
Entre deux baignades sur la Croisette et l’appel des ruelles du Suquet, il est un rendez-vous matinal qui fait battre le cœur de Cannes comme une pulsation lente, généreuse. Le marché Forville, niché dans le quartier du même nom, n’est pas une simple halle à produits : c’est un lieu où la Riviera se raconte sans fard, où l’on goûte avant même d’y penser les saveurs qui font notre quotidien. Ouvert depuis plus de quatre-vingts ans, il résiste aux modes éphémères et aux écrans tactiles pour offrir ce qu’il sait faire de mieux : du concret. Des fruits si mûrs que leur parfum attire les mouettes avant même l’aube, des légumes encore humides de rosée, des fromages qui sentent le soleil et la garrigue, et ces petits pains dorés dont la croûte craque sous les doigts comme un secret bien gardé.
Pour ceux qui arpentent Cannes sans jamais s’arrêter, ce marché est une parenthèse. Il commence tôt – généralement de 7h à 13h, mais mieux vaut vérifier sur le site officiel de Cannes avant de se lancer, car les jours d’ouverture peuvent varier selon les saisons (les dimanches sont souvent la règle, mais pas toujours). L’idée ? S’y rendre avant que la foule des touristes ne s’éveille, quand les étals sont encore généreux et les conversations entre commerçants plus animées. C’est là qu’on découvre le vrai visage de la ville : celui des femmes qui vendent leurs figues en riant, celui du vieux poissonnier dont les mains trempent dans l’eau depuis 1978, ou celui de ce producteur de tomates anciennes qui murmure des noms oubliés – comme la concorde noire, cette variété pourpre et sucrée qu’on ne trouve nulle part ailleurs.
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Un marché qui sent la Riviera (et pas seulement le pin)
Ce qui frappe d’abord, c’est l’absence de superflu. Pas de stands surchargés en souvenirs kitsch ni de food trucks à prix exorbitants – juste une succession d’étals où chaque produit a son histoire. Les fruits et légumes, bien sûr : les courgettes de Nice, rondes comme des boules de billard, les carottes violettes du Var, les piments d’Espelette qui picotent déjà avant d’être cuits. Mais aussi ces spécialités locales qu’on ne voit pas ailleurs :
- Les anciennes variétés de tomates, comme la liste rouge ou cœur de bœuf, que certains producteurs sauvent du néant.
- Le miel de lavande, doré et visqueux, récolté dans les montagnes proches – à tartiner sur une tranche de pain grillé encore tiède, achetée chez le boulanger voisin.
- Les herbes aromatiques : thym citronné, romarin sauvage, basilic pourpre… ceux qui préfèrent cuisiner leurs poissons du marché (sardines, rougets ou daurades) savent à quel point ces parfums font la différence.
Pour les amateurs de fromages, c’est une mine. Le tomme de Nice, bien sûr, mais aussi des pécorinos corses, des chèvres séchées à l’huile d’olive locale, ou ce petit bleu si crémeux qu’on en oublierait presque son nom. Et puis il y a les produits transformés qui sentent le terroir : tapenades aux olives de Nice, confitures de coings acidulées, et ces fameuses socca (galettes de farine de pois chiche) vendues parfois encore fumantes.
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Un coin de vraie vie entre deux escapades
Ce marché est aussi un observatoire. Ici, on voit déambuler les mêmes visages depuis des décennies : la vieille dame qui achète ses abricots pour en faire une confiture, le jeune père qui négocie le prix d’un poisson avec le marchand comme on discute du dernier match de l’OM, ou cette touriste allemande ébahie devant un melon si lourd qu’elle hésite à le porter. C’est ici que Cannes se montre sans fard – loin des palaces et des yachts, mais pas moins élégante pour autant.
Un conseil : goûtez les produits frais avant de partir. Beaucoup d’étals proposent des échantillons (huile d’olive à la truffe, figues fourrées au fromage de chèvre), et certains vendent même des plats préparés – une salade niçoise dans un panier en osier, des petits farcis encore tièdes. Si vous avez le temps, faites un détour par les épiceries fines voisines pour y glaner des trésors : vin rosé de Bellet (le seul AOC de la région), anchois salés à l’huile d’olive, ou ces calissons d’Aix-en-Provence que l’on croque comme des souvenirs.
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Une balade qui donne envie de ralentir
Après avoir rempli son panier (ou juste flâné en savourant les odeurs), on peut either :
- Prendre la direction du Suquet, ce vieux quartier médiéval où les ruelles serpentent entre chapelles et fontaines. Un verre de pastis chez Le Bar des Délices ou un café serré en terrasse y fera l’affaire.
- Descendre vers la Croisette pour une baignade improvisée, avec dans son sac une bouteille d’eau fraîche (achetée sur place) et un morceau de pain grillé tartiné de confiture.
Le marché Forville, c’est cela : un début de journée qui a du goût, sans prétention mais avec cette petite fierté discrète des lieux qui résistent au temps. Comme le dit si bien La Liste Rouge (ce roman de Jean-Christophe Rufin où la France se révèle à travers ses couleurs et ses ombres), « il faut parfois chercher loin pour trouver près ». Ici, c’est tout l’inverse : on trouve près ce qui fait loin.
— Liens utiles :
- Site officiel de Cannes – Marchés
- Pour prolonger en lecture :
- La Liste Rouge (roman sur les couleurs et les saveurs de la France)
- La Concorde noire (recette et histoire d’une tomate rare)
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