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Le régulateur qui a autorisé le Tesla FSD en Europe refuse de partager ses données de sécurité sur le logiciel

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Il y a quatre mois, les Pays-Bas donnaient leur feu vert au système de conduite automatique supervisé Full Self Driving (FSD) de Tesla. Depuis, leur régulateur routier local, la RDW, permet aux autres États membres d’approuver de leur côté le logiciel par le principe de reconnaissance mutuelle.

Cependant, l’agence refuse d’expliquer publiquement pourquoi elle juge la technologie du constructeur américain sûre, ni la méthode suivie pour l’évaluer, peut-on apprendre dans un rapport de Reuters publié ce 6 août 2026. De quoi relancer les débats autour des chiffres de sécurité avancés par Tesla, alors que le FSD fait depuis des années l’objet d’enquêtes réglementaires et de procès aux États-Unis après plusieurs accidents.

Interrogée par Reuters, la RDW affirme que dévoiler ces informations reviendrait à violer des secrets commerciaux de Tesla. Selon des correspondances entre Tesla et la RDW obtenues par l’agence de presse, la firme d’Elon Musk fait pression depuis fin 2024 pour que la documentation liée à l’examen de sécurité du FSD reste confidentielle.

Dans un échange remontant au mois d’avril 2025, un représentant de Tesla a ainsi cherché à obtenir la garantie que la RDW ne rendrait « jamais » public un document précis, et a demandé quelles mesures seraient prises pour empêcher sa divulgation. Tesla aurait même conditionné la transmission d’informations supplémentaires à une clarification préalable de ce point par le régulateur.

La RDW assure de son côté qu’elle ne cède pas aux demandes de Tesla, mais prend ses propres décisions en matière de protection des secrets industriels. Le régulateur n’a toutefois pas expliqué en quoi les détails de ses tests ou ses conclusions sur les performances du système pourraient révéler des informations commercialement sensibles.

En avril, la RDW a annoncé avoir conclu que le FSD était « plus sûr que les autres systèmes d’aide à la conduite ». En juin, la formulation s’est légèrement assouplie : le système serait « au moins aussi sûr » que ses concurrents. Dans les deux cas, l’agence n’a fourni aucune donnée ni élément probant à l’appui de ces déclarations.

Elle affirme avoir mené ses propres tests « approfondis », sur pistes fermées comme sur route ouverte et dans diverses conditions, sans préciser comment elle a mesuré les performances ou la sécurité du système, ni s’être appuyée sur les statistiques fournies par Tesla.

Cette réserve intervient après qu’une enquête de Reuters publiée en mai a révélé que les statistiques de sécurité que Tesla publie elle-même sur le FSD seraient largement exagérées.

L’autorité norvégienne des routes publiques, qui a examiné les données transmises par les Pays-Bas, a d’ailleurs indiqué à Reuters que ces chiffres ne correspondaient pas à ceux publiés par Tesla sur son propre site. Les statistiques mises en avant par le constructeur présentent des résultats plus favorables que les données réellement examinées par les régulateurs européens.

Pour plusieurs spécialistes européens de la sécurité automobile, cette rétention d’informations va bien au-delà de ce que justifierait la protection du secret des affaires, au risque de se faire au détriment de l’intérêt public. Oliver Carsten, professeur spécialisé dans la sécurité des transports à l’université de Leeds et impliqué dans l’élaboration de la réglementation européenne sur la conduite automatisée, ne voit « aucune raison » pour que ces éléments ne soient pas rendus publics. Frank Mutze, responsable politique au sein de l’association European Transport Safety Council, résume la situation en expliquant que le public n’a d’autre choix que de faire confiance aux autorités sans pouvoir vérifier leur travail.

D’autres régulateurs européens, qui reçoivent eux aussi une partie non précisée des données de test de la RDW sur le FSD, adoptent la même ligne de conduite. Contactées par Reuters, les autorités de six pays, dont l’Allemagne, la Norvège et le Danemark, ont indiqué ne pas pouvoir communiquer les données relatives aux tests ou aux performances du FSD, invoquant elles aussi la protection des secrets commerciaux.

Certains pays ont déjà exprimé leur refus d’autoriser par le biais de la reconnaissance mutuelle le FSD sur leur territoire. Le mois dernier, le ministre français des Transports a indiqué que la France n’approuverait pas le FSD dans sa forme actuelle, en raison de préoccupations liées aux excès de vitesse et à l’insuffisance des dispositifs censés garantir l’attention du conducteur. Des interrogations partagées également par la Suède. En Finlande, l’agence des transports et des communications reconnaît que le système « a été observé prenant des décisions plus sûres qu’un conducteur humain » dans certains cas, tout en s’inquiétant de son comportement sur des routes pentues et sinueuses, et en s’interrogeant sur la capacité des conducteurs à reprendre le contrôle en cas d’erreur soudaine du système.

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