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Actualité : Bill Gates : "Si un robot fait la même chose que vous, il est tout à fait normal de le taxer"

© Shutterstock – Bill Gates : "Si un robot fait la même chose que vous, il est tout à fait normal de le taxer"

Une entreprise a le choix. Pour accomplir une tâche, elle peut embaucher une personne, et payer alors des charges sociales et des cotisations. Ou acheter une machine, un logiciel, une IA, et déduire aussitôt cette dépense de ses impôts. À la fin du calcul, la seconde option coûte souvent bien moins cher. Ce déséquilibre, largement ignoré du grand public, est pourtant au centre d'un débat qui pourrait rebattre les cartes de la fiscalité mondiale.

Le point de départ de Bill Gates est une anomalie du système fiscal actuel. "Si tu embauches quelqu'un, tu paies des charges sur son salaire. Mais si tu achètes un robot, tu peux généralement le déduire immédiatement comme une dépense d'entreprise", résume-t-il dans son essai publié sur son blog Gates Notes. En clair, la loi récompense fiscalement l'entreprise qui automatise, et pénalise celle qui recrute.

Pour le milliardaire, ce n'est pas un accident, mais un défaut de conception. Le système impositif encourage activement la substitution des humains par les machines, au moment précis où l'IA devient capable d'absorber quantité de tâches. Sa formule, reprise par la presse, tient en une phrase : "Si un robot vient faire la même chose que toi, la logique veut qu'on lui prélève des impôts". L'idée n'est pas neuve chez lui, il défendait déjà une taxe sur les robots industriels dès 2017, mais l'essor de l'IA générative lui a donné une nouvelle ampleur.

Dans le détail, Gates avance deux mécanismes. Le premier est une taxe sur les robots, calée sur les impôts et cotisations qu'aurait générés le salarié remplacé. Le second, plus inédit, est une taxe sur les jetons, ces fameux tokens, ces unités de données que traitent les modèles d'IA à chaque requête. Plus une entreprise utilise intensivement l'IA, plus elle paierait. Les recettes serviraient à compenser le manque à gagner de l'État et à financer la reconversion professionnelle et les filets de sécurité sociale. Gates propose toutefois d'exempter les usages jugés purement bénéfiques, en particulier quand

À cet arsenal fiscal, il ajoute une idée qui frappe les esprits : la création d'emplois "réservés aux humains", qu'il baptise Human Reserved. Certains métiers, estime-t-il, devraient rester interdits à l'automatisation même si une machine savait les faire, par respect de la dignité et de l'empathie. Il cite la garde d'enfants, les soins aux personnes âgées, ou l'annonce d'un diagnostic grave, évoquant les soignants qui ont accompagné son propre père atteint d'Alzheimer. Selon lui, jusqu'à 40 % des postes pourraient entrer dans cette catégorie protégée, de façon permanente pour les métiers de l'empathie, ou temporaire pour lisser la transition.

Ce qui inquiète Gates, plus que l'automatisation elle-même, c'est sa vitesse. Il pointe une différence majeure avec les révolutions passées. Le basculement de l'agriculture vers l'usine, puis vers le bureau, s'est étalé sur plusieurs générations, laissant aux sociétés le temps de s'adapter. L'IA, elle, frappe simultanément le droit, la médecine, le développement informatique et le service client, en l'espace d'une seule décennie.

Sa fiscalité vise donc autant à récolter de l'argent qu'à ralentir le mouvement, pour offrir au marché du travail une chance d'encaisser le choc. Le contexte donne du poids à ses mots. Ses déclarations tombent dans un climat social tendu, marqué par des vagues de licenciements liées à l'IA et par les avertissements répétés des dirigeants du secteur, d'OpenAI à Anthropic, sur la disparition annoncée de classes entières d'emplois. Gates reconnaît lui-même qu'aucun gouvernement n'a, à ce jour, de plan à la hauteur de l'enjeu.

La proposition est cependant loin de faire l'unanimité, et les objections sont sérieuses. L'International Federation of Robotics, qui représente les industriels du secteur, rejette fermement ces taxes, estimant qu'elles cherchent à résoudre un problème qui n'existe pas, l'automatisation créant selon elle des emplois plus qualifiés. Le précédent politique n'est guère plus encourageant : dès 2017, le Parlement européen avait rejeté la taxe sur les robots, par crainte de brider l'innovation et de handicaper la compétitivité face aux concurrents étrangers. Seule la Corée du Sud avait alors bougé, en réduisant les avantages fiscaux liés à l'automatisation.

La taxe sur les tokens, la plus nouvelle, essuie les critiques les plus vives. Oren Etzioni, chercheur réputé de l'université de Washington, se dit favorable à taxer les robots mais rejette celle sur les jetons, qu'il compare à l'idée saugrenue de taxer les frappes sur une machine à écrire. D'autres pointent la difficulté concrète d'auditer la consommation de tokens, aisément contournable, et le risque de freiner la recherche scientifique. Reste que, au-delà de la faisabilité, Gates aura réussi son pari : remettre au centre du débat une question que peu osent poser. Si les machines finissent par faire notre travail, qui financera la société, et que ferons-nous de notre temps ?

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