inhérente à la plateforme Strix Halo.
L’ouverture montre surtout une conception étonnante. Deux énormes ventilateurs encadrent la carte mère, reliés par un jeu de larges caloducs qui serpentent sur toute la longueur du châssis.
On dirait littéralement l’intérieur d’un PC portable gaming, avec sa carte mère plate et son refroidissement à caloducs et ventilateurs radiaux, mais redressé dans un format vertical de console.
Un point de contexte d’abord. Le Ryzen AI Max+ 395 est un APU : son CPU et son gros iGPU Radeon 8060S partagent une seule enveloppe de puissance. Quand l’un tire, l’autre cède du budget. Les GPU mobiles sont en général fortement limités par cette enveloppe, et c’est ce qui explique que le même Strix Halo donne des résultats différents selon le châssis qui l’accueille. Avec un TDP maximal de 140 W, l’EVO-X3 offre à la Radeon 8060S une marge que peu de machines de ce format lui donnent.
Les chiffres parlent d’eux-même, est-ce que j’ai besoin de les commenter ? Allons-y. Un SoC qui plafonne à 67 °C sous charge soutenue, sur un Strix Halo qui monte couramment à 85 ou 95 °C ailleurs, c’est frais. Le delta entre repos et charge n’est que de 14 °C environ : la marge thermique est énorme. Le throttling est parfaitement plat, la fréquence ne décroche jamais, la limite vient de l’enveloppe de puissance et non de la température.
Précision méthodologique, car j’ai passé du temps sur ce sujet : la sonde CPU (Tctl) est bloquée par Secure Boot (que j’ai pourtant désactivé) sur cette machine, la température lue est celle du capteur SoC VR, un proxy fiable sur cet APU. Le die CPU exact est sans doute un peu plus chaud, mais illisible ici.
Côté bruit, le comportement suit l’état thermique. À froid ou sur une charge courte, la machine reste à 32,4 dB, quasi inaudible. Sur une charge lourde prolongée, une fois l’APU saturé en chaleur, les ventilateurs montent à 48,6 dB : un souffle de ventilation clairement présent, mais un souffle, pas un sifflement. En charge combinée CPU + iGPU, on redescend même à 44,7 dB. Pour situer, l’EVO-X2 tournait à 47 dB avec un profil BIOS moins agressif. L’EVO-X3 encaisse donc plus de puissance en restant dans le même registre sonore, et il est bien plus discret sur les charges courtes. Le gros châssis métal façon console fait exactement le travail pour lequel il a été conçu.
Même puce que l’EVO-X2, mais un BIOS plus récent et un mode Performances que le châssis permet enfin d’exploiter pleinement. Le résultat place l’EVO-X3 en tête de toutes les machines que j’ai passées au banc.
En multi-thread, l’EVO-X3 signe 7 819 points sur Cinebench 2026, soit 11 % de mieux que l’EVO-X2 et 24 % de mieux que le Minisforum MS-S1 Max, pourtant équipés du même APU. Sur Geekbench 6 multi, 23 114 points, 5 % au-dessus de l’EVO-X2. En single-core, les trois machines sont au coude-à-coude (461 sur Cinebench, 2 979 sur Geekbench 6) : un cœur seul ne sature pas l’enveloppe de puissance, le châssis ne fait donc aucune différence sur le réactif.
J’ai mesuré précisément l’apport du mode BIOS Performances face au mode Balanced, sur la même machine : +5,5 % au Cinebench multi (7 408 vers 7 819) et +4,1 % au Geekbench 6 multi (22 212 vers 23 114), avec un single-core rigoureusement plat.
Ce qui signifie que le mode Performances vaut le coup pour les charges soutenues (rendu, compilation, encodage, IA), il n’apporte rien pour la bureautique ou la réactivité.
Les 128 Go de LPDDR5X en 8 canaux délivrent 72,3 Go/s, au niveau des deux autres machines Strix Halo. Petite différence à connaître : l’EVO-X3 embarque de la mémoire à 8 000 MT/s là où l’EVO-X2 montait à 8 533 MT/s. Ce léger retrait explique les quelques pourcents perdus sur le GPU et l’IA, tous deux affamés de bande passante. Bonus intéressant sous Windows : avec le backend Vulkan, l’iGPU accède à 95,8 Go de mémoire, bien au-delà du carveout de 64 Go. Les très gros modèles tiennent donc sur GPU.
C’est le point noir du test. Le Crucial E100 de 2 To est annoncé en PCIe Gen5, mais ses débits séquentiels (5 430 Mio/s en lecture, 4 033 en écriture) restent sous ce qu’on attend de cette interface, et surtout ses performances en accès aléatoire 4K s’effondrent : 48 600 IOPS en lecture et 49 600 en écriture, contre 595 000 et 470 000 sur l’EVO-X2. Un facteur 10. Tout indique un SSD sans cache DRAM, très modeste en aléatoire. Pour de la bureautique ou du chargement de modèles IA en séquentiel, ça ne se sentira pas. Pour des bases de données, du multitâche lourd ou de la virtualisation, c’est pénalisant. Sur une machine à 3 500 euros, remplacer ce SSD par un vrai NVMe haut de gamme est une dépense à prévoir pour les usages intensifs.
Le Radeon 8060S signe 97 806 points en Vulkan, légèrement sous l’EVO-X2 et ses 102 798 points. L’écart vient de la mémoire à 8 000 MT/s contre 8 533 : l’iGPU, qui puise dans la RAM système, est sensible à la bande passante. Cela reste un très bon niveau, largement au-dessus de tous les iGPU classiques, qui autorise le jeu en 1080p confortable et la création accélérée. Le gaming (3DMark, Cyberpunk) a volontairement été laissé hors périmètre de ce test, la vocation de la machine étant ailleurs.
C’est la raison d’être de cette machine, comme de l’EVO-X2 avant elle. Avec 64 Go de VRAM allouée et jusqu’à 95,8 Go adressables par l’iGPU sous Vulkan, l’EVO-X3 fait tourner des modèles de langage bien au-delà de ce qu’autorise une carte graphique dédiée grand public plafonnée à 12 ou 16 Go.
Mon protocole est toujours simple : Ollama en backend Vulkan sur l’iGPU (variable OLLAMA_IGPU_ENABLE=1), même échelle de modèles que sur l’EVO-X2 pour une comparaison directe.
L’EVO-X3 colle à l’EVO-X2 sur toute l’échelle, ce qui est logique : même APU, même backend. Un 3B à 96,7 tokens par seconde, un 30B MoE à 90, un 32B dense à 11,4 et surtout un 70B à 5,3 tokens par seconde, qui tourne à 100 % sur le GPU avec 43,5 Go en VRAM.






