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À quelques semaines de l’ouverture du Mondial de l’Auto de Paris (du 12 au 18 octobre), Renault a organisé le 24 septembre 2026 une avant-première pour un de ses concepts : une réinterprétation très musclée de la Renault 8 Gordini. De quoi faire vibrer la corde nostalgique chez certains.
C’était l’occasion parfaite d’échanger avec Alexandre Malval lors d’une table ronde. Pour sa toute première prise de parole publique, près de neuf mois après son arrivée au poste de directeur du design de la marque au losange, le transfuge de Mercedes a levé le voile sur une révolution en cours dans ses studios : le rôle de l’IA générative.
Si les processus de création de l’industrie automobile s’accélèrent à un rythme effréné, le nouveau concept Renault 8 Gordini détonne par son approche. Ce showcar de 4,12 mètres, ultra-désirable avec son look vintage mais résolument moderne, a presque totalement échappé aux algorithmes lors de sa conception.
« Elle a été développée de manière traditionnelle », confirme Alexandre Malval. Mais si la ligne n’a pas été dictée par l’IA, la technologie a tout de même joué un rôle crucial en bout de chaîne : convaincre la direction de valider le projet.
L’IA générative a été utilisée pour créer des illustrations hyperréalistes du concept dans des environnements impossibles à modéliser rapidement, comme des scènes de nuit sous la pluie.
« Ça sert à séduire, à donner envie à des gens qui n’ont pas notre formation et qui ne pourraient pas forcément se projeter dans un dessin traditionnel, toujours un peu abstrait », explique le designer. Aujourd’hui, on glisse un croquis dans un logiciel et l’intelligence artificielle est même capable d’animer la voiture dans un petit film de quelques secondes avec un travelling.
C’est un formidable outil de communication interne qui réduit considérablement le « coût » d’exploration des idées les plus folles, là où sinon le designer s’orienterait probablement vers un choix plus conventionnel pour gagner du temps.
Pour comprendre le séisme que représente l’IA chez Renault, il faut regarder dans le rétroviseur. Alexandre Malval nous a rappelé l’époque des pastels et des marqueurs, où il fallait une demi-journée pour pondre un simple croquis, puis l’arrivée de Photoshop dans les années 1990, qui nécessitait encore un à deux jours de travail pour obtenir un rendu abouti. Aujourd’hui ? « On obtient des résultats qui ressemblent à une photo de presse en 10 minutes. »
Les designers de Renault soumettent leurs esquisses à des modèles d’IA spécialisés, dans lesquels ils injectent l’univers de la marque et diverses inspirations (mobilier, architecture, textures). En quelques minutes, la machine génère des dizaines de variantes.
Des outils peuvent même extrapoler l’arrière d’un véhicule de manière totalement cohérente alors qu’on ne leur a fourni qu’un croquis de l’avant. La prochaine étape est déjà dans les cartons : la génération instantanée d’esquisses en 3D. Un projet qui est actuellement bloqué par des questions de confidentialité des données envoyées sur le cloud.
Cependant, Alexandre Malval est formel : l’IA ne remplacera jamais l’intuition humaine. Le métier évolue simplement d’une exécution manuelle vers de la direction artistique. « Il arrive que la machine nous mette au mur une cinquantaine de résultats. Mais à la fin, on leur dit : qu’est-ce que vous voulez faire ? » Face à la profusion d’images générées par l’IA, le designer reste celui qui prend la décision finale. Il doit en effet savoir autant « prompter » que filtrer et faire des choix éclairés.
Surtout, l’humain garde le monopole de l’intention originelle. Sans le fameux coup de crayon initial pour poser une idée sur le papier, l’IA tourne à vide. « Le dessin n’est pas juste une représentation, c’est comme ça qu’on réfléchit », rappelle le patron du design. « Sans passer par cette étape de dessin, on est incapable d’informer une IA sur ce qu’on veut vendre ou vers où on veut aller. Il y a toujours un pilote à bord. »
L’IA n’est donc pas perçue comme un ennemi au sein de la direction du design de Renault, mais comme un véritable accélérateur, si elle est bien utilisée.
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Crédit photo de la une : Raphaelle Baut pour Numerama






