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Ces cités que l'on croyait perdues : au sommet de cette montagne, des têtes géantes gardent un tombeau vieux de 2 000 ans

À plus de 2 000 mètres d’altitude, d’immenses visages de pierre contemplent les montagnes de l’est de la Turquie. Ils appartenaient autrefois à des statues colossales dressées autour du sanctuaire funéraire qu’Antiochos Ier de Commagène fit aménager au sommet du Nemrut Dağ au Ier siècle avant notre ère. Entre dieux grecs et perses, aigles, lions et effigie royale, ce décor hors norme devait assurer au souverain une place parmi les dieux. Deux millénaires plus tard, ses statues décapitées composent l’un des paysages archéologiques les plus saisissants du monde antique.

Au Ier siècle avant notre ère, la Commagène occupe une position stratégique entre l'Anatolie, la Syrie et l'Euphrate. À sa tête, Antiochos Ier, qui règne de 69 à 34 av. J.-C., doit composer avec deux puissances rivales : Rome à l'ouest et les Parthes à l'est. Le souverain transforme cette situation géopolitique en véritable identité culturelle. Il revendique une ascendance prestigieuse, perse du côté paternel et gréco-macédonienne du côté maternel, et fait de son royaume un trait d'union entre Orient et Occident. C'est dans ce contexte qu'il choisit le sommet du Nemrut Dağ pour ériger un sanctuaire monumental destiné autant aux dieux qu'à sa propre postérité.

Sur la montagne, Antiochos Ier fait aménager un immense tumulus de pierres, aujourd'hui haut d'environ 50 mètres pour 145 mètres de diamètre, entouré de terrasses cérémonielles. Des statues colossales y représentent le souverain aux côtés de divinités dont les identités mêlent traditions grecques et iraniennes : Zeus-Oromasdès ou encore Héraclès-Artagnès. Lions et aigles montent symboliquement la garde. Des reliefs montrent même Antiochos serrant la main des dieux, comme s'il appartenait désormais à leur monde.

Le mont Nemrut se trouve dans le sud-est de la Turquie ; il est célèbre pour son sommet, où sont érigées plusieurs grandes statues de divinités grecques et perses autour de ce que l'on suppose être le tombeau royal des souverains de Commagène, datant du Ier siècle av. J.-C. C'est l'un des sommets les plus élevés de la partie orientale du massif du Taurus. Le site a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1987. © Spica-Vega Photo Arts (Banu Nazikcan), wikimedia commons, CC 4.0

Sur une autre stèle apparaît un célèbre « horoscope au lion », associé par les chercheurs à une date du Ier siècle avant notre ère. Tout, ici, semble avoir été pensé pour inscrire le pouvoir du roi dans un ordre à la fois politique, cosmique et divin.

Les colosses n'ont pas traversé deux millénaires indemnes. Leurs immenses têtes se trouvent aujourd'hui au pied des corps auxquels elles appartenaient, donnant au Nemrut son paysage presque irréel. Séismes, gel, neige, vent et fortes variations de température ont progressivement fragilisé le monument ; le tumulus aurait d'ailleurs perdu une partie de sa hauteur originelle. Pourtant, l'énigme essentielle demeure : le monument a été conçu comme le sanctuaire funéraire d'Antiochos, mais sa chambre funéraire n'a jamais été mise au jour. Inscrit au patrimoine mondial en 1987, le Nemrut Dağ conserve ainsi, plus de 2 000 ans après la mort du roi, le secret autour duquel tout le monument semble avoir été construit.

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