Depuis le 18 août, des extraits volés de GTA 6 circulent sur les réseaux sociaux. On y voit ce qui ressemble à une version jouable du jeu, avec assez de détails pour convaincre à peu près tout le monde de leur authenticité.
Rockstar n’a rien confirmé, mais Take-Two, sa maison mère, a aussitôt multiplié les requêtes pour faire supprimer les vidéos. Ces images de gameplay circulent alors que le jeu doit se montrer officiellement chez Netflix.
Dans la tech, on a fini par s’habituer à ce genre de fuites avant une grosse sortie. Elles rythment désormais chaque lancement, du prochain Galaxy de Samsung aux iPhone.
Dans le cas de GTA 6 toutefois, on retrouve Cyberleek, une personne ou un groupe qui a déjà publié plus d’une dizaine de séquences. Il cherche avant tout à faire payer Rockstar.
Rockstar et Take-Two ont décidé d’aller en justice pour l’identifier. D’après Next, l’éditeur a obtenu le 20 août d’une cour fédérale de New York une injonction visant Microsoft et Discord, puis une requête similaire adressée à X le lendemain. Toutes s’appuient sur le DMCA, la loi américaine sur le droit d’auteur qui permet d’exiger d’une plateforme les informations menant à un contrefacteur présumé.
Le compte de Cyberleek a déjà été suspendu sur X, tout comme son canal Telegram. Sa vitrine se résume maintenant à un site web, où il propose aux internautes de voter pour choisir sa prochaine révélation, en échange d’un paiement en cryptomonnaie.
Le pirate se présente en défenseur des joueurs. Son manifeste réclame la fin des précommandes numériques, des faux DLC vendus à part et des jeux vendus en boîte qui ne contiennent qu’un code de téléchargement.
En réalité, il est surtout là pour gagner de l’argent sur le dos de GTA 6. Selon l’enquête de Next, la cryptomonnaie Cyberleek a été lancée le 15 août, soit trois jours avant la première fuite. La monnaie était prête avant que la moindre vidéo ne sorte.
En remontant les transactions publiques sur la blockchain Solana, Next a reconstitué le montage. Environ 25 000 dollars (près de 21 400 euros) ont d’abord été collectés via un portefeuille intermédiaire, alimenté par 47 versements depuis 13 adresses différentes, avant l’émission d’un milliard de jetons. La popularité de GTA 6 a fait le reste, la valeur du jeton s’est envolée, sans rien de tangible derrière. La mécanique rapporte deux fois, puisque des frais prélevés sur chaque échange reviennent au portefeuille du créateur.
Partie de presque rien, la capitalisation du jeton a grimpé jusqu’à environ 22 millions de dollars (près de 19 millions d’euros), portée par des volumes d’échange qui ont parfois dépassé 100 millions de dollars (près de 86 millions d’euros) sur une seule journée, d’après les données de CoinGecko. Sans commune mesure avec les quelques milliers de dollars misés au départ.
Dernier geste de communication, 270 millions de jetons placés en réserve ont été « brûlés » (détruits) le 22 août, pour une valeur estimée à 795 000 dollars (environ 680 000 euros). Une façon d’entretenir le récit de la démarche désintéressée.
La chasse pose un autre problème. D’après Kotaku, la requête adressée à Discord ne vise pas seulement le compte de Cyberleek : elle réclame les données de tous les membres d’une liste de serveurs, du 1er juin à aujourd’hui. E-mails, adresses IP, numéros de téléphone, comptes Xbox et Google liés. La liste ratisse jusqu’au serveur des monteurs de Matthew Judge, streamer connu sous le pseudo DarkViperAU, qui dit ne rien savoir de l’affaire.
Faire tomber des publications au nom du droit d’auteur est devenu un réflexe d’industrie. Samsung a fait le même coup en supprimant le message d’un journaliste quelques semaines plus tôt.
Même le camp des joueurs prend ses distances. Moritz Katzner, directeur général de Stop Killing Games, principal mouvement de défense contre la disparition des jeux, a appelé les internautes à ne pas financer le pirate, jugeant les moyens illégaux et rappelant que les développeurs de Rockstar sont eux aussi touchés par ces actions.
GTA 6 reste attendu pour le 19 novembre sur PS5 et Xbox, et rien n’indique pour l’instant que ces fuites décaleront la sortie. Le feuilleton judiciaire, lui, ne fait que commencer.
Chef de rubrique actualités. Passionné de hardware PC et de jeux vidéo depuis l'enfance, j'ai aussi testé tous les systèmes de smartphone (Windows Phone était le meilleur).
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