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Pendant que la télévision américaine s’épuise à recycler ses vieux monstres à coups de millions de dollars, le Canada confirme son grand retour sur le devant de la scène sérielle. Avec l’aide de Netflix, le but est de ressusciter un genre qu’on croyait réservé aux vidéos du samedi soir : le film de monstre marin. Mais sous ses airs de divertissement du week-end, Below cache une ambition bien plus sombre qu’il n’y paraît.
Installée dans le village de pêcheurs fictif de Snook’s Arm à Terre-Neuve, la série s’ouvre sur les célébrations de la « Come Home Week », cette semaine où les anciens résidents partis chercher fortune ailleurs reviennent au pays. Mais Snook’s Arm n’est pas un village comme les autres : décimé dans les années 1980 par un programme gouvernemental de relocalisation forcée, le hameau fait aujourd’hui face à une deuxième vague d’expulsion, orchestrée par l’État et des multinationales gourmandes.
Au milieu de cette tempête politique se dresse Calvin Penney (Josh Hartnett), un pêcheur au visage buriné qui refuse catégoriquement d’abandonner ses terres. Traumatisé par la noyade de son père 40 ans plus tôt lors du premier déménagement forcé, Calvin gagne sa vie en découpant des blocs de glace sur des glaciers dérivés pour les revendre à des distilleries de vodka. Mais lorsqu’un iceberg massif et mystérieusement contaminé s’échoue dans la baie, la routine bascule. Calvin y fait une découverte glaçante aux côtés de la scientifique Fonda Howander (Mackenzie Davis) : une créature colossale, réveillée par le réchauffement et les perturbations écologiques, rode sous les eaux. Une bête que Calvin a déjà croisée du regard dans sa jeunesse, un œil incandescent de la taille d’une roue de camion, le jour où son père a coulé.
C’est incontestablement dans cette dimension que Below brille le plus. Sublimée par la photographie hypnotique de William Baldy et la bande-son de Mark Korven, la série capte à merveille la beauté sauvage et la précarité des communautés rurales canadiennes. Le véritable effroi ne vient pas seulement des profondeurs maritimes, mais de l’intrusion toxique de conglomérats technologiques et de milliardaires venus racheter la mémoire d’un peuple.
Sur le plan de l’interprétation, le casting s’en donne à cœur joie. Josh Hartnett, affublé de ses bonnets de marin, s’investit à 200 %. À ses côtés, Mackenzie Davis apporte une rigueur scientifique bienvenue, tandis que Charlie Heaton (Stranger Things), libéré de son rôle de teenager apathique, incarne Wade, le fils dévoué, avec l’énergie d’un labrador enthousiaste.
Malheureusement, dès que l’on gratte la surface du drame insulaire pour chercher les frissons promis par le genre, le bat blesse. Below souffre d’un mal récurrent des productions sérielles Netflix : l’étirement artificiel du récit. Pour meubler ses six épisodes de 35 minutes, la série empile les sous-intrigues de mélodrame familial dispensables. Entre la fille de Calvin qui ramène un petit ami bourgeois en ville, le plus jeune fils étranglé par des dettes auprès de petits voyous locaux, et les secrets de polichinelle du village, le rythme s’essouffle régulièrement. Alors que le tout devrait se concentrer sur l’essentiel : l’horreur pure.
Pire encore, les scénaristes multiplient les artifices narratifs bancals pour justifier la menace. L’iceberg toxique libère ainsi une substance qui empoisonne les habitants, leur infligeant une soif inextinguible, des cicatrices étranges et des hallucinations collectives. Une surcharge d’éléments qui vient parasiter le cœur du sujet.
Mais le vrai problème de Below reste la gestion de sa créature. Après nous avoir mis l’eau à la bouche en montrant un orignal entier traîné sous l’eau et dévoré tout cru, la série joue la carte de la retenue extrême. Manque cruel de budget pour les effets spéciaux ou volonté déplacée de faire de la « noble » dramaturgie ? Le géant des mers, qu’il s’agisse d’un poulpe préhistorique ou d’un calmar mutant, reste désespérément invisible la majeure partie du temps.
Certes, la série s’offre un moment de bravoure mémorable lors d’un épisode claustrophobe où Calvin se retrouve piégé dans un sous-marin de fortune éclairé aux néons rouges, tentant de baliser la bête sous l’océan. La petitesse des décors et le bricolage visuel apportent un charme indéniable qui rappelle le cinéma de genre d’antan. Mais en dehors de ces rares fulgurances, le spectateur reste sur sa faim de terreur tentaculaire.
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