Inspiré par la mésaventure de Pixar avec Toy Story 2, notre auteur détaille la règle de sauvegarde 3-2-1 et partage sa propre configuration, pour ne plus jamais risquer de perdre un fichier important.
L'un des films les plus adulés de tous les temps a bien failli disparaître avant même sa sortie, à cause d'un ingénieur travaillant sur une station Unix qui a accidentellement supprimé le contenu d'un serveur entier. C'est sans doute l'histoire de sauvegarde la plus édifiante qui soit.
Pixar Studios disposait bien d'une sauvegarde de Toy Story 2, mais personne ne l'avait jamais testée, et comme le veut la loi de Murphy… vous devinez sans doute la suite. La sauvegarde s'est révélée corrompue, et le studio s'apprêtait à essuyer une perte catastrophique de 100 millions de dollars (c'était en 1998, et 100 millions de dollars représentaient à l'époque une somme colossale).
Le studio a finalement pu tout récupérer grâce à un heureux concours de circonstances : un employé travaillait alors à distance et possédait une copie sur son propre poste de travail. Cette histoire mériterait presque un film à elle seule, avec un joli rebondissement en prime.
Il s'avère que les ingénieurs de Pixar venaient, par pur hasard, de redécouvrir un principe fondamental des sauvegardes efficaces, bien qu'il faille attendre quelques années de plus avant que le photographe Peter Krogh ne lui donne un nom officiel : la règle du 3-2-1. En recherchant cette expression, vous constaterez qu'elle est recommandée par pratiquement tous les experts en récupération de données à travers le monde. Elle n'est ni compliquée à mettre en place, ni coûteuse.
J'aborde ce sujet parce que, même si votre collection de fichiers numériques ne vaut probablement pas 100 millions de dollars, je suis prêt à parier qu'elle contient tout de même des fichiers auxquels vous tenez énormément : copies scannées de déclarations fiscales, pages de notes de recherche, ou versions quasi définitives d'une thèse. Certains sont irremplaçables, et d'autres sont littéralement inestimables, comme les photos et vidéos de vos enfants ou de vos animaux de compagnie.
Dans cet article, j'explique comment fonctionne cette stratégie de sauvegarde, et comment je l'ai mise en place pour protéger mes propres fichiers importants.
Suivre la règle du 3-2-1 permet de protéger vos données contre pratiquement toutes les menaces raisonnablement envisageables. Voici comment elle fonctionne :
Conservez au moins trois copies de chaque fichier. Cela inclut le fichier original, plus au moins deux copies de sauvegarde.
Utilisez au moins deux types de supports de stockage différents. Votre copie principale peut se trouver sur le stockage interne de votre PC ou Mac, ou, s'il s'agit d'un fichier archivé dont vous n'avez plus besoin au quotidien, sur un disque externe. Vos sauvegardes peuvent se trouver dans le cloud, sur un NAS, ou sur un second disque externe distinct.
Conservez au moins une copie dans un emplacement géographiquement séparé.
Bonus : si au moins une de ces copies est également immuable, c'est-à-dire impossible à modifier ou supprimer, c'est encore mieux (OneDrive propose cette fonctionnalité dans le cadre de sa protection contre les rançongiciels).
Pourquoi tout cela compte-t-il vraiment ? Décortiquons ensemble :
3 — Disposer d'au moins trois copies réduit le risque de perte de données liée à un seul incident. Si une attaque par rançongiciel chiffre à la fois vos fichiers locaux et vos copies de sauvegarde sur votre disque externe, cette troisième copie deviendra indispensable.
2 — Utiliser plusieurs types de supports vous protège d'une panne matérielle isolée. Conserver ses sauvegardes sur deux disques externes de la même marque peut par exemple poser problème si un bug de firmware corrompt les données sur les deux disques simultanément. Si votre seconde sauvegarde se trouve plutôt sur un NAS ou un service de stockage cloud comme OneDrive ou Dropbox, vous êtes bien mieux protégé.
1 — Une copie hors site reste indispensable pour vous protéger de véritables catastrophes, comme un incendie, une inondation, ou une tornade. Sauvegarder les fichiers de votre PC de travail sur un disque externe offre déjà une bonne protection en cas de panne du disque interne. Mais si votre bureau venait à être détruit par une catastrophe naturelle, vous serez heureux d'avoir également une copie stockée dans le cloud, ou sur un disque externe ramené chez vous en lieu sûr.
