Vibrations judiciaires

Un jury californien vient de condamner Apple à verser 5,7 milliards de dollars de dommages et intérêts à Taction Technology, en raison d’une contrefaçon alléguée de brevets au sein du Taptic Engine, le moteur haptique des iPhone et Apple Watch. Apple a annoncé qu’elle ferait appel de ce verdict au montant record.
Taction Technology, petite société basée à San Diego en Californie, a développé une expertise autour des technologies de retour de force haptique, qu’elle commercialise sous licence, par exemple auprès de Corsair pour son casque audio HS60.
L’entreprise est engagée depuis 2021 dans un bras de fer judiciaire avec Apple : elle accuse la firme de Cupertino d’avoir contrefait deux de ses brevets (10,659,885 et 10,820,117) au sein de son Taptic Engine, le moteur de vibration qui équipe les iPhone et montres Apple Watch.
Taction a obtenu gain de cause le vendredi 25 septembre : un jury de San Diego a en effet considéré qu’Apple s’était bien rendue coupable de contrefaçon sur certaines des revendications couvertes par ces deux brevets, et la condamne à verser 5,721 milliards de dollars de dommages et intérêts à la plaignante. Le jury a cependant jugé que cette contrefaçon n’était pas délibérée, ce qui aurait conduit au triplement de la somme concernée.
Apple a rapidement réagi à ce verdict en annonçant son intention de faire appel et en maintenant que son Taptic Engine est fondamentalement différent des procédés protégés par la propriété intellectuelle de Taction.
S’il était confirmé en appel, ce montant constituerait un record en matière d’indemnisation pour violation de brevets aux États-Unis. Le détail du calcul n’a pas été rendu public, mais il s’appuie vraisemblablement sur une somme forfaitaire, considérée comme le juste montant de la redevance qu’aurait dû payer Apple, multipliée par le nombre d’iPhone et d’Apple Watch commercialisés depuis le début de la contrefaçon alléguée.

Apple avait pourtant gagné en 2023
Le juge Robinson, sous l’égide de qui ce nouveau verdict a été rendu, avait pourtant accordé un jugement sans procès en faveur d’Apple en août 2023. Dans sa décision de l’époque, il avait déclaré que les avis de l’expert technique mandaté par Taction relevait de la seule interprétation du juge, et non de celle d’un jury, et tranché que l’entreprise n’avait pas su démontrer l’infraction présumée.
Ce premier jugement a toutefois été qualifié de trop restrictif, et finalement annulé par la Cour d’appel du circuit fédéral, dans un arrêt (PDF) rendu le 13 août 2025, ce qui a ouvert la voie à un nouveau procès.
Ce va-et-vient judiciaire illustre la complexité de l’affaire. Taction Technology a réussi à obtenir des brevets qui portent sur la capacité d’un vibreur composé d’un aimant et d’une bobine à fournir la réponse la plus « plate » possible : lors d’une interaction avec l’écran d’un iPhone doté du Taptic Engine, l’utilisateur ressent une réponse nette, qui ne se prolonge pas dans le temps comme avec les vibreurs de génération antérieure.
Le mécanisme couvert par Taction exploite un ferrofluide, un liquide magnétique capable de venir se coller à l’aimant responsable de la vibration pour amortir la résonance, et les brevets détenus par l’entreprise couvrent une plage de résultat attendue, avec un facteur Q (facteur de qualité, qui mesure le niveau d’amortissement) situé entre 1,5 et 3.
Apple de son côté admet utiliser un ferrofluide pour l’amortissement du Taptic Engine, et obtient un facteur Q compatible avec la plage déclarée par Taction, mais revendique une implémentation différente de la technologie, notamment parce que la régularité de la réponse dépend d’un « contrôleur logiciel en boucle fermée ». L’entreprise fait notamment valoir que sans ce dernier, son vibreur ne tomberait pas dans la plage couverte par le brevet.
L’appel d’Apple devrait logiquement creuser cet aspect, tout en attaquant le calcul des dommages et intérêts.






