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Meta échoue à modérer des publicités pédocriminelles représentant de vrais enfants

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Meta échoue à modérer des publicités pédocriminelles représentant de vrais enfants

Alors même que l’entreprise s’apprêtait à affronter divers États américains au tribunal sur des questions de protection des mineurs, Meta a laissé des centaines de contenus pédocriminels, souvent générés par IA, être diffusés via ses réseaux publicitaires.

Au fil des derniers mois, Meta a fait circuler au moins 350 publicités représentant des images pédocriminelles générées par IA. Concrètement, l’entreprise a échoué à modérer des contenus diffusés via ses systèmes publicitaires, représentant des images de mineurs autour desquelles des textes suggérant des actes illégaux étaient inscrits.

Dans un premier temps, les analystes de l’ONG Tech Transparency Project (TTP) ont détecté une cinquantaine de contenus, souvent liés à des applications de « nudification » par IA. Publiées entre novembre 2025 et août 2026, les publicités en question ne « cherchaient ni à cacher les images, ni à cacher ce qu’elles promouvaient », a souligné la directrice de TTP auprès de Wired.

Dans un second temps, malgré les promesses de Meta de « mieux détecter et bloquer » ce type de contenu, TTP a détecté un nombre croissant de contenus représentant des formes d’exploitation sexuelle de mineurs (Child sexual abuse material, CSAM). Dans plus de 250 publicités de ce type, l’ONG a réussi à identifier les portraits de vrais enfants, détournés à des fins pédocriminelles. L’une de ces images était issue du portrait officiel d’un enfant mineur d’une famille royale européenne.

Des images d’enfants détournées pour inviter à la pédocriminalité

Dans certains cas, ces images représentaient de jeunes filles allongées, jambes écartées, avec un texte signifiant « je peux t’en montrer plus ». Dans d’autres, montrant un enfant assis sur le sol, elles incitaient l’internaute à « réaliser [ses] fantasmes inavoués grâce à l’IA générative ». D’après les données de l’Ad library, la bibliothèque publicitaire de la société, la publication de ces contenus a spécifiquement visé des hommes – certains messages de promotion d’applications de nudification affirment d’ailleurs : « voici l’IA que les hommes utilisent vraiment ».

Ces contenus, qui contreviennent aux propres conditions d’utilisation de Meta, ont été publiés via son système publicitaire. « Cela signifie qu’elles ont été révisées et approuvées » par l’entreprise, qui a de son côté « collecté les dollars publicitaires », souligne TTP. Si toutes les publicités n’étaient pas actives pendant la durée de cette première analyse, l’essentiel était au minimum disponible dans l’Ad library.

Au total, ces contenus ont tout de même été montrés à plus de 29 000 comptes de divers pays de l’Union européenne, dont la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Irlande, les Pays-Bas, la Suède, l’Espagne, et à plus de 7 000 comptes du Royaume-Uni. Elles ont aussi été diffusées aux États-Unis, en Australie ou encore en Inde, via quasiment toutes les plateformes de l’entreprise : Facebook, Instagram, Messenger et Threads.

Modération publicitaire défaillante

Pour tester le fonctionnement des systèmes de modération publicitaire de Meta, TTP indique avoir signalé 129 contenus CSAM à la plateforme. En retour, la plateforme a répondu dans 57 % des cas que ses équipes avaient « étudié la publicité et constaté qu’elle ne contrevenait pas à leurs standards publicitaires ».

Dans 43 % des cas, elle a indiqué que les contenus avaient été supprimés, « mais six restaient visibles dans l’Ad library », indique TTP dans son rapport. Le reste des contenus a été supprimé après que Wired ait contacté l’entreprise. À leur place, un message indique qu’elles ont outrepassé les conditions d’utilisation de la plateforme relatives à « l’exploitation sexuelle d’enfant » et à la « nudité adulte et activité sexuelle ».

Au milieu de l’été, Meta a indiqué travailler « sans cesse » à améliorer ses systèmes de modération. Elle précise avoir retiré « 36 millions de contenus relevant de l’exploitation sexuelle de mineurs ». Cela n’a pas empêché TTP de mettre la main sur de nouveaux contenus, les reliant cette fois-ci aux portraits de véritables enfants.

Pour l’essentiel, ces mineurs viennent des États-Unis. TTP souligne d’ailleurs que l’un d’eux tient un compte d’influenceur sur l’une des plateformes de Meta : ce sont ces images qui ont été détournées à des fins de publicités illégales. Dans un autre cas, ce sont des photos de stock, représentant un enfant réel, qui ont été détournées. Toutes ont été signalées au National Center for Missing & Exploited Children (NCMEC), organisation états-unienne grâce aux travaux de laquelle l’essentiel des plateformes opèrent une large part de leur détection automatisée de contenus pédocriminels.

L’IA générative renforce violence de genre et sur mineurs

Auprès de Next, la directrice de l’Observatoire de l’association de lutte contre le harcèlement et les violences numériques Véronique Béchu expliquait en mai que la multiplication de ce type de contenus générés par IA compliquait le travail des enquêteurs. En effet, ces derniers doivent désormais commencer par déterminer si les mineurs représentés sont réellement en danger, avant de pouvoir travailler à les extraire des griffes de leurs agresseurs. Autrement dit, cela ralentit certaines opérations critiques.

Plusieurs spécialistes s’inquiètent du phénomène. En mars, l’Internet Watch Foundation alertait ainsi contre l’explosion de contenus pédocriminels générés par IA. Quant à la juriste et spécialiste des violences sexistes et sexuelles Clare McGlynn, elle expliquait à Next que sans régulation, le déploiement à grande échelle d’IA générative renforçait, notamment par ce biais, les stéréotypes et violences de genre et sur mineurs réalisés via des technologies.

TTP indique avoir trouvé ces éléments alors qu’elle enquêtait sur des sociétés publicitaires chinoises, autrices d’un « déluge » de publicité pour des applications de « nudification ». L’une de ces sociétés, Meet Social, a un temps agi comme l’un des principaux partenaires de Meta pour gérer la publicité venue de Chine.

Si les réseaux sociaux de la plateforme sont bloqués dans le pays, cela n’empêche pas ses acteurs économiques de publier de la publicité à destination de publics internationaux, par l’intermédiaire d’acteurs tiers comme Meet Social. Fin 2025, diverses enquêtes démontraient d’ailleurs que Meta réalisait près de 10 % de son chiffre d’affaires en Chine, par l’intermédiaire de ces tiers lui permettant de vendre de la publicité. Outre les contenus pédocriminels, la Chine s’avérait, dans ces conditions, être la principale pourvoyeuse de publicités problématiques, car promouvant diverses arnaques.

Ces différentes découvertes ont par ailleurs été rendues publiques alors que Meta vient d’accepter de payer 18 milliards de dollars pour solder le procès qui l’opposait à quatre États américains sur la question de la protection des mineurs.

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