Google est loin d’abandonner ses efforts pour percer sur le marché des PC portables. Si les Chromebook ont trouvé leur niche dans le milieu éducatif, particulièrement aux États-Unis, on ne peut pas dire que les précédents ordinateurs signés Google ou la gamme Chromebook Plus aient changé la donne du côté du grand public.
Avec la nouvelle gamme Googlebook, dont l’Acer Googlebook 14 est parmi les premiers représentants, la marque veut aller toujours plus loin vers le premium. En vérité, on a pour le moment surtout l’impression d’être devant un Chromebook avec une moustache.
Annoncés par Google en mai, les premiers Googlebook sont en vente en France depuis le 5 octobre, chez Boulanger et Fnac-Darty. Quatre modèles sont proposés en France, signés Acer, Asus, HP et Lenovo : le Dell XPS Googlebook n’est, lui, pas commercialisé dans l’Hexagone.
Il faut avouer que sur le design, ça en jette un peu plus. L’Acer Googlebook 14 n’hésite pas désormais à s’éloigner un peu du plastique pour proposer une coque supérieure en métal. Le reste fait toujours confiance au matériau le moins cher, certes, mais le design au complet est très cohérent et incroyablement agréable au toucher. Autant dire que le PC portable sait se donner des airs premium tout en optimisant un minimum son coût de fabrication.
Son format 14 pouces est parfait pour le grand public, d’autant qu’il se conjugue à un poids plume de seulement 1,14 kilogramme qui n’est pas sans rappeler la gamme Acer Swift. L’épaisseur est elle aussi contenue, à 1,39 centimètre. Surtout, l’écran se replie à 360 degrés pour passer en mode tablette, un usage qui garde tout son intérêt sur ce nouvel OS, comme sous Chrome OS.
Tout est solide, il n’y a pas de flexibilité trop prononcée sur le châssis, et dans l’ensemble, Google réclame clairement de la sobriété à tout le monde puisque même les badges de SoC habituels dans l’univers sont aux abonnés absents. Par contre, nous avons bien la barre lumineuse dédiée aux Googlebook, sur le coin supérieur gauche du volet, qui représente une touche sympathique mais pas particulièrement utile. On aurait aimé que celle-ci soit plus visible pour l’utilisateur et qu’elle prenne essentiellement le rôle de voyant de notification par exemple, mais elle reste un signe distinctif agréable.
La configuration clavier propose des switchs ciseaux bien équilibrés et à la course plutôt profonde pour ce format 14 pouces. Rien à dire sur l’usage, mais du côté du toucher, on sent tout de même que le plastique utilisé n’est pas le plus fin du monde. Il faut bien quelques concessions, et celle-ci est parfaitement acceptable.
Du côté du pavé tactile, c’est essentiellement la même chose. Bien sûr que sur ce segment, nous n’allons pas avoir un pavé à retour haptique, mais ce pavé métallique à bon clic et grande diagonale reste agréable à utiliser au quotidien et propose une glisse très confortable.
À gauche, nous retrouvons un port USB-C 3.2 et un port USB-C Thunderbolt 4. À droite, un deuxième USB-C 3.2 et un combo jack.
Bon… C’est limité. Un port USB-A aurait été apprécié, à dire vrai, et le port Thunderbolt 4 risque de ne pas être particulièrement utile sur ce nouvel OS avant un bon moment. Mais au moins, nous pouvons charger le PC qu’importe le placement du chargeur dans la pièce où nous arrivons.
L’Acer Googlebook 14 intègre une webcam de 5 mégapixels qui capture en 1800p. L’image est très bruitée et manque énormément de dynamique. Acer gagnerait à mieux la calibrer, mais elle reste utilisable en visioconférence.
