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À Singapour, de vrais neurones humains cultivés en labo font tourner l’IA

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L’avenir de l’informatique passe-t-il par les neurones cérébraux, cultivés et développés sur des puces informatiques ? Cette image, que l’on croirait tirée tout droit de la science-fiction, est pourtant déjà très réelle. En tout cas, des travaux exploratoires sont d’ores et déjà en cours, et un prototype a même été présenté courant août, à Singapour.

Trois partenaires ont en effet dévoilé cette machine d’un genre particulier : la faculté de médecine de l’université nationale de Singapour (NUS Medicine), la startup australienne Cortical Labs et DayOne, un exploitant de centres de traitement de données (data centers). Et c’est à l’Institut des sciences de la vie de l’université que le tout a été installé.

De quoi parle-t-on ? D’un ensemble de 20 unités de calcul biologique (« 20-unit CL1 biological computing system »). Selon les trois partenaires, il s’agit là du premier rack de serveurs au monde avec cette intégration biologique et fonctionnant de façon autonome. Et selon eux, l’enjeu d’une telle approche est avant tout énergétique.

« Contrairement aux centres de données traditionnels, qui reposent sur des serveurs très gourmands en énergie, l’informatique biologique offre un potentiel d’efficacité nettement supérieur en exploitant des organoïdes inspirés du cerveau, capables de fonctionner avec seulement une fraction de l’énergie requise par les ordinateurs numériques », relèvent-ils.

Or, à une époque où les data centers fleurissent rapidement dans le monde (sauf en France, les délais d’autorisation d’un centre dédié à l’IA se comptent en années), l’informatique biologique pourrait être une option de repli. Tout spécialement au moment où l’intelligence artificielle générative monte en puissance, et nécessite de plus en plus d’électricité.

Lors d’une précédente communication, Cortical Labs a indiqué qu’un rack complet de CL1 consomme entre 850 et 1 000 watts, là où son équivalent classique, par exemple un système Nvidia pour l’IA, pourrait réclamer 6 000 watts (les valeurs sont rapportées en watts et non en wattheures, ce qui ne dit pas s’il s’agit de l’énergie réellement consommée sur la durée).

Toujours est-il que, comme l’a relevé The Next Web, l’annonce officielle du prototype, ne contient aucun chiffre de consommation. Il n’y a pas non plus d’indication particulière dans une précédente annonce de DayOne faite au mois de mars 2026. La mention d’un wattage plus faible avait cependant été rappelée.

La comparaison énergétique laisse toutefois une question sans réponse : que calcule réellement la machine ? l’annonce ne fournit aucun test de performance non plus, ni la moindre mesure de ce que le rack accomplit par watt consommé. Sans ce chiffre, une faible consommation ne prouve pas une meilleure efficacité.

Le principe sur lequel cette approche repose s’appelle le wetware. Ici, au lieu de transistors gravés dans du silicium, ces machines s’appuient sur des neurones vivants, cultivés en laboratoire à partir de cellules souches. Ceux-ci sont ensuite posés sur des grilles d’électrodes qui leur envoient et lisent des signaux électriques.

À l’heure actuelle, chaque unité CL1 de Cortical Labs contient près de 800 000 neurones, soit près de 16 millions de neurones pour les 20 unités du rack singapourien. En revanche, ces neurones ont une durée de vie limitée. Pour ce qui concerne les neurones de Cortical Labs, ceux-ci peuvent être maintenus en vie pour une durée jusqu’à six mois.

Car, effectivement, il y a une différence de taille entre les PC biologiques et leurs homologues entièrement synthétiques : les premiers ont besoin d’un système de survie incluant de l’eau, de la nourriture et des nutriments. Par ailleurs, ils génèrent aussi des déchets, et sont sensibles aux variations trop importantes de températures.

Ces enjeux sont gérés par Cortical Labs, avec une filtration des déchets et un approvisionnement. L’espérance de vie demeure un obstacle spécifique, qui pose la question (et le coût) du renouvellement des neurones. Cortical Labs avait déjà présenté une machine à neurones en 2025, au MWC de Barcelone. Mais là, on change d’échelle.

À quoi sert concrètement un tel calculateur ? Pas à remplacer un processeur : Cortical Labs positionne le CL1 comme un outil de recherche, pour la modélisation de maladies, la découverte de médicaments et l’étude du cerveau, avec l’argument d’une alternative possible aux tests sur animaux. Pour le calcul généraliste, le silicium reste incontournable.

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