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Les gagnants de ce concours de court-métrage nous ont fait changer d’avis sur l’IA en vidéo (et ils sont repartis avec 1 million de dollars)

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En 2023, une vidéo générée par IA montrant un Will Smith incapable de manger correctement des spaghettis faisait rire Internet. Aujourd’hui encore, la vidéo IA évoque surtout les contenus qui saturent nos algorithmes avec des chats qui dansent, un bébé qui anime un podcast ou toute autre scène absurde produite en une ligne de texte et oubliée au bout de trois secondes de scroll.

Les films primés au Higgsfield Global Film Festival n’ont rien à voir. Les visages restent les mêmes d’un plan à l’autre, la lumière est travaillée, les mouvements de caméra sont maîtrisés et ils racontent tous une histoire. Ces courts-métrages ont de quoi bluffer et certains de leurs créateurs viennent de se partager une petite fortune d’un million de dollars (888 060 €) pour ces créations.

Le million n’est donc pas allé à un seul film puisque la cagnotte était répartie entre quatorze lauréats. Annoncé pour début octobre puis repoussé à plusieurs reprises, le palmarès a finalement été dévoilé sur YouTube le 1er novembre en grande pompe.

Le casting était 5 étoiles avec Ed Catmull, cofondateur de Pixar et ancien président de Walt Disney Animation Studios ; Phedon Papamichael, chef opérateur de Le Mans 66 et des Sept de Chicago ; Paul W. S. Anderson, réalisateur de Resident Evil et du Mortal Kombat de 1995 ; et Alex Proyas, à qui l’on doit The Crow et Dark City. Les films étaient jugés sur la mise en scène et le récit, la qualité visuelle, le son et le montage, et l’originalité.

Le premier prix, 500 000 dollars (444 870 €), revient à Listen to MEH, du studio argentin Purga. Ce court-métrage de cinq minutes suit un gaucho qui vit seul dans une ferme isolée de la pampa. Un matin, il découvre un mouton noir planté sur le toit de sa maison. Il a beau le faire descendre et l’éloigner, l’animal revient toujours au même endroit, et la cohabitation tourne à l’absurde. Plutôt que de viser le photoréalisme, Purga a opté pour une animation 3D à mi-chemin entre réalisme et caricature.

Derrière lui, Fukushima, signé par une équipe de quatre personnes enregistrée à Chypre, empoche 200 000 dollars (177 948 €). Le film suit un ingénieur de la centrale de Fukushima Daiichi persuadé qu’elle tiendra le choc, jusqu’à ce que la catastrophe lui donne tort.

L’Américain Zack Murray complète le podium avec The Field Agent (100 000 dollars, 88 974 €), où le plus grand fan d’un drive-in se voit confier sa propre mission.

Le prix du public, lui aussi doté de 100 000 dollars et voté par les seuls abonnés payants de Higgsfield, va à The Tortoise and the Hare, du Sud-Coréen Dae Hyeong Kang, qui lance une expédition de lapins dans un tombeau interdit, à la recherche d’une tortue dorée (drôle de synopsis, mais ça fonctionne). Dix mentions honorables à 10 000 dollars (8 897 €) complètent la liste.

C’est la start-up californienne Higgsfield, spécialisée dans la vidéo générée par IA, qui a imaginé ce concours. Elle a annoncé son Global Film Festival le 3 août sur X, avec une promesse : celle de reverser un million de dollars de prix pour les meilleurs courts-métrages réalisés sur sa plateforme.

We are announcing a $1,000,000 festival. Higgsfield Global Film Festival is here.1. A $1,000,000 contest, 14 winners, Academy Award-winning jury members2. Hell Grind, Zephyr, and Mork open-sourced, every prompt public3. Full breakdowns of how our best films were madeRead… pic.twitter.com/6qzq0S861Q

Les candidats, seuls ou en équipe de quatre au maximum, pouvaient se lancer à partir du 10 août. Ils avaient jusqu’à la mi-septembre pour livrer un film original d’au moins trois minutes, de n’importe quel genre et dans n’importe quelle langue, à condition de le sous-titrer ou de le doubler en anglais.

Le règlement ne laissait aucune place au tournage classique. Tout devait être généré pendant le concours, dans un projet dédié de l’outil Cinema Studio de Higgsfield, du premier plan au montage final. La musique, les voix et les bruitages devaient eux aussi sortir d’une IA, et les visages comme les voix de personnes réelles étaient proscrits, y compris ceux des participants.

