« Oh mais tu vas galérer ! », « Tu n’as pas peur de tomber en panne ? », « Tu es sûre que tu vas trouver des bornes partout, et qui fonctionnent ? », « C’est tellement chiant à conduire ». Voici le type de réflexions balancées avant mon départ en vacances.
Vous savez pourquoi ? J’ai dit à mes proches que je prenais la route direction le sud, avec un gros SUV électrique. Un Kia EV5, que j’ai emprunté pour avaler les quelque 2 500 kilomètres de parcours prévus lors de mon périple estival. Et bien sûr pour affronter, par la même occasion, les embouteillages sur autoroute mais aussi les fameuses files d’attente à la borne ou le stress de la panne sèche.
De toute façon, il faut savoir faire abstraction des rumeurs, tout en oubliant les discours théoriques des constructeurs sur l’autonomie et la batterie des véhicules électriques. Parce qu’il n’y a rien de mieux que les cas pratiques.
Quitter la région parisienne en plein chassé-croisé d’août avec une autonomie à plus de 90 % affichée à près de 500 kilomètres, c’est s’exposer d’emblée au syndrome de l’anxiété de la jauge. Le verdict est pourtant tombé sans appel dès les premiers tours de roue.
Et pourtant, je n’ai pas chômé : je suis partie de la région parisienne, pour rejoindre Poitiers et ses environs (Vienne), avant de faire un stop à Sarlat en Dordogne, Rocamadour et Saint-Cirq-Lapopie dans le Lot, et d’aller visiter le sud, soit Montpellier et Nîmes, puis d’y rallier Paris la dernière journée.
J’ai vu que le réseau de bornes et les habitudes de conduite se sont complètement métamorphosés.
Je ne vais pas vous raconter chaque jour de mon périple, il était plutôt long et personnel, j’y écrirais des pages et des pages. Mais je vais vous narrer les plus grandes étapes lorsqu’on s’emmanche dans un tel projet, en tant que néo-électromobiliste. C’est comme ça qu’on dit ?
La première a été celle de m’habituer à ma monture. Manier un aussi gros SUV électrique n’est pas chose aisée pour ceux qui découvrent cette technologie tout juste à la veille d’un départ en vacances.
Avant donc de la côtoyer pendant deux semaines, j’avais à dompter une bête de 4,61 m et dotée d’une batterie de 81,4 kWh, donnée pour 530 kilomètres d’autonomie selon le cycle WLTP.
Le véhicule ne court pas dans la catégorie des poids plumes, donc. Certes, on sait qu’on n’achète pas une voiture électrique pour son dynamisme. Quoique au démarrage, on a de quoi être collé au siège, même avec cet engin de 2,3 tonnes.
On choisit plutôt ce type de véhicule pour son confort, son habitabilité, et son offre technologique. Quel plaisir de rouler une voiture électrique. Non ce n’est pas chiant, oui c’est amusant. On ne fait pas ici l’essai de la voiture, mais il est important de dire en premier lieu de ce récit qu’un SUV électrique est clairement taillé pour un road-trip en famille, sans que l’on s’ennuie au volant, ni à son bord.
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Pendant 15 jours, j’ai roulé sur des départementales et des nationales vers Poitiers, à haute vitesse sur l’A10, l’A20, en ville à Montpellier, j’ai freiné, tapé des pointes à -je ne vous dirai pas-, été trimbalée dans les virages de la vallée de la Dordogne comme empêtrée dans les bouchons parisiens. Pas de répit pour moi ni pour la voiture qui m’a été des plus agréables en toutes circonstances, je vous l’assure.
Et sincèrement, sur le ruban d’asphalte, le comportement routier surprend par son silence de fonctionnement et la reprise instantanée lors des dépassements. Ce n’est point un veau ! Un moteur électrique délivre 100 % de son couple immédiatement.
