© dizain/Shutterstock – Linus Torvalds ne touche presque plus à du code.
Présent lors de l'Open Source Summit India 2026 de Mumbai, Linus Torvalds et Dirk Hohndel ont discuté de Linux et de son avenir. L'occasion pour le créateur de la solution toujours plus populaire de parler de l'état de son système, de ses méthodes, ou encore d'intelligence artificielle.
Il a d'abord été question de la version 7.1 de Linux. Un peu comme Microsoft dernièrement, Linux préfère éviter les effets d'annonce et les grandes nouveautés obligatoires à chaque version. Torvalds préfère un OS qui progresse régulièrement et de manière continue. Cependant, cette méthode et le respect de son calendrier sont un peu mis à mal depuis l'adoption de l'IA. L'homme indique : "C’est devenu un peu plus difficile ces derniers temps, car l’IA détecte des bogues intéressants, ce qui a stressé les membres de la communauté."
Le créateur de Linux déclare également être avant tout stressé par les problèmes humains et non les problèmes techniques. Il ajoute d'ailleurs : "Soyons tout à fait honnêtes. Je ne lis pratiquement plus du tout de code. Je ne suis pas programmeur, je suis chef de projet." S'il envoie parfois des suggestions de code, il déclare : "Je m’attends à ce que ce soient les responsables de la maintenance du code qui me renvoient ensuite la correction. Je ne valide donc presque plus jamais mon propre code."
Je ne suis pas très sentimental en matière de technologie. Nous nous montrons un peu plus actifs pour tenter d’abandonner la prise en charge du matériel que littéralement plus personne n’utilise, sauf dans les musées.
Un autre changement de philosophie concerne le support et le nettoyage du code obsolète de Linux. Ainsi, dans la version 7.2 de Linux "nous ne prendrons plus en charge les machines qui ne disposaient pas de calcul en virgule flottante matériel sur x86". S'il souhaite toujours maintenir la prise en charge matérielle tant qu'il y a des utilisateurs, Torvalds déclare qu'"à un certain moment, le coût du maintien de la prise en charge des anciens matériels devient tout simplement trop lourd."
Git et les e-mails sont les deux seuls outils que j’utilise vraiment. J’utilise Google pour faire des recherches.
S'il ne tarit pas d'éloges sur l'intérêt de l'IA pour le développement, Torvalds fonctionne encore à l'ancienne. Il déclare : "Je suis atypique ; la plupart des autres responsables de maintenance finissent par utiliser beaucoup plus d’outils, et je pense que bon nombre d’entre eux commencent à recourir à des outils d’IA pour la vérification des correctifs", alors que lui "travaille à un niveau plus élevé. Je travaille avec des gens, pas avec des outils."
Concernant Rust, sa position est claire : "Je ne suis pas sûr que Rust va conquérir le monde. Je continue de penser que Rust est très intéressant, mais je trouve toujours que le C est un outil bien plus simple." Adepte des outils proposés pour la vérification du C, l'homme persiste et signe : "Je suis plutôt du genre à coder à la va-vite, et j’apprécie toujours la puissance brute et simple du C, et je ne pense pas que cela va changer."
Sans surprise, le sujet de l'IA a également été abordé plus en profondeur durant l'échange. Pour Torvalds, aujourd'hui "nous en sommes à un stade où, espérons-le, cela génère plus de productivité que cela n’en enlève", avant d'ajouter : "nous avons certainement vu plus de "déchets" générés par les LLM que de code utile jusqu’au début de cette année."
Je pense que nous avons tout à gagner à ce que les LLM détectent des bogues, même lorsqu’ils sont embarrassants, et qu’il s’agit de problèmes que nous aurions probablement dû repérer il y a deux décennies.
Beaucoup de temps et de ressources sont ainsi gaspillés par des hallucinations et de faux rapports de bugs, et l'homme insiste sur le fait qu'un bon rapport d'un bug trouvé par un LLM doit être appuyé et étoffé par un humain avec une proposition de correctif. Si les LLM ne peuvent pas encore corriger au niveau du noyau de Linux, il n'hésite pas à en utiliser dans d'autres situations que de la découverte de bugs : "Je m’en sers pour prototyper des choses… bien souvent, le code n’est pas utilisable sous cette forme, mais c’est un excellent moyen de tester des idées."
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