© newsbar – Le radiotélescope FAST, logé dans une cuvette karstique du Guizhou (Chine). Ses observations de 2021 sur 33 systèmes exoplanétaires ont livré NBS 260108, un signal radio capté en direction de la naine rouge K2-155.
Le signal dormait sur des disques durs depuis cinq ans. En 2021, FAST, la gigantesque antenne chinoise de 500 m de diamètre nichée au creux des montagnes du Guizhou, avait tendu l'oreille vers 33 étoiles connues pour abriter des planètes. La première analyse, parue en 2022, avait déjà cru tenir quelque chose en direction de l'étoile Kepler-438, avant de conclure à un simple brouillage d'origine terrestre.
Une équipe emmenée par Zi-Qi Li, de l'Université normale de Pékin et de l'université de Zhengzhou, a repris ces enregistrements avec une arme neuve. Il s'agit d'une intelligence artificielle entraînée à repérer, dans un océan de bruit radio, les traces fines et régulières que seule une technologie laisse d'ordinaire derrière elle. Les astronomes appellent ces indices des technosignatures. La machine a d'abord levé 139 127 alertes. Après plusieurs tris successifs, deux seulement ont résisté. La première est la vieille fausse piste de Kepler-438. La seconde est entièrement nouvelle.
Les processus astrophysiques naturels génèrent rarement des structures spectrales extrêmement étroites, alors que les émetteurs artificiels en produisent souvent.
Dans la nature, les étoiles et les nuages de gaz émettent des ondes radio en désordre, étalées sur une large gamme de fréquences, comme un brouhaha. Nos émetteurs font l'inverse : ils concentrent toute leur puissance sur une fréquence unique, à la manière d'une station de radio calée sur son canal.
Baptisé NBS 260108, le nouveau signal coche cette case. Il tient sur une fréquence d'une finesse extrême, 1148,4167 MHz. Autre détail troublant, cette fréquence glisse très légèrement pendant l'observation. C'est exactement ce qu'on attendrait d'un émetteur posé sur une planète : en tournant sur elle-même et autour de son étoile, celle-ci déforme un peu l'onde, comme la sirène d'une ambulance qui change de ton en passant devant nous.
Les 19 faisceaux de FAST pendant l'observation de K2-155, sur une vingtaine de minutes. Le signal NBS 260108 dessine un mince trait légèrement incliné dans le faisceau central (M01), pointé vers l'étoile, et reste invisible dans les 18 autres.© Li et al., The Astronomical Journal, 2026
Les 19 faisceaux de FAST pendant l'observation de K2-155, sur une vingtaine de minutes. Le signal NBS 260108 dessine un mince trait légèrement incliné dans le faisceau central (M01), pointé vers l'étoile, et reste invisible dans les 18 autres.
Le troisième indice est le plus solide. L'antenne de FAST écoute le ciel à travers 19 capteurs à la fois, appelés faisceaux. Le faisceau central vise l'étoile étudiée, les 18 autres surveillent les alentours. Un brouillage venu de la Terre, comme un satellite ou un avion, a tendance à s'entendre partout. NBS 260108 n'apparaît que dans le faisceau central.
L'adresse fait rêver. K2-155 est une naine rouge, une étoile plus petite et froide que le Soleil, située à 238 années-lumière. Elle possède trois super-Terres, des planètes un peu plus grandes que la nôtre, découvertes en 2018 grâce au télescope spatial Kepler. La plus lointaine, K2-155d, fait 1,6 fois la taille de la Terre et boucle son tour en 40,7 jours, à la limite de la zone où l'eau liquide pourrait exister en surface.
Les doutes arrivent vite. L'onde de NBS 260108 vibre presque exclusivement dans une seule orientation. Un détail qui, selon les chercheurs, oriente vers une origine terrestre ou un défaut de l'instrument. Surtout, des signaux très proches, avec la même particularité, surgissent quand FAST observe trois autres étoiles situées ailleurs dans le ciel : Ross 128, K2-18 et GJ 9066. Une source réellement installée autour de K2-155 ne peut pas se manifester dans trois directions différentes à la fois.
Une antenne de radioastronomie sous un filé d'étoiles. Pour capter un éventuel signal venu d'ailleurs, ces instruments doivent d'abord faire le tri parmi le vacarme radio de nos propres technologies : satellites, avions, réseaux de communication.© Mikhail Starodubov
Une antenne de radioastronomie sous un filé d'étoiles. Pour capter un éventuel signal venu d'ailleurs, ces instruments doivent d'abord faire le tri parmi le vacarme radio de nos propres technologies : satellites, avions, réseaux de communication.
Les auteurs estiment donc qu'un brouillage humain ou une défaillance de l'appareil reste l'explication la plus probable, même s'ils n'ont pas réussi à en identifier la source exacte. NBS 260108 demeure officiellement non classé.
Le principal acquis de ces travaux est leur méthode de tri, capable de passer au peigne fin des centaines de milliers d'alertes et réutilisable sur d'autres radiotélescopes. Pour entendre d'éventuels voisins, il faut d'abord apprendre à faire taire la Terre.
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