Conçu aussi bien pour le plaisir de conduire, avec de la puissance sous le pied, que pour le confort à bord, avec de l’espace plus qu’il n’en faut, ce type de modèle électrique semble l’équilibre parfait pour voyager au large, passagers comme bagages.
Je vais vous avouer un secret, je suis une « stressée de la vie », comme on dit. Partir seule en voiture électrique ne me faisait pas peur, mais pas clairement pas rêver non plus. L’angoisse de la panne sèche était bien réelle à la veille du départ.
Me voilà dans la peau d’un nouveau propriétaire de voiture électrique qui affronte son premier vrai long trajet avec un pack batterie et non plus un réservoir de carburant : ni une ni deux, j’ai utilisé un planificateur d’itinéraires comme Chargemap pour préparer mon voyage. Il en existe plein d’autres, comme ABRP, PlugShare, Ulys, Waze, Google Maps, etc.
Ce sont des outils intégrés à la voiture ou des applications qui calculent votre trajet en optimisant les temps de recharge sur votre parcours, et en fonction de vos besoins, si vous ne voulez pas arriver à sec à destination mais plutôt à 20% ou même 50% d’autonomie. Ils prennent en compte l’autonomie de votre véhicule, le trajet en lui-même, la météo et la disponibilité des bornes en temps réel. C’est de la personnalisation pure pour dicter le rythme sur la route.
J’ai donc commencé par planifier mon premier voyage, de la région parisienne aux environs de Poitiers, pour arriver quand même avec 40 % d’autonomie dans mon petit village de prédilection.
Sur mes 3h30 de route prévues, chargée à 90 %, Chargemap m’a conseillé de m’arrêter sur l’aire de TotalEnergies de Sainte-Maure-de-Touraine sur l’A10, afin de ravitailler ma monture de 15 à 50 % sur une borne de 175 kW DC à un coût de 18,85 euros. Assez rassurée, je pensais évidemment suivre le plan. Mais l’application n’est pas infaillible.
Quelques dépassements ou des freinages entraînant d’autres accélérations, ces planificateurs ne prédisent pas souvent les embouteillages, les zones de travaux ou les chauffards… ce qui fait que j’ai dû recharger mon SUV deux fois.
Pourquoi ? Sûrement par stress… Mais au fur et à mesure des étapes de mon voyage, j’ai appris à ne plus paniquer : il y a des bornes absolument partout ! Sur chaque aire, et même sur des aires de services sans commodité, sur les parkings des fast-food ou au sommet de petits villages perchés je ne sais où, il y a de quoi faire le plein.
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Pour tout vous dire, j’étais presque à sec sur la route qui m’emmenait de Souillac à Saint-Cirq-Lapopie (1h10) dans le Lot. Heureusement, mon application indiquait une borne de recharge au village niché en haut de la vallée, ma destination finale.
Arrivée à 6 % de batterie restants, j’ai eu une petite frayeur — c’était ma seule option — mais j’ai pu me brancher l’esprit tranquille le temps de visiter le village pendant 3 ou 4 heures.
Et qui plus est, les bornes sont moins en panne que ce que l’on peut croire. Si quelques-unes restent encore un peu capricieuses, le réseau de bornes de recharge s’est considérablement amélioré, offrant une expérience bien plus fluide aujourd’hui.
D’après l’Avere, la France franchissait le cap des 200 950 points de recharge publics fin août, soit une hausse de 13 % en un an. Des infrastructures de plus en plus fiables, avec un taux de disponibilité technique de 90 % et 94 % d’accès immédiat.
Cette rotation fluide s’est ressentie, malgré la forte affluence estivale, pas de file d’attente monstrueuse -j’ai attendu une fois 10 petites minutes, c’est tout-, voire inexistante souvent, et pas de tension entre les conducteurs, que dans les voitures ! D’ailleurs, les plus hautes puissances continuent de se déployer, les plus de 250 kW et les ultra-rapides fleurissent à vue d’œil.