Les deux haut-parleurs placés des deux côtés du clavier font plaisir pour leur orientation, mais côté rendu… Bon. Comme souvent, c’est l’élément qui a pris le plus cher avec un rendu qui rappelle un smartphone d’entrée de gamme. Suffisant pour regarder du YouTube, sauf si vous regardez un créateur un brin obsessif sur la qualité de son audio.
L’Acer Googlebook 14 intègre une dalle OLED de 14 pouces de diagonale supportant une définition de 2880 x 1800 pixels, soit un ratio 16:10. La dalle est tactile et offre un taux de rafraîchissement variable de 120 Hz. C’est l’élément le plus marquant de cette configuration, en bien comme en mal.
Sous notre sonde et avec le logiciel CalMAN de Portrait Displays, nous retrouvons une couverture de 139 % de l’espace sRGB pour 93 % de l’espace DCI-P3. La température de couleurs moyenne est mesurée à 6 366 K, proche du parfait, avec une luminosité maximale de 665 cd/m² excellente, surtout pour ce tarif. Enfin, le delta e00 moyen est mesuré à 1,97, parfait, pour un écart maximal de seulement 3,78.
Ça, c’est la bonne nouvelle. La mauvaise est que la configuration est réglée par défaut en sRGB, et qu’il faut passer par les couleurs « rehaussées » dans les réglages pour profiter du DCI-P3. Mais surtout, la gestion des dalles OLED de l’OS Googlebook est… étrange. Si vous aimez les noirs profonds dans l’interface, oubliez-les : vous aurez essentiellement le même rendu qu’une dalle IPS LCD où les noirs profonds sont des nuances de gris. Ce qui fait que le ratio de contraste n’est pas illimité, mais mesuré à 1632:1.
Pour retrouver le comportement d’une dalle OLED, il faut obligatoirement regarder une vidéo HDR. C’est le seul moment où l’OS laisse la dalle se comporter naturellement. Nous avons pu le valider en connectant également un écran OLED externe qui subit le même traitement, quand bien même il fonctionne parfaitement bien sous Linux et Windows. Le réglage de contraste prévu par l’OS ne change rien à la situation : en utilisation bureautique, les écrans OLED sous Googlebook se comportent comme des IPS LCD. Le tout avec un écran réglé par défaut en sRGB. Ça n’a tout simplement aucun sens, et Google doit revoir sa copie au plus vite.
Googlebook OS est essentiellement une version d’Android intégralement optimisée pour un usage sur PC portable. Si vous avez déjà utilisé un Chromebook, vous êtes en terrain connu : depuis que Chrome OS fait tourner les applications Android, Google suivait déjà cette logique.
Aussi, pour quelqu’un qui a déjà bien creusé le sujet… Il n’y a pas de grandes surprises sous Googlebook OS. L’entreprise a plus ou moins enterré les applications Chrome natives et laisse toute la place aux applications Android et web, qui se mélangent au sein du Play Store sans que tout cela ne soit particulièrement visible pour l’utilisateur final. Ce qui veut dire que l’on retrouve les mêmes avantages, notamment un usage hors-ligne, et les mêmes défauts, comme des applications loin d’être optimisées pour les grands écrans malgré leur validation. Netflix notamment paraît parfait jusqu’à ce que l’on se balade un peu dans son interface.
Deux points ont largement évolué par rapport à Chrome OS. Le premier est l’intégration de Gemini, l’IA de Google, au sein du système d’exploitation. Auparavant plus proche d’un assistant vocal, il est désormais profondément intégré au système pour permettre notamment d’analyser en profondeur les fichiers de votre disque et votre cloud, ou de poser des questions sur ce qui est affiché en secouant votre souris pour laisser Gemini analyser une capture de ce que vous voyez et l’intégrer à sa réflexion. La reconnaissance de ce qui s’affiche à l’écran se fait en local, mais dès que vous demandez à Gemini d’analyser un élément sélectionné, son contenu part sur les serveurs de Google, comme l’a précisé Alexander Kuscher, directeur produit des PC portables et tablettes chez Google.
