© Shutterstock – Illustration. Un smartphone dans un bac d'inspection à un poste de contrôle frontalier. Samuel Tunick a fourni aux douaniers un code qui a vidé son Google Pixel au lieu de le déverrouiller.
Le 24 janvier 2025, Samuel Tunick rentre de l'étranger par l'aéroport Hartsfield-Jackson d'Atlanta. Les agents des douanes américaines (CBP) l'orientent vers une inspection secondaire et exigent le code de déverrouillage de son Google Pixel. Tunick demande à contacter un avocat. Plusieurs fois. On lui refuse.
Selon ses avocats, les douaniers le surveillaient en raison de ses liens avec "Defend the Atlanta Forest", un mouvement écologiste opposé à un projet de centre d'entraînement policier en Géorgie. Le prétexte officiel invoqué pour la fouille du téléphone : la recherche d'images pédocriminelles.
Tunick finit par lâcher un code. L'écran devient noir, clignote, et le téléphone redémarre à l'état d'usine. Toutes les données ont disparu.
Le Pixel de Tunick tournait sous GrapheneOS, le système d'exploitation Android durci qui avait fui la France fin 2025 après qu'une note de la police judiciaire l'ait accusé de protéger les narcotrafiquants.
Un téléphone bootant sous GrapheneOS.© Les Numériques
Au cœur de l'affaire : le "duress PIN", ou code de coercition, une fonctionnalité que les autorités françaises avaient pointée du doigt à l'époque et que nous détaillions dans notre guide des réglages de confidentialité sur GrapheneOS. Le principe : un second code d'authentification, en apparence identique au vrai, qui déclenche un effacement irréversible de l'appareil au lieu de le déverrouiller. Les clés de chiffrement sont détruites, les données deviennent irrécupérables. Aucune confirmation à l'écran, aucun indice visible pour celui qui observe. Le téléphone redevient une coquille vide.
Le menu "Duress password" de GrapheneOS sur un Google Pixel. Une fois configuré, ce second code PIN efface irréversiblement l'appareil au lieu de le déverrouiller.© Les Numériques
Le menu "Duress password" de GrapheneOS sur un Google Pixel. Une fois configuré, ce second code PIN efface irréversiblement l'appareil au lieu de le déverrouiller.
Les procureurs fédéraux ont inculpé Tunick en vertu du 18 U.S.C. § 2232(a), un texte qui criminalise la destruction de biens pour empêcher leur saisie par les autorités. L'acte d'accusation du grand jury reproche à Tunick d'avoir fourni un code ayant provoqué la suppression des données de son téléphone avant que l'appareil ne soit saisi. La peine encourue : jusqu'à cinq ans de prison.
Selon TechCrunch, aucune affaire similaire n'avait encore été portée devant un tribunal, où que ce soit dans le monde. La juge fédérale Eleanor L. Ross, en charge du dossier dans le district nord de Géorgie, n'a pas encore statué. L'audience de suppression des preuves a eu lieu début juillet 2026, la décision reste en suspens.
Sur X, GrapheneOS a réagi à l'affaire Tunick en affirmant que son logiciel est "completely legal" et protégé par la Constitution américaine.© Capture d'écran X / @GrapheneOS
Sur X, GrapheneOS a réagi à l'affaire Tunick en affirmant que son logiciel est "completely legal" et protégé par la Constitution américaine.
La question dépasse le cadre américain, puisqu'en France, l'article 60 du Code des douanes, réécrit par la loi du 18 juillet 2023 après une censure du Conseil constitutionnel, autorise les agents à fouiller marchandises, véhicules et effets personnels, smartphones compris.
Le refus de communiquer un code de déchiffrement, lui, tombe sous le coup de l'article 434-15-2 du Code pénal lorsque les données sont liées à un crime ou un délit : trois ans d'emprisonnement et 270 000 euros d'amende.
Autrement dit : un scénario à la Tunick, dans un aéroport français, poserait des questions juridiques tout aussi épineuses. Avec une différence de taille : le droit français n'a jamais été confronté au cas précis d'un effacement volontaire par code de contrainte. L'affaire américaine pourrait bien forcer le débat de ce côté-ci de l'Atlantique.
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