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La série Lanterns fait-elle (enfin) oublier le film avec Ryan Reynolds ?

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Pour comprendre le pari réalisé par HBO avec Lanterns, il faut remonter le temps. Super-héros plutôt secondaire du catalogue DC Comics, apparu pour la première fois en 1940, Green Lantern et sa mythologie extra-terrestre touffue ont commencé à intéresser Hollywood tardivement.

En dehors de séries d’animation, il faut attendre 2011 pour voir débarquer le blockbuster Green Lantern, réalisé par Martin Campbell et centré sur un des porteurs de la lanterne verte, Hal Jordan, incarné par un Ryan Reynolds plutôt fade, qui n’a pas encore trouvé son bonheur dans le costume de Deadpool.

Effets spéciaux cheap, costume en VFX raté, scénario cousu de fil blanc… L’échec du filmGreen Lantern, aussi bien commercial que critique, a laissé un goût amer aux fans. Les années suivante, il est devenu un nanar régulièrement moqué, par Ryan Reynolds lui-même dans des dialogues de Deadpool et sa suite.

Cette histoire de gardiens extraterrestres et humains chargés de contrôler l’équilibre de la galaxie à l’aide d’un anneau vert aux multiples pouvoirs (et rechargeable via une lanterne) ne rentrait-elle pas dans la catégorie des œuvres de pop culture impossible à adapter sur un écran ?

Histoire d’en avoir le cœur net – et accessoirement de poursuivre le premier chapitre de l’univers cinématographique DC Comics intitulé « Dieux et Monstres » – HBO a refilé le bébé à Damon Lindelof, l’un des pères de Lost et le créateur de la très acclamée sérieWatchmen, basée sur un autre comic réputé inadaptable. Co-créé par Lindelof, Chris Mundy (également showrunner) et Tom King, la série Lanterns met en scène un Hal Jordan (Kyle Chandler) proche de la retraite, chargé de former son remplaçant, John Stewart (Aaron Pierre).

Les deux hommes débarquent à Rushville, dans le Nebraska, pour enquêter sur un mystérieux meurtre que Hal Jordan considère lié à une entité extraterrestre. Sur place, ils font la rencontre de Kerry (Kelly Macdonald), la shérif de la ville au caractère bien trempé, et d’autres habitants hauts en couleur de cette bourgade qui recèle bien des secrets.

La comparaison entre la série et le film de 2011 apparaît légitime : après tout, il s’agit des deux seules adaptations en live-action des comics Green Lantern, si l’on excepte l’apparition de Nathan Fillion en Guy Gardner (un autre Green Lantern, plus comique et qui effectue une apparition dans la série) dans le film Superman (2025) de James Gunn.

Au fil des huit épisodes (nous en avons vu sept) que comptent cette première saison, Ryan Reynolds et les aliens de Green Lantern ne deviennent qu’un vague souvenir tant les visions artistiques diffèrent entre le film et la série.

D’un côté, vous avez un blockbuster bourré d’effets spéciaux ayant mal vieilli et un récit daté, tourné vers une bataille intergalactique avec des extraterrestres aux faciès un peu grotesques, de l’autre vous avez un blockbuster sériel contemporain, qui place la trajectoire émotionnelle de son duo au coeur de son récit et explore davantage les ambiguïtés de l’espèce humaine.

Si l’interprétation de Ryan Reynolds ne méritait pas autant d’hostilité que celle qu’il a reçu à l’époque, force est de constater qu’elle n’arrive pas à la cheville de celles de Kyle Chandler (inoubliable coach de la série Friday Night Lights) et Aaron Pierre (Krypton, Rebel Ridge, attendu dans Star Wars : Starfighter).

Le premier casse la baraque en salopard magnifique. Il est à la fois drôle, peu fiable, menteur, charmant (quand il veut !) et surtout brisé par sa carrière de Green Lantern. Le deuxième nous épate aussi dans un rôle plus sérieux, celui de sa recrue John Stewart. Sur-entraîné dès son plus jeune âge par ses parents pour devenir le prochain Green Lantern, il transpire la pression de celui qui doit constamment se surpasser pour mériter sa place à la table.

Les deux premiers épisodes, assez bavards mais pas désagréables, mettent en place une dynamique aux vibes trèsTrue Detective pour ce duo mal assorti, qui enquête au cœur d’une petite ville américaine plus difficile à cerner qu’il n’y parait.

