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Netflix n’a même pas attendu de présenter ses résultats trimestriels aux analystes de Wall Street, prévus ce mardi 20 octobre. Face à une action en baisse de plus de 20 % depuis janvier et à un temps de visionnage qui n’a progressé que de 2 % au premier semestre, le co-CEO de Netflix, Ted Sarandos, a sorti le couperet. Vingt-quatre heures après l’éviction brutale de sa directrice des contenus Bela Bajaria, c’est Dan Lin (qui s’occupait du cinéma) que Ted Sarandos a appelé vendredi pour lui annoncer son renvoi, officialisé ce lundi 19 octobre.
L’aventure aura duré deux ans et demi, soit la moitié de son contrat de cinq ans, pour celui qui avait été nommé en février 2024 pour succéder à Scott Stuber. À son arrivée, Lin incarnait la rupture : fini la distribution de billets verts à l’aveugle, fini le gavage des stars hollywoodiennes et la promesse intenable d’un film inédit par semaine.
En juin, dans le New York Times, Dan Lin affirmait que Netflix avait « accepté » de ne plus travailler avec les cinéastes qui tiennent à une sortie en salles. Mais à Hollywood, la rigueur budgétaire se paie cash dès que les chiffres de visionnage ne suivent plus. Malgré la réorganisation des équipes par genre et quelques sorties en salles à titre d’essai, Lin n’a pas trouvé l’équilibre entre films taillés pour le streaming et sorties au cinéma, principal motif de son renvoi selon les sources du média américain.
En coulisses, la méthode cassante de Dan Lin chez Netflix a fini par créer un climat délétère avec l’élite hollywoodienne. Selon Variety, une réunion Zoom consacrée à Narnia (qui s’est fait détruire son premier trailer par les fans), la superproduction au budget de 250 millions de dollars (environ 215 millions d’euros), a mal tourné plus tôt dans l’année. Dan Lin se serait montré « dédaigneux » envers Greta Gerwig, la réalisatrice de Barbie, plus gros succès mondial au box-office de 2023.
L’incident a pris une telle ampleur que l’agent surpuissant de la cinéaste, Bryan Lourd, est intervenu directement auprès de Ted Sarandos. Dan Lin s’est ensuite effacé du projet au profit de son bras droit, Doug Belgrad, lui-même licencié la semaine dernière. Dan Lin se serait aussi opposé à Ben Affleck sur l’usage, pour son film Animals, d’InterPositive, la start-up d’IA cofondée par l’acteur et rachetée par Netflix en juillet, comme le détaillait nos amis de chez Frandroid. Les représentants de Ben Affleck contestent toute dégradation de ses relations avec la plateforme.
Cette purge au sommet en dit long sur le virage chaotique que traverse Netflix. En confiant l’ensemble de ses contenus (séries, films, programmes en direct) à Peter Rice, ancien dirigeant de Disney et de Fox, la plateforme admet à demi-mot l’échec de sa ligne d’austérité.
Pour rassurer Wall Street, Netflix tente désespérément de retisser des liens avec les réseaux de salles de cinéma traditionnels (un comble pour le pionnier qui méprisait la projection en salle) tout en cherchant sa nouvelle recette magique. Peter Rice prendra ses fonctions le lundi 26 octobre et devra désigner le successeur de Dan Lin. D’après Variety, Mike De Luca et Pam Abdy, anciens patrons du cinéma chez Warner Bros., discuteraient déjà avec Netflix.
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