Born to kill's bills

Devenu secrétaire adjoint à la Défense de Trump, le milliardaire Steve Feinberg a d’abord annoncé vouloir réformer la façon dont le milliard de milliards de budget du Pentagone serait dépensé. Il a ensuite créé une agence secrète de sabotage « dotée de ses propres pouvoirs en matière de marchés publics », au grand dam du Commandement des opérations spéciales et de l’US Cyber Command dont elle rogne les missions et budgets. Le fonds d’investissement qu’il avait créé a par ailleurs d’ores et déjà reçu des fonds du Pentagone.
En décembre 2024, Mike Waltz, le conseiller à la sécurité nationale de la future administration Trump, déplorait que les États-Unis se soient surtout concentrés sur leurs moyens de cyberdéfense, au détriment de ses capacités cyberoffensives.
En mars 2026, l’administration Trump nommait à la tête de la National Security Agency (NSA) et de l’U.S. Cyber Command (USCYBERCOM, le bras armé de la NSA et de l’armée US) Joshua M. Rudd, un général sans expertise ni compétence particulière en matière de renseignement technique ni d’informatique.
Ancien patron des opérations spéciales du Pacifique, son profil de « chef de guerre » rompu au combat semblait par contre pouvoir contribuer à la montée en puissance des capacités cyberoffensives de l’US Cyber Command, que l’administration Trump appelait de ses vœux.
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Un programme voulu par un milliardaire du secteur du capital-investissement
POLITICO vient de son côté de révéler que le Pentagone a discrètement créé en avril dernier une nouvelle agence d’élite. La mission de ce « Technology Support Office » (TSO) : perturber et saboter en secret les programmes technologiques étrangers considérés comme des menaces pour la supériorité militaire américaine.
TSO témoignerait de la volonté du département de la Guerre états-unien d’intensifier toute une série d’activités secrètes et agressives à l’étranger, explique POLITICO, qui précise en avoir discuté avec 12 actuels et anciens officiels.
Sa création avait été poussée par Steve Feinberg, un milliardaire du secteur du capital-investissement et ancien président du Conseil consultatif du renseignement de la Maison Blanche sous le premier mandat de Donald Trump, devenu secrétaire adjoint à la Défense en mars 2025.
Son conseiller principal au Pentagone, Tom Rakusan, aurait également joué un rôle actif dans la mise en place de TSO. Vétéran de longue date des services clandestins de la CIA, il travaillait jusqu’à récemment au sein de la société de capital-investissement de M. Feinberg, où il se consacrait aux technologies émergentes.
Cyberattaques, perturbations de la supply chain et opérations de désinformation
TSO résulterait de la fusion de deux programmes de renseignement classifiés du Pentagone qui menaient, depuis 2023, des opérations clandestines similaires de sabotage technologique à plus petite échelle.
L’objectif serait d’intensifier ce type d’actions, « pouvant notamment inclure des cyberattaques, des perturbations de la chaîne d’approvisionnement et des opérations de désinformation ». Et ce, afin de gagner du temps ou d’empêcher les adversaires d’accéder à des technologies de défense critiques susceptibles de menacer l’armée américaine « en cas de conflit majeur », voire de les saboter à distance, résume POLITICO :
« Le TSO est composé d’ingénieurs, d’agents des forces spéciales et d’officiers du renseignement ; ses missions vont de la conception d’outils de piratage sur mesure à la planification d’opérations de diversion sophistiquées visant à inciter les adversaires à installer des composants défectueux — probablement conçus par le TSO — dans des plates-formes d’armement étrangères stratégiques. »
En réponse à une série de questions concernant TSO et les détails de cette affaire, Jacob Bliss, porte-parole adjoint du Pentagone, a répondu à POLITICO que « cette interrogation semble reposer sur des informations qui sont tout simplement fausses. La personne qui vous transmet ces allégations est soit très mal informée, soit cherche délibérément à vous induire en erreur pour colporter ses fantasmes. »
Une indépendance mal vue par les forces spéciales et l’US Cyber Command
POLITICO, qui souligne que « les détails de ses activités, les grandes lignes de sa mission et les raisons pour lesquelles ses opérations sont entourées de secret », a cela dit appris qu’après avoir initialement envisagé de rattacher le TSO à l’US Cyber Command, le Pentagone a finalement préféré créer une nouvelle agence « dotée de son propre budget et de ses propres pouvoirs en matière de marchés publics », afin de pouvoir « intégrer plus rapidement les technologies de pointe issues du secteur privé » :
« Au-delà des opérations offensives, le TSO s’attachera également à coordonner l’utilisation des technologies et à réduire les formalités administratives pour les sous-traitants du secteur de la défense, qui doivent composer avec un dédale de programmes de renseignement du Pentagone fortement cloisonnés. »
Trois des sources de POLITICO soulignent que ce choix avait irrité plusieurs officiels du Pentagone, au point que le Commandement des opérations spéciales et l’US Cyber Command s’y seraient tous deux opposés, de crainte que TSO n’entame leurs propres budgets.
Tout en soutenant la mission de la TSO, plusieurs des interlocuteurs de POLITICO craignent cela dit que le secret qui entoure ses activités n’encourage les dirigeants du Pentagone à lancer des missions bafouant le droit international, ou à attribuer des contrats classifiés à des alliés politiques.
Un risque de conflits d’intérêts avec les fonds d’investissement qu’il avait créés
Lors de sa nomination, les démocrates avaient en effet souligné les risques de conflits d’intérêts, les sociétés de capital-investissement et de capital-risque que dirigeait Feinberg avant de rejoindre le département de la Guerre détenant toutes deux des participations importantes dans des entreprises de technologie de défense susceptibles d’entrer en concurrence pour remporter des marchés du Pentagone.