Même avec un smartphone sous Android 17, tout ne passe pas : Google précise dans son guide destiné aux testeurs que les applications de vidéo protégées par DRM et celles qui affichent des contenus sensibles ne peuvent pas être diffusées sur l’écran du PC.
Tout cela fonctionne plutôt bien, et la notion d’un écosystème interconnecté avec un smartphone Android a quelque chose de séduisant. Mais si le fait de devoir avoir un smartphone sous Android 17 pour en profiter pleinement est déjà un frein en lui-même, la vérité est que le talon d’Achille de cet univers continue d’être l’applicatif. Sans surprise, le Play Store ne regorge pas de grands logiciels de production, particulièrement optimisés pour un usage hors-ligne, et quand ils sont là… Ils ne sont pas forcément les plus agréables à utiliser sur PC.
De manière générale, il est difficile de ne pas sentir une forme de limite ici. La philosophie de Google est parfaitement logique : toute une nouvelle génération d’utilisateurs produit directement sur smartphone et tablette, bien loin du modèle des anciennes générations et de leurs ordinateurs de bureau, et un écosystème optimisé pour leur usage a du sens. Mais jusqu’à quel point avant que ces mêmes utilisateurs veuillent aller plus loin encore, et découvrent cette limite applicative ? Difficile à déterminer en l’état, mais une chose est sûre : les avantages de Googlebook OS ne paraissent pas suffisants à sa sortie pour justifier son usage face à un Windows, macOS ou même Linux qui ne cesse de gagner en popularité même auprès des plus jeunes. Il en reste une bonne base, qui pourra nous surprendre à l’avenir.
Sur ce point, on s’éloigne des Chromebook abordables mais peu puissants. Google avait pourtant déjà tenté de monter en gamme avec le Pixelbook, la Pixel Slate et la gamme Chromebook Plus, avant l’arrivée des Googlebook.
L’Acer Googlebook 14 intègre donc un SoC Intel Core Ultra 5 325 dernier cri de la génération Panther Lake, qui offre 8 cœurs (4 performants et 4 basse consommation) et 8 threads, avec une fréquence maximale de 4,5 GHz. Il est couplé à 16 Go de RAM LPDDR5X à 7470 MT/s et 256 Go de stockage en PCIe gen 4. Attention cependant : sur la partie graphique, on reste sur ce bon vieux Intel Graphics et pas l’Intel Arc.
L’habituel Cinebench n’est pas disponible, mais nous pouvons compter sur Geekbench 7 pour retrouver des scores de 2378 en single core pour 11126 en multi core. Ces performances sont comparables à la plateforme Lunar Lake à son meilleur, intégrée par exemple à l’Asus Zenbook S 14, ou un Apple M1 de base. À des années-lumière de ce qu’a offert Chrome OS jusque-là donc, mais pas non plus comparables aux meilleurs ultrabooks du marché dans l’univers Windows ou macOS.
La partie graphique n’est pas particulièrement puissante, c’est un fait. Son score de 1750 sur Steel Nomad Light le souligne bien. Ce score le place au coude-à-coude avec le Steam Deck, mais les limites de l’OS et la définition de l’écran rendent la comparaison peu pertinente. On pourra bien sûr faire tourner l’intégralité des jeux mobiles disponibles sur le marché, notamment Pokémon Champions officiellement disponible sur le Play Store des Googlebook, mais ne vous attendez pas à retrouver Steam de sitôt. Bidouillez pour du petit jeu 2D avec Gamenative et consorts.
Enfin, la mémoire de stockage en PCIe gen 4 se retrouve avec des scores tout à fait honorables pour sa technologie. Rien à signaler.
Le PC ne fait aucun bruit et ne chauffe pas. Il faut vraiment utiliser des benchmarks synthétiques pour entendre les ventilateurs s’activer, sans quoi, vous ne les verrez jamais tourner de votre vie.