Selon Higgsfield, l’appel a suscité 60 000 inscriptions et abouti à 5 000 films finalisés, venus de 176 pays. Pour les départager, la start-up a misé sur des gens de cinéma plutôt que sur des figures de l’IA, puisque c’est précisemment là ou la start-up veut se faire une place.

Higgsfield n’est pas un modèle d’IA comme Sora, d’OpenAI, ou Veo, de Google. C’est un agrégateur : une plateforme qui donne accès, avec un seul abonnement, aux principaux générateurs vidéo du marché. On y trouve Veo 3.1, Kling 3.0 du chinois Kuaishou, Seedance 2.0 de ByteDance (la maison mère de TikTok) ou encore Sora 2.

S’y ajoutent des générateurs d’images, comme Nano Banana de Google, et quelques modèles maison baptisés Soul. Au lieu de jongler entre cinq comptes et cinq systèmes de crédits, le créateur choisit le moteur le plus adapté à chaque plan : l’un pour le réalisme d’un visage, un autre pour un mouvement de caméra complexe, un troisième, moins cher, pour un plan large.

L’intérêt de passer par Higgsfield (outre le prix) est son interface. L’outil Cinema Studio reprend le vocabulaire d’un plateau de tournage : on y règle un boîtier de caméra, un objectif, une focale, une ouverture, un mouvement d’appareil. Il permet surtout de créer une fois pour toutes des « éléments » (un personnage, un décor, un accessoire), puis de les rappeler d’un plan à l’autre. C’est la réponse au problème le plus tenace de la vidéo générée par IA, la cohérence. Un prompt peut décrire un vieil homme moustachu, mais rien ne garantit que ce sera le même vieil homme moustachu dans le plan suivant.

Concrètement, la fabrication d’un court-métrage IA ressemble beaucoup à celle d’un film d’animation. Tout part d’un scénario, que l’on découpe en scènes puis en plans : Higgsfield compte quinze à vingt-cinq plans pour deux minutes de film. Les personnages et les décors sont générés et validés en amont, puis un storyboard en images fixes fige la composition de chaque plan.

La vidéo n’intervient qu’ensuite, et le plus souvent à partir d’une image : on génère l’image clé du plan, puis on demande au modèle de l’animer, en lui imposant parfois la première et la dernière image pour que les plans se raccordent. Chaque plan ne dure que quelques secondes, car sur la plupart des modèles, les visages et la lumière commencent à dériver au-delà d’une trentaine de secondes. Dialogues, ambiances et musique sont générés à part, avant l’étape du montage.

Cofondée en 2023 à San Francisco par Alex Mashrabov, ancien responsable de l’IA générative chez Snap, Higgsfield a levé 400 millions de dollars en août, pour une valorisation de 5,4 milliards. Son festival n’est pas un coup d’essai : en février, son concours « Make Your Action Scene » distribuait déjà 500 000 dollars, dont 150 000 pour Grandma vs Wasp, un duel au ralenti entre une grand-mère et une guêpe. En six mois, la cagnotte a doublé et le premier prix a plus que triplé, signe que la start-up mise de plus en plus gros pour attirer de vrais cinéastes sur sa plateforme.

Par ailleurs, la start-up n’est pas la seule à organiser ce type d’événement. Runway organise son propre festival depuis 2023, et il est passé d’environ 300 films à quelque 6 000 en 2025. À Dubaï, le 1 Billion Followers Summit a même remis en janvier un million de dollars à un seul lauréat, le Tunisien Zoubeir Jlassi, pour Lily, un court-métrage en français.

Le cinéma généré par IA a désormais ses festivals, ses jurys et ses chèques à six ou sept chiffres. Reste à savoir s’il trouvera un public au-delà de ses concours.

Côté budget, les ordres de grandeur n’ont rien à voir, de quoi ouvrir la porte du cinéma à ceux qui n’avaient ni les moyens ni le réseau pour la pousser. Un court-métrage aidé coûte en moyenne plus de 100 000 euros, qu’il soit tourné ou animé, deux registres que l’IA sait désormais imiter. Higgsfield, lui, estime à environ 150 dollars de crédits un film de cinq minutes. C’est un chiffre maison issu de son comparateur, qui suppose que chaque plan sorte du premier coup et ne compte pas le temps de travail de l’équipe.

Cette nouvelle tendance souligne aussi les zones d’ombre du cinéma IA. Les modèles ne partent souvent jamais de zéro et sont nourri de films et d’images existants (bien souvent sans que leurs auteurs aient eu leur mot à dire). À mesure que ces concours se multiplient et gagnent en visibilité, les débats sur le droit d’auteur ne devraient pas tarder à se rallumer.

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