Du travail pour les relations presse
![[MàJ] Chez Proton, le rouleau compresseur de l’IA écrase tout [MàJ] Chez Proton, le rouleau compresseur de l’IA écrase tout](https://next.ink/wp-content/uploads/2024/06/12221.jpg)
L’ambiance chez Proton est particulièrement difficile autour de l’usage de l’IA et de l’attitude du patron de l’entreprise, Andy Yen. C’est ce qu’affirme 404 Media dans un article. La société suisse a désormais un sérieux problème d’image à résoudre.
Mise à jour du 30 octobre à 18 h :
Selon un nouvel article de 404 Media, Andy Yen, CEO de Proton, a annoncé que les « réentretiens » des employés n’auraient finalement pas lieu. Ils visaient à identifier les développeurs qui n’utilisaient pas assez l’IA. Leurs emplois semblaient directement menacés.
Le nouvel article indique qu’une réunion s’est tenue aujourd’hui même, vendredi 30 octobre. Andy Yen y aurait reconnu un échec de communication de sa part, tout en annonçant que la poussée vers l’IA continuerait. Il aurait affirmé que ces nouveaux entretiens étaient à présent inutiles, car la situation avait abouti au résultat voulu : déclencher une vaste conversation sur l’IA et accélérer la formation. Une réorganisation serait prévue pour le mois prochain, mais aucune suppression d’emploi ne serait prévue.
Les salariés interrogés par nos confrères sont partagés. L’un d’entre eux y voit un progrès, un autre regrette l’absence de responsabilité de la direction, un autre encore évoque une simple gestion de crise. Selon ce dernier, les constats sur l’utilisation de l’IA passeront dans les évaluations annuelles et ne sont donc que différées.
Article original du 30 octobre à 12h02 : Proton est connue depuis des années comme l’entreprise suisse pourvoyeuse de solutions respectueuses de la vie privée. Et pour cause : tous ses produits communiquent en utilisant le chiffrement de bout en bout. En d’autres termes, personne ne peut voir ce qui transite ou est stocké, pas même Proton. Cependant, cette efficacité dépend étroitement de la manière dont la technologie est implémentée.
Selon un long article de 404 Media du 29 octobre, les employés craignent désormais pour l’intégrité du code. La raison ? Une obligation d’utiliser autant que possible l’IA, au point que la direction de Proton envisagerait de ne plus embaucher d’ingénieurs dès l’année prochaine, mais des chefs de produit utilisant l’IA, Claude étant largement cité.
Injonctions sur l’IA
404 Media dit avoir échangé avec huit employés actuels et un ancien, consulté des conversations Slack, des enregistrements de réunions ou encore un manifeste sur l’IA rédigé par le directeur technique de Proton, Bart Butler.
Un employé a par exemple demandé récemment s’il était possible de prendre quelques jours pour analyser le code généré et réaliser des tests de pénétration pour en mesurer le degré de sécurité. Selon nos confrères, le CEO de l’entreprise, Andy Yen, a répondu sur Slack qu’il s’agissait de « conneries et d’une attitude de perdant », que rapidité et sécurité étaient « bien sûr » compatibles et qu’il fallait arrêter de « réfléchir à comment être plus lent ».
Dans une ambiance électrique, Andy Yen a ouvert une adresse e-mail servant à signaler tout obstacle à une adoption plus large de l’IA. Selon 404, l’entreprise est même allée jusqu’à installer sur les postes des employés un logiciel mesurant la quantité de code produite par LLM. Le résultat, proclamé par le Bart Butler lui-même, est que 90 % du code écrit pour l’instant en octobre a été généré par IA. Sur cette proportion, une grande partie viendrait de Claude, selon plusieurs employés.
« Le train arrive, montez à bord ou soyez écrasés »
Le déclencheur de la colère semble avoir été un e-mail envoyé à tous les employés pour les avertir que des « réentretiens » allaient avoir lieu, chaque salarié devant être évalué sur son utilisation de l’IA par une personne extérieure à son équipe et à sa chaîne hiérarchique. Ces entretiens sont prévus pour la période du 4 au 11 novembre, les salariés devant apporter des exemples concrets de ce que l’IA a changé dans leur travail. L’e-mail avertit que ces entretiens auront des conséquences : « Votre capacité à vous aligner avec leurs vues déterminera votre avenir avec nous, ou si vous en avez un ».
L’attitude d’Andy Yen semble avoir largement changé en août. Dans une interview accordée à Wired, le patron indiquait alors que Proton s’était lancée dans l’IA à contrecœur, car la technologie impliquait une forme de surveillance. Yen avait même proclamé qu’il préférerait un monde sans IA. Le LLM maison, Lumo, était présenté comme une manière de faire de l’IA générative en préservant la vie privée des utilisateurs.
À la fin du même mois, le ton était déjà très différent en interne. « Le train arrive, montez à bord ou soyez écrasés. Ne soyez pas l’opérateur professionnel de fax à l’ère d’internet », a-t-il déclaré dans une conversation Slack.
« Je pense que d’ici la fin de cette année, la plupart des développeurs arrêteront de programmer et commenceront à écrire des spécifications pour des tests que l’IA va coder et exécuter, afin de valider le code écrit par l’IA que les humains ne pourront plus vérifier. Ce sera la dernière année où nous embaucherons des ingénieurs, et à partir de l’année prochaine, nous recruterons ce que nous appelions autrefois des chefs de produit, pour construire des choses avec l’IA »
Proton ne nie pas les révélations
Andy Yen cherche désormais à mettre en place une nouvelle équipe qui devra travailler nettement plus dur et poser les bases du futur pour l’entreprise. Le patron a explicitement mentionné son désir de voir Proton devenir une « entreprise 996 », en référence à une culture grandissante (en Chine et dans la Silicon Valley) de travailler de 9 h à 21 h, six jours par semaine. Les avantages matériels suivraient, avec notamment une hausse de 30 % du salaire et une carte bancaire dédiée aux frais professionnels.
Interrogée sur ce climat de peur et de pression, l’entreprise n’a pas nié : « Les temps de grands changements font peur, et l’industrie technologique dans son ensemble doit faire face à cette transition. Nous n’avons pas toujours communiqué nos intentions aussi bien que nous aurions pu, mais Proton s’engage à aider nos collègues à se reformer et à se requalifier pour l’avenir », a déclaré un porte-parole.
L’entreprise a cependant un sérieux problème d’image désormais, suite à l’article de 404 Media du 26 octobre sur l’e-mail qui semble avoir tout déclenché. Sur Reddit, la colère est palpable chez les utilisateurs, notamment ceux abonnés. Beaucoup affirment avoir résilié ou leur intention de le faire.
« Votre personnel était suffisamment qualifié pour obtenir son poste au départ. Si vous pensez maintenant que certains d’entre eux n’ont pas les compétences nécessaires pour s’adapter aux technologies évoluant à une vitesse ultra-rapide, vous avez clairement échoué en ne mettant pas en place un programme de formation d’amélioration continue efficace. Vous avez échoué en tant que direction. Vous les avez laissés tomber », affirme par exemple neilbaldwn.






