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Parmi les grands genres du manga, le shōnen est sans doute le plus accessible pour le jeune public en quête de récits d’aventure, d’action et de dépassement de soi, mais aussi pour les lectrices et les lecteurs plus habitués au genre, qui cherchent à retrouver les frissons de l’adolescence.
C’est pour cela que le shōnen séduit en réalité des lecteurs de tous les âges, quand bien même les histoires mettent généralement en scène de jeunes héros et héroïnes. Ces derniers, confrontés à des épreuves toujours plus difficiles, doivent progresser, se dépasser et compter sur le pouvoir de l’amitié — oui, ce pouvoir bien connu qui déplace des montagnes — pour atteindre leurs objectifs. Dans le vaste catalogue de mangas disponibles en France, les titres shōnen ne manquent pas et certains ont marqué durablement le genre, jusqu’à devenir de véritables références.
Tout comme notre liste des meilleurs mangas seinen, cette sélection fera l’impasse sur les œuvres cultes et les grandes séries du moment — One Piece, Dragon Ball, Spy X Family, pour ne citer qu’elles —, pourtant fondamentales, pour se concentrer sur des séries un peu moins connues et qui méritent, à notre humble avis, de figurer en bonne place dans votre bibliothèque.
Ce top des meilleurs shōnen s’adresse avant tout à celles et ceux qui souhaitent découvrir ou faire découvrir le genre. Nous allons donc faire l’impasse sur les séries qui ont donné au shōnen ses lettres de noblesse, même si nous risquons de les citer au fil des paragraphes. Les lectrices et les lecteurs qui ont déjà lu de nombreux shōnen pourront tout de même trouver leur bonheur dans cette sélection, notre liste ayant pour objectif de mettre en avant des séries moins connues, ou moins d’actualité en ce moment, mais qui méritent tout autant le détour.
Tower Dungeon, de Tsutomu Nihei (Blame!, Knights of Sidonia), suit un groupe de héros qui s’aventure dans une immense tour labyrinthique, la Tour du Dragon, après qu’une princesse a été enlevée par un puissant sorcier et conduite au sommet. L’objectif : atteindre les étages supérieurs et la sauver, en affrontant au passage une multitude de créatures monstrueuses et des pièges mortels.
Tsutomu Nihei abandonne la science-fiction, le genre qui l’a fait connaître avec Blame!, pour plonger dans l’heroic fantasy, celle des dragons et des princesses à sauver. Comme toujours avec l’auteur, l’architecture est au cœur des pages, avec une Tour du Dragon magnifique, immense et intimidante, ainsi qu’une composante exploration particulièrement fascinante. Tsutomu Nihei déploie également un talent de conteur insoupçonné, avec une galerie de personnages attachants et très bien écrits. C’est très, très beau, et ça se lit avec un véritable plaisir. Dommage, cependant, que les tomes se lisent si vite.
Tower Dungeon est édité chez Glénat, avec 4 tomes sortis pour le moment.
Blue Period, de Tsubasa Yamaguchi, raconte l’histoire de Yatora Yaguchi, un lycéen populaire et plutôt désabusé, qui mène une vie sans véritable passion. Un jour, il découvre la peinture et se prend de fascination pour cet univers. Il décide alors de tout faire pour intégrer la prestigieuse université des arts de Tokyo, un objectif qui l’oblige à travailler sans relâche et à remettre en question sa manière de voir le monde.
Blue Period est un manga plutôt unique, qui reprend certains codes classiques du shōnen — un jeune héros éloigné de son quotidien, en quête de repères, doué mais qui a encore tout à apprendre — pour les plonger dans un univers bien loin de ceux auxquels le genre nous a habitués. Le manga de Tsubasa Yamaguchi prend certes son temps, mais une fois que tout se met en place autour de notre apprenti artiste et que l’ambiance est posée, c’est un véritable régal de suivre son périple pour devenir un peintre à part.
Blue Period est une série toujours en cours de publication et compte actuellement 18 tomes, édités en France par Pika.
Akane-banashi, de Yūki Suenaga et Takamasa Moue, suit Akane Osaki, une jeune fille qui rêve de devenir une grande artiste de rakugo, un art traditionnel japonais dans lequel un conteur, seul sur scène, interprète plusieurs personnages en utilisant uniquement sa voix et quelques accessoires, après que son père, lui-même passionné de rakugo, a été brutalement exclu du milieu.
Akane-banashi est une bonne surprise, qui réussit le pari assez improbable de transformer le rakugo, un art traditionnel japonais de narration orale, en véritable shōnen. Porté par une héroïne charismatique et une mise en scène expressive, il parvient à rendre passionnantes des performances artistiques dont on ne connaît pas grand-chose. Une série originale qui mérite largement sa place dans cette liste, rien que pour sa proposition.
Akane-banashi est une série en cours, avec actuellement 12 tomes publiés en France chez Ki-oon.
Dr Slump, d’Akira Toriyama, est un monument du manga humoristique et l’une des œuvres qui ont contribué à définir le shōnen moderne, avant Dragon Ball du même auteur. La série suit Senbei Norimaki, un inventeur un peu loufoque qui crée Aralé, une petite fille-robot dotée d’une force surhumaine et d’une naïveté désarmante. Dans le village de Pingouin, leurs aventures donnent lieu à une succession de situations absurdes, de gags ridicules et de personnages hauts en couleur.
