Le trafic internet entre l’Europe et l’Amérique du Nord dépend aujourd’hui de quelques câbles passant par les États-Unis. La société norvégienne Bulk propose un autre chemin avec son projet Leif Erikson, long de 4 500 km jusqu’au Canada. Le financement reste toutefois à boucler.
Entre l’Europe et l’Amérique du Nord, presque toutes les données circulent au fond de l’Atlantique. Quelques dizaines de liaisons supportent ce trafic, et l’intelligence artificielle fait grimper la demande à toute vitesse. Partout, la course aux data centers dédiés à l’IA se heurte déjà à la résistance de certaines communes américaines. Rien n’annonce un reflux.
Au Canada, la dépendance aux infrastructures américaines pose un problème nouveau. Presque aucun câble international du pays n’évite le territoire voisin, et aucun n’appartient à un groupe canadien. Depuis plusieurs mois, les rapports entre Ottawa et Washington se tendent, au point qu’une décision de Donald Trump sur le sigle de l’intelligence artificielle a fait exploser les enregistrements du domaine slovène. Bulk, société norvégienne, y voit une ouverture.
Baptisé Leif Erikson, le projet partirait du sud de la Norvège pour atterrir à Terre-Neuve-et-Labrador. D’après Bloomberg, le tracé sous-marin couvrirait environ 4 500 km, prolongés par 1 900 km de section terrestre jusqu’à Montréal, via Happy Valley-Goose Bay. Son coût dépasserait 620 millions de dollars, soit plus d’un demi-milliard d’euros. Bulk y travaille depuis cinq ans. La liaison viserait les transferts massifs liés à l’IA, aux télécoms et au calcul intensif.
Pour avancer, l’entreprise cherche un partenaire canadien majoritaire, chargé de financer et de construire la liaison. Sun Life Financial détient déjà 65 % du capital de Bulk via une filiale immobilière, et plusieurs fonds de pension du pays y sont entrés. Mélanie Joly, ministre canadienne de l’Industrie, a rencontré le cofondateur Peder Nærbø cette année, sans que son ministère commente le dossier.
Plusieurs verrous restent à faire sauter. Aucune autorisation réglementaire n’est acquise, le tracé doit recevoir l’aval de Bruxelles comme d’Ottawa, et la partie terrestre réclame l’accord des communautés autochtones. À Montréal, une déclaration commune sur les liaisons numériques entre les deux continents doit être adoptée le 29 octobre. Nærbø espère alimenter ces futures routes avec l’énergie renouvelable du Nord. Leif Erikson reste pour l’instant un projet sur le papier.






