À ciel ouvert

Quelle est la philosophie d’Eurosky, ce service qui fournit un nom d’utilisateur réutilisable sur divers réseaux sociaux et applications de l’écosystème Atmosphère ? Dans quelle mesure s’interface-t-il avec Mastodon et le fédivers, cet autre espace numérique ouvert qui a gagné en visibilité ces dernières années ? Next vous explique.
« À quoi ressemblerait une politique industrielle capable de fournir un bon environnement technologique en Europe ? » Telle est la question mi-économique, mi-philosophique que lance Robin Berjon, vice-président de la Modal Foundation, lorsque Next lui demande d’expliquer le projet Eurosky.
Du point de vue de l’internaute, comme nous vous l’expliquions dans un précédent article, Eurosky est ce portail, ou ce fournisseur de nom d’utilisateur unique, qui vous permet, depuis un seul et même compte, de vous connecter à n’importe quel endroit de l’ATmosphère. L’Atmosphère (avec ou sans AT majuscule), c’est le nom donné à l’écosystème d’applications diverses – réseaux sociaux, sites web, outils de veille, dépôt de code, mini-jeux, etc – créées sur ou connectées au protocole AT.
Eurosky, pour le raconter de manière plus imagée, propose un petit vaisseau européen pour naviguer dans les eaux internationales de l’Atmosphère. Ce vaisseau a un grand coffre : un serveur de données personnelles (PDS), qui vous permet de stocker vos données et vos interactions sur des machines réglementées par les lois de l’Union européenne. Où que vous alliez (oui, même sur des services de droit américain comme Bluesky), quoi que vous fassiez, votre expérience du web social de l’Atmosphere se fera dans le cadre du règlement général sur la protection des données (RGPD), du règlement sur les services numériques, et des autres outils mis en place au sein de l’Union européenne.
Dessiner des contre-modèles face aux « monstres » de la Silicon Valley
« Quand on parle de souveraineté, les gens ne connaissent et ne comprennent souvent qu’un seul modèle, explique Robin Berjon : celui de la Silicon Valley, où tout est intégré verticalement du sol au plafond. » L’informaticien décrit des « monstres » qui ont étendu leurs tentacules des câbles sous-marins jusqu’aux applications dédiées aux consommateurs, et créent ensuite « des douves autour de leurs services pour empêcher les utilisateurs de partir, et leur faire payer un loyer ».
Ce modèle, affirme-t-il, n’a rien d’une fatalité. En l’occurrence, Eurosky « voudrait en proposer un autre, qui correspond assez bien à ce qui se fait dans le domaine du transport, de l’énergie et ailleurs, et qui est plus logique d’un point de vue économique et social ». Concrètement, il s’agit de s’appuyer sur des infrastructures partagées, « ce qui peut signifier « publiques », mais pas forcément ». Cette infrastructure, au sens le plus strict, c’est le fameux protocole AT : la route sur laquelle circulent les informations échangées sur Mu, affichées sur les sites web construits avec Blento ou Twinkl, ou stockées et éventuellement partagées, que l’on parle de code (sur Tangled ou Gamedev) ou de liens (sur Semble, Margin, etc).