Dr Slump, c’est drôle, très drôle. Akira Toriyama avait un talent fou pour l’humour absurde et le comique de gestuelle, deux composantes très présentes dans son manga. Son talent de dessinateur a fait le reste, et Dr Slump est encore à ce jour l’un des mangas les plus drôles qui soient. Cerise sur le gâteau, il s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes. C’est drôle, inventif, et c’est un excellent moyen de découvrir le versant comique du shōnen.
Dr Slump est publié dans sa version Perfect Edition en 15 tomes chez Glénat.
Yaiba, de Gosho Aoyama, raconte les aventures d’un jeune garçon vivant dans la jungle avec son père, et qui se prépare pour devenir samouraï. Un jour, après avoir provoqué la colère d’une horde de gorilles géants, Yaiba et son père se retrouvent transportés jusqu’à Tokyo, accompagnés d’un tigre, et devront faire face à de nombreux dangers.
Yaiba, c’est l’un des premiers mangas de Gosho Aoyama, surtout connu pour sa série culte Detective Conan. Plus courte et plus orientée action, Yaiba est un concentré de grands moments d’aventure, que la mise en scène soignée de l’auteur se charge de dynamiser. Sa galerie de personnages hauts en couleur et ses méchants particulièrement redoutables se livrent des affrontements épiques sur fond d’humour et de pouvoirs cachés. C’est fun, sacrément bien exécuté, et cela constitue une excellente porte d’entrée dans l’univers du shōnen.
Yaiba est sorti dans une nouvelle édition chez Soleil, lancée en 2025. Cette édition, qui regroupe deux volumes japonais par tome, comptera 12 tomes au total. Quatre volumes sont déjà disponibles en français.
Ichi the Witch se déroule dans un monde où des créatures magiques, appelées Majiks, confèrent leurs pouvoirs aux sorcières après qu’elles ont relevé une épreuve. Alors que seules les femmes sont censées pouvoir manier cette magie, Ichi, un jeune chasseur vivant sur la montagne Druid, parvient à vaincre un Majik et devient le premier homme à accéder à la sorcellerie. Il se retrouve alors entraîné dans un univers de créatures fantastiques, de sortilèges et de rivalités entre sorcières.
Portée par les dessins dynamiques d’Osamu Nishi et le scénario de Shiro Usazaki, la série est une jolie surprise, dans un genre pourtant vu et revu. Son univers riche, son système de magie original et son rythme soutenu font de la série un très bon divertissement et un shōnen prometteur qui devrait particulièrement plaire aux fans de fantasy.
Ichi the Witch est édité en France chez Ki-oon. La série compte actuellement 4 tomes en français et est toujours en cours de publication au Japon.
Beck, de Harold Sakuishi, est un shōnen musical culte qui suit Yukio Tanaka, un adolescent plutôt banal qui cherche sa place dans le monde. Sa rencontre avec Ryūsuke Minami, un guitariste talentueux et mystérieux, va bouleverser son quotidien : ensemble, ils vont créer le groupe Beck avec l’ambition de se faire une place dans le milieu du rock.
Bien avant Blue Giant et ses envolées jazz, Beck avait déjà réussi l’exploit de faire résonner la musique dans les pages d’un manga. Le récit tient avant tout du coming-of-age, racontant la passion, l’amitié et le dépassement de soi à travers la découverte du rock. Grâce à son approche réaliste du milieu musical, ses personnages profondément humains — avec leurs qualités comme leurs failles — et sa capacité à retranscrire toute l’énergie d’un concert à travers le dessin, Beck s’est imposé comme un classique du shōnen. Attention toutefois, certaines thématiques — l’alcool, la sexualité — le rapprochent parfois du seinen. Disons que c’est une excellente passerelle vers des récits plus matures et plus seinen dans l’âme.
Beck est publié en France dans une édition Perfect en 17 tomes chez Delcourt/Tonkam. Les 14 premiers volumes sont déjà disponibles, de quoi vous offrir de nombreuses heures de lecture.
Beastars, de Paru Itagaki, est un shōnen atypique qui utilise un monde peuplé d’animaux anthropomorphes pour raconter une histoire bien plus profonde qu’il n’y paraît. Dans une société où herbivores et carnivores tentent de vivre en harmonie, Legoshi, un grand loup gris réservé et sensible, se retrouve confronté aux tensions entre instinct, préjugés et désir de trouver sa place, le tout sur fond de polar urbain (oui).
Des animaux anthropomorphes plongés au cœur d’un récit scolaire typique, où le passage de l’adolescence à l’âge adulte devient le moteur narratif : il y avait de quoi s’inquiéter. Et pourtant, Paru Itagaki ne tombe ni dans les clichés ni dans la facilité, livrant un récit profond, intelligemment écrit, porté par des personnages forts. Accompagné par moments d’un humour noir et absurde, Beastars n’a rien du simple manga furry que son concept pourrait laisser imaginer. C’est au contraire une plongée fascinante dans les tourments de l’adolescence, entre quête d’identité, désir et difficulté à trouver sa place dans le monde.




