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LFI s’inspire de la campagne numérique de Lula, au risque de dépendre de Meta

L'élection se gagnera-t-elle un jour sur les réseaux ?

LFI s’inspire de la campagne numérique de Lula, au risque de dépendre de Meta

Après la réélection de Lula au Brésil, les têtes se sont tournées vers son équipe de campagne et notamment vers son organisation sur les réseaux sociaux. Sautant sur l’opportunité, La France Insoumise revendique s’en inspirer.

Comme nous l’expliquions, il y a des enseignements à tirer de la manière dont s’est passée la campagne présidentielle brésilienne concernant la forme que les discours politiques prennent désormais en ligne. La France Insoumise revendique s’inspirer directement de la campagne mise en place par les équipes de Luiz Inácio Lula et notamment du travail fait par le député brésilien André Janones. Mais cela signifie aussi parier sur les outils des géants du numérique, à commencer par Meta, et mettre de côté les alternatives au prix d’un risque d’ingérence.

La France Insoumise n’a pas réellement investi d’autres réseaux sociaux aux protocoles plus ouverts comme Bluesky ou Mastodon, par exemple. Et elle ne semble pas parier sur ces réseaux pour la campagne de 2027.

S’inspirer d’une campagne qui a gagné, ça fait toujours bien

Communiquer sur l’inspiration d’une campagne numérique réussie n’est pas nouveau. Peu après l’élection de Barack Obama beaucoup de personnalités politiques ont revendiqué s’être inspirées de sa campagne. Ainsi, pour les campagnes de 2017, le logiciel Nation Builder s’inspirant du travail de l’équipe de campagne du 44ᵉ président des États-Unis avait été utilisé par Donald Trump comme par Jean-Luc Mélenchon ou Alain Juppé.

Aujourd’hui, les équipes de La France Insoumise préfèrent s’afficher dans la ligne du président brésilien. Il vient d’être réélu à tout juste 81 ans, et le maire LFI de Saint Denis a rapidement posté sur X un message clamant « Le Brésil l’a fait, la France peut le faire ! ».

Mais c’est du côté des pratiques du représentant de l’État rural de Minas Gerais au Congrès national du Brésil, André Janones, que le mouvement de gauche affirme s’inspirer et notamment de son canal Exercito de Lula (Armée de Lula) qui, comme nous l’expliquions, est très vite passé de 50 000 abonnés à plus de 10 millions. L’euphorie de la victoire peut rapidement lui donner un poids important alors qu’il est difficile à mesurer.

Qu’importe, certains ont même déjà fait de ses principes une doctrine à suivre sur les réseaux en temps de campagne : le Janonisme. Dont ceux concernant les propos des militants de l’extrême droite sur les réseaux sociaux : ne pas commenter, ne pas partager, ne pas interagir.

Calquer une campagne qui ne se passe pas vraiment dans les mêmes conditions

Dans un billet de blog, le député LFI Antoine Léaument, qui est aussi responsable communication du mouvement, revendique clairement de s’en inspirer. Ainsi, il résume en six leçons cette doctrine de communication allant de « développer un canal Whatsapp » comme « L’Armée de Lula » à invisibiliser l’extrême droite sur les réseaux tout en la provoquant en passant par lui contester l’usage des symboles nationaux et « gamifier » la campagne.

Ainsi, LFI semble calquer la campagne brésilienne en créant une chaine WhatsApp nommée de façon un poil moins guerrière « L’équipe de Mélenchon ».

Interrogée par Next sur l’utilisation de ce genre de chaînes en campagne électorale, la CNIL nous explique qu’ « en première analyse, ce type de service apparait fonctionner comme tout compte d’un organisme sur un réseau social, à savoir que l’utilisateur choisit de s’abonner pour suivre les publications et, ce faisant, les traitements de données personnelles mis en œuvre sont soumis au RGPD et relèvent de la responsabilité, chacun pour ce qui les concerne, du fournisseur de service (ici Meta) et de l’éditeur de la chaîne (ici LFI) ». Elle ajoute qu’ « il convient de préciser que si des sollicitations étaient adressées aux utilisateurs du réseau social en vue de s’abonner à la chaîne en ayant recours à un système de ciblage, alors les dispositions du règlement sur la prospection politique viendraient à s’appliquer, ce qui implique notamment : une collecte des données directement auprès des personnes, le recueil préalable de leur consentement à ce démarchage, des obligations de transparence renforcées et une interdiction de s’adresser à des mineurs ».

Mais, en faisant ce pas, LFI se livre elle-même dans les bras d’une entreprise qui, au Brésil justement, a été accusée d’ingérence dans la campagne contre Lula. Et, comme la plupart des partis politiques français, La France insoumise continue à utiliser massivement le réseau social X d’Elon Musk alors que celui-ci a aussi été accusé d’ingérences dans les débats démocratiques en Europe. Antoine Léaument souligne que cette chaine WhatsApp a permis, justement, d’éviter d’être trop touchée par l’ingérence de Meta qui a invisibilisé ses contenus et a bloqué pendant un temps à l’équipe de campagne de Lula la possibilité de sponsoriser ses contenus.

Mais le mouvement de Jean-Luc Mélenchon met en place une stratégie qui a été élaborée dans un pays qui n’a pas les mêmes règles électorales concernant l’utilisation des réseaux sociaux. Comme nous l’expliquions, la loi électorale brésilienne interdit toute recommandation algorithmique sur les réseaux sociaux mais permet l’utilisation des messages sponsorisés pour augmenter leur audience.

À l’inverse, côté français, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a rappelé récemment que la recommandation algorithmique gratuite est autorisée mais que « toutes les formes de publicité à des fins de propagande électorale sur les réseaux sociaux sont interdites jusqu’à la date du tour de scrutin où l’élection a été acquise ».

S’il y a des règles à la radio et à la télévision afin d’assurer le pluralisme politique, ce n’est pas le cas sur Internet et les réseaux sociaux : « Les pratiques sont par essence différentes entre ces deux espaces. On ne peut pas dupliquer le pluralisme sur l’espace numérique », reconnaissait l’Arcom. Sur Internet, c’est de la consommation à la demande et/ou algorithmique.

Et si le Janonisme peut galvaniser les troupes sur les réseaux sociaux, aucune élection n’a été gagnée à la seule force d’une stratégie numérique, même celle de Lula.

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