Au fil des années, j'ai accumulé un grand nombre de fichiers, aussi bien professionnels que personnels. Je possède d'importantes bibliothèques de photos remontant à plusieurs décennies, ainsi qu'une large collection de fichiers multimédias introuvables sur les plateformes de streaming, comme des enregistrements live de concerts, ou des copies d'albums rares. Voici comment j'organise tout cela.
Mes copies principales se trouvent dans le cloud : mes fichiers personnels sont sur OneDrive, tandis que mes fichiers professionnels sont sur OneDrive for Business. Les fichiers sur lesquels je travaille actuellement sont synchronisés avec les PC que j'utilise au quotidien. Lorsque je crée un nouveau fichier, il est immédiatement enregistré sur mon PC, puis synchronisé avec le cloud.
Dans un coin de mon bureau se trouve un Dell Precision vieux de cinq ans, tournant sous Windows 11, auquel sont reliés deux disques externes USB 3.2 Gen 2.
Ce PC héberge également quelques machines virtuelles que j'utilise à des fins de test, mais son rôle principal reste celui de serveur de sauvegarde. Il est connecté à la fois à mon compte OneDrive personnel et à mon compte OneDrive for Business, tous deux configurés pour synchroniser l'intégralité de leur contenu vers l'un des disques locaux.
Ce même système fait également tourner une copie d'un logiciel de sauvegarde dédié, MSP360 Backup (anciennement connu sous le nom de CloudBerry Backup). Un agent en arrière-plan sauvegarde régulièrement une image complète du disque système sur l'un des disques externes locaux ; un plan de sauvegarde distinct copie quant à lui mes fichiers du cloud vers un espace de stockage B2 Cloud Storage chez Backblaze, une fois par semaine.
Et pour faire bonne mesure, une fois par mois, je sauvegarde également l'intégralité du contenu de chaque compte OneDrive sur un disque externe.
Cela représente donc bien au moins trois copies de chaque fichier, réparties sur plusieurs supports de stockage, avec deux dépôts distincts hors site.
Quel est le coût total de tout cela ? Le stockage cloud (6 To en personnel, 1 To en professionnel) est inclus dans mon abonnement Microsoft 365. Le logiciel MSP360 Backup propose une édition gratuite, ainsi qu'une édition Pro à 30 dollars par an. La version gratuite me suffirait amplement, mais j'ai acheté une licence à vie pour la version Pro il y a longtemps, donc je n'ai plus aucun coût récurrent à ce niveau. Ma facture Backblaze, quant à elle, reste sous les 5 dollars par mois. Ce service n’est pas disponible en France mais des équivalents existent : OneDrive, Google Drive, iCloud, Dropbox ; Proton, kDrive ou encore pCloud.
Le meilleur dans tout ça, c'est que tout fonctionne de façon entièrement automatique. Les fichiers OneDrive se synchronisent automatiquement avec Windows, et en cas de problème de synchronisation, je reçois immédiatement un message d'erreur. Je reçois également une notification par courriel après chaque sauvegarde MSP360 ; en cas d'erreur, les détails figurent directement dans ce message.
Vos besoins, vos préférences (et votre matériel !) sont sans doute très différents des miens, mais vous pouvez tout de même suivre les mêmes grands principes. Si vous refusez catégoriquement d'utiliser le cloud, la tâche devient nettement plus compliquée.
Côté logiciels de sauvegarde, Windows comme Mac disposent chacun d'outils intégrés (Historique des fichiers et Time Machine), mais les solutions commerciales restent bien plus polyvalentes.
Le conseil le plus important que je puisse donner, c'est de faire l'inventaire des fichiers qui comptent vraiment pour vous, et de vous assurer qu'ils sont bien sauvegardés. Mes photos iPhone, par exemple, sont automatiquement importées sur OneDrive ; vous préférerez peut-être iCloud Photos ou Google Photos. Si vos fichiers professionnels sont dans le cloud, assurez-vous que tout est bien stocké dans un emplacement synchronisé. OneDrive, par exemple, ne synchronise pas automatiquement votre dossier Téléchargements.