L’un a travaillé toute sa vie pour devenir le nouveau Green Lantern, sans vraiment prendre le temps de se demander s’il voulait vraiment l’être, l’autre se voit devenir obsolète face à une version plus jeune, plus fiable et peut-être tout simplement meilleure que lui. Le duo ne peut être qu’explosif, et sans spoiler, on vous garantie qu’il tient ses promesses !

Les scénaristes s’en donnent à coeur joie en bousculant les codes du « buddy movie », notamment en créant une relation bien plus retorse que celles auquel ce genre cinématographique nous a habitué.

On ne comprend pas les tenants et les aboutissants dès le début de la série, et c’est tant mieux ! A l’ère des guidelines de certaines plateformes obligeant les scénaristes à faire répéter à leurs personnages toute l’intrigue des épisodes dans des dialogues insipides, trop de séries n’osent plus infuser aucun mystère par peur de perdre le public. Heureusement pour nous, le mystère, c’est le fond de commerce du style Damon Lindelof (vous vous souvenez de l’incroyableThe Leftovers ?)!

L’intrigue extra-terrestre (la traque d’un manhunter et ses conséquences en domino) se dévoile par couches au fil d’épisodes qui nous embarquent dans différentes temporalités (là encore, difficile de ne pas penser à l’inspiration assumée pourTrue Detective).

D’excellente qualité, les effets spéciaux s’avèrent bien dosés et utilisés à bon escient (les moments où Hal vole, où lui ou John matérialisent des objets ou des animaux via l’anneau, les séquences sur une autre planète…). Pour éviter un effet cheap et « humaniser » les personnages extra-terrestres, la série prend le parti de les représenter sous des formes humaines.

Le fameux costume du Green Lantern (qui va problablement avoir son propre fil de discussion sur Reddit) est sobre, sombre et à l’image de Hal Jordan, un peu usé. Visuellement, la série, réalisée par James Hawes (réalisateur de la première saison de Slow Horses) pour ses deux premiers épisodes, s’avère extrêmement soignée.

Damon Lindelof, Chris Mundy et Tom King jouent avec brio avec la mythologie de Green Lantern. Cette réinterprétation devrait sans nul doute régaler les fans des comics. Au-delà de ses intrigues SF, Lanterns brille par la profondeur de ses thèmes.

Pour devenir un super-héros et porter l’anneau d’un Green Lantern, il faut être « sans peur ». Mais on le comprend au fil de la trajectoire de John Stewart : ne pas avoir peur est un privilège d’homme blanc. En tant qu’homme noir ayant grandi aux États-Unis, John a bien plus de raisons que Hal d’avoir peur.

Damon Lindelof, qui a fait appel à au moins un scénariste noir (Justin Britt-Gibson) dans la salle d’écriture de Lanterns, raconte à travers ce personnage l’histoire d’une Amérique qui ne s’est pas débarrassée d’un racisme systémique. Un thème qui résonne avec sa précédente série, Watchmen.

La série en profite bien entendu pour explorer les rapports entre père et fils et de mentorat masculin (entre Hal et John et entre Hal et Sinestro, l’ancien Green Lantern qui a mal tourné et est aussi de la partie, sous les traits de Ulrich Thomsen), sans pour autant négliger les personnages féminins secondaires comme la shérif Kerry, Zoe (Poorna Jagannathan), la mystérieuse femme d’un riche rancher, ou Bernadette (Nicole Ari Parker), la mère de John déterminée à ce que son fils brise le plafond de verre.

Et puis la série est particulièrement réussie car elle n’a pas peur, elle, d’explorer les failles les plus profondes de ses personnages. En 2026, on n’idolâtre plus les super-héros américains comme avant, en écrasante majorité des personnages masculins blancs d’un certain âge. Et on n’idolâtre plus les Etats-Unis comme avant.

Le personnage de Hal Jordan, qui refuse – certes avec panache – de passer le relais à la génération suivante, incarne d’une certaine façon une forme de conservatisme qui peut nous mener à notre perte. Une ambiance diffuse de fin du monde, elle aussi très en phase avec notre époque, plane sur la série. L’approche de Lanterns est maligne, politique et éminemment contemporaine. Et c’est une grande réussite.

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