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Fuir un incendie en voiture électrique : pourquoi la batterie n’est pas le vrai problème

Depuis le 22 juillet, l’incendie parti de Saumos descend vers le bassin d’Arcachon, remonte vers le littoral médocain et trace sa route en direction de Bordeaux, aux grès des vents.

Selon la préfecture de la Gironde, la surface brûlée approchait 42 000 hectares le 27 juillet, et les évacuations préventives ont concerné 220 000 personnes au total. Sur la presqu’île de Lège-Cap-Ferret, il n’existe qu’une seule route pour rejoindre le continent : certains habitants ou touristes ont même dû partir par la mer.

C’est exactement le genre de goulet d’étranglement qui fait ressurgir une vieille inquiétude chez les conducteurs de voiture électrique : et si je tombais en panne au pire moment ?

Pour y répondre correctement, il faut séparer trois sujets différents. Sur quelques minutes, faire le plein juste avant de fuir, le thermique garde l’avantage : trois minutes à la pompe contre quinze à trente sur une borne rapide.

Sur plusieurs heures, coincé dans le bouchon, la voiture électrique prend nettement le dessus. Et sur plusieurs jours, quand la logistique du carburant se grippe, elle s’en sort aussi mieux.

La peur numéro un, c’est de vider sa batterie à l’arrêt, climatisation à fond. Elle a été mesurée. En 2024, l’ADAC, le grand automobile club allemand, a enfermé une Tesla Model Y dans sa chambre climatique de Landsberg am Lech : huit heures d’embouteillage simulé, 35 °C, lampes UV pour reproduire le soleil, climatisation réglée sur 20 °C. Bilan : 12 kWh consommés sur les huit heures, soit environ 1,5 kW en continu, l’équivalent de 8 km d’autonomie perdus par heure. L’habitacle est resté sous 25 °C pendant que le pare-brise grimpait à 60 °C.

Pourquoi si peu ? Sur une électrique, le compresseur de la climatisation puise directement dans la batterie, sans rien faire tourner à vide. Sur un thermique, il faut que le moteur tourne pour alimenter la clim, ce qui brûle environ 1 à 1,5 litre de carburant par heure au ralenti.

L’évacuation Cap-Ferret–Bordeaux fait une soixantaine de kilomètres. Même parcourus en cinq heures de stop-and-go par forte chaleur, une citadine électrique partie à moitié de charge arrive avec de la marge. La basse vitesse est d’ailleurs le régime le plus sobre d’une électrique. Une voiture partie sur la réserve, elle, sera juste : exactement comme un diesel dans la même situation.

Il y a tout de même une objection sérieuse. Sans réseau électrique, une borne ne charge plus rien. Pendant les incendies de Los Angeles en janvier 2025, des bornes ont été détruites ou coupées, avec des files d’attente devant celles qui tenaient encore. D’où l’argument classique des sceptiques : une thermique peut fuir dans n’importe quelle direction et se ravitailler en chemin, alors que le réseau électrique, lui, peut manquer à l’appel.

Sauf qu’une pompe à essence est, elle aussi, un appareil électrique. Le 28 avril 2025, le blackout qui a coupé l’Espagne, le Portugal et une partie du Sud-Ouest pendant une dizaine d’heures a laissé des automobilistes en rade : les stations-service ne pouvaient plus actionner leurs pompes. Le grand public l’ignore souvent, mais le thermique aussi tombe quand le courant saute.

Et il n’a même pas fallu de catastrophe naturelle pour assécher les réservoirs français. En octobre 2022, une grève dans les raffineries a suffi : six raffineries sur huit à l’arrêt, des milliers de stations en rupture pendant plusieurs jours, jusqu’à près d’un tiers du parc dans les régions les plus touchées.

L’État a fini par réquisitionner des salariés pour débloquer les dépôts. Une station-service dépend d’une chaîne physique (raffinerie, dépôt, camion-citerne, cuve) dont chaque maillon peut lâcher. Le réseau électrique, lui, est maillé, se répare en heures et peut se doubler localement.

Dernier atout que le thermique n’a pas : une électrique peut se transformer en générateur. Avec la fonction V2L (vehicle-to-load), plusieurs modèles (Renault 5 E-Tech, Hyundai Ioniq 5, Kia EV6, MG4, BYD, etc.) alimentent des appareils en 230 volts via une prise, jusqu’à 3,7 kW sur la Renault. Une batterie de 50 kWh, c’est trois à cinq jours d’électricité pour un foyer moyen : de quoi tenir le frigo et la box en attendant le retour du courant.

Attention au solaire. Des panneaux solaires classiques ne rechargeront pas votre voiture pendant une coupure : par sécurité, l’onduleur se déconnecte automatiquement dès que le réseau tombe, pour ne pas renvoyer du courant dans des lignes où interviennent les techniciens.

Pour profiter du soleil en pleine panne, il faut un onduleur hybride avec mode secours et une batterie, un équipement qui se démocratise au fur et à mesure que le prix des batteries diminue. On produit et on stocke l’électricité chez soi, alors que le gazole doit être livré.

Alors, peut-on évacuer sereinement en électrique ? Sur une évacuation locale de 50 à 70 km comme en Gironde, oui, sans réel suspense côté batterie.

Les vrais points faibles sont ailleurs : les files d’attente aux bornes si tout le monde recharge en même temps, et le cas des conducteurs sans prise à domicile, qui ne partent pas forcément avec le plein. Mais plus une crise s’installe, plus la question glisse du réservoir vers le ravitaillement. Et une électricité qu’on produit et répare vite tient mieux qu’un carburant qui attend son camion.

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