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Le coût du SaaS explose! Bon et alors, on fait quoi ?

Ce billet est le dernier volet de la série sur la grande recomposition de l'industrie du logiciel et le changement de modèle économique du SI. Dans un billet précédent, GreenSI avait estimé un loyer du SaaS qui augmente deux fois plus vite que les prix. C'était prudent. D'après une enquête publiée en mai, conduite auprès […]

Ce billet est le dernier volet de la série sur la grande recomposition de l'industrie du logiciel et le changement de modèle économique du SI. Dans un billet précédent, GreenSI avait estimé un loyer du SaaS qui augmente deux fois plus vite que les prix. C'était prudent. D'après une enquête publiée en mai, conduite auprès de DSI français, c'est même trois fois. Mais c'est une hausse invisible, si on se contente de ne regarder que la ligne "prix"…

Le 1er juillet 2026, sans appel d'offres ni renégociation, l'abonnement Microsoft 365 E3 est passé de 32 à 39 dollars par utilisateur et par mois. Soit +22 % en une ligne de grille tarifaire. Office 365 E3 a pris 24%, la licence des salariés de terrain F1 50%.

Motif officiel ? De "nouvelles capacités d'IA, de sécurité et de gestion des terminaux". La hausse annuelle du loyer logiciel est devenue un rite, souvent contractuel. Mais contrairement aux prix qui sont indexés par l'inflation ou par des indices publiques vérifiables, la hausse du SaaS ne repose que sur la vision de l'éditeur, seul à décider.

Le Cigref et le cabinet Asterès l'ont mesurée ce printemps (étude) : les DSI interrogés déclarent une hausse de 8,7 % par an du coût de leurs services de cloud et de logiciels sur les trois dernières années, contre 5,8 % dans une enquête comparable d'Asterès en 2022. Ils anticipent 12 % par an pour les cinq prochaines années.

Selon l'Insee, l'inflation a été de 4,9 % en 2023, 2,0 % en 2024 et 0,9 % en 2025, soit 2,6 % par an en moyenne. En trois ans, les prix ont augmenté de 8 %, le loyer du logiciel de 28 %. Trois fois plus vite !

Pourquoi ? Parce que le client est captif et qu'il a pu payer, validant le modèle de l'éditeur !

Un loyer ne devient un problème que lorsqu'il prend une part croissante du revenu. Dans l'immobilier un bailleur exige des revenus égaux à trois fois le loyer. Une banque plafonne le taux d'effort d'un emprunteur à 35 %, selon la règle fixée par le Haut Conseil de stabilité financière. Au-delà, le ménage ne sera plus solvable.

A quel moment une DSI ne sera plus solvable ? Car son engagement SaaS récurrent dépassera ses capacités financières.

Selon la même étude, le cloud et le logiciel absorbent déjà 28 % du budget numérique, et en absorberont 42 % en 2030 au rythme actuel. Les cinq premiers fournisseurs captent à eux seuls 53 % de cette enveloppe, Microsoft étant cité par presque tous les répondants.

Est-ce que les budgets des DSI vont pouvoir augmenter avec la même pente ? Non, bien sûr. Alors que font-ils faire ?

Le loyer ne fait donc pas qu'augmenter : il évince les projets propres à l'entreprise au profit de l'existant loué chez l'éditeur. Les modèles économique de la DSI sont en train de changer fortement. Le budget 2027 ne pourra pas être le budget 2026 actualisé de l'inflation.

Mais la hausse de la grille tarifaire n'est que la partie visible. Interrogés sur les pratiques subies depuis trois ans, les DSI citent :

Aucune de ces hausses n'apparaît comme telle sur une facture.

C'est la "shrinkflation" du logiciel, pour reprendre ce mot qui a été inventé pour le paquet de biscuits qui rétrécit sans changer de prix, et faire croire qu'il n'y a pas d'inflation.

Il y a plusieurs façons dans le logiciel de jouer avec la taille du paquet de biscuits :

La position dominante n'est pas réservée aux Américains. Ce n'est donc une question identique à celle de la souveraineté.

Par exemple, Silae, leader français de la paie pour les cabinets comptables, a annoncé à l'automne 2024 des hausses allant jusqu'à 300 %, avant de promettre des ajustements face à la fronde de ses clients. Et il y en a d'autres.

Derrière ces histoires c'est la viabilité du modèle SaaS qui est en jeu.

Le choix de basculer des applications en SaaS en 2027 pourrait devenir un risque sur la durée de vie du projet et pourquoi pas, une erreur stratégique.

Mais le plus habile des mécanismes de hausse du moment, c'est l'IA comme alibi tarifaire.

Microsoft justifie sa hausse notamment par Copilot Chat, intégré aux applications. Google a relevé ses formules Workspace d'environ 2 dollars par utilisateur en janvier 2025, en y intégrant Gemini. Salesforce invoque "l'innovation continue et la valeur apportée aux clients"… appréciée par lui même !

L'IA est livrée d'office et facturée, qu'on s'en serve ou non.

Or seuls 23 % des DSI de l'étude constatent un gain de productivité immédiat, et 25 % observent des effets négatifs ou redondants. En plus, dans un précédent billet, GreenSI expliquait que le token n'est plus un angle mort, c'est un compteur qu'il faut maintenant intégrer et qui pourra faire monter plus haut le coût des logiciels qui l'intègrent.

Sur 400 milliards d'euros dépensés chaque année en Europe en cloud et en logiciels, 330 milliards (83 %), vont à des entreprises américaines, selon le Cigref et Asterès. Quand l'offre est concentrée et que la sortie coûte cher, le prix ne suit plus l'inflation : il suit ce que le client peut supporter !

On estime ce surcoût à 140 Milliards€ pour l'Europe entre 2026 et 2030, dont 93 milliards qui quittent définitivement l'économie européenne. Bien sûr le commanditaire de l'étude, le Cigref, représente les acheteurs (l'enquête repose sur 54 DSI qui ont ouvert leurs coûts SI) ce qui peut amener un biais dans ces chiffres. Mais le sens de la mesure ne fait guère de doute quand Microsoft, Salesforce et Google publient eux-mêmes leurs nouvelles grilles avec des prix en hausse.

En tout cas, pour GreenSI, ce contexte favorise deux choses :

L'entreprise utilisatrice n'est pas sans armes, à condition de les sortir avant le renouvellement, pas après:

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