Les investissements dans les infrastructures d’intelligence artificielle continuent de battre des records, portés par les géants du cloud et des dépenses massives en data centers. Toutefois, certaines banques centrales alertent sur le risque d’un ralentissement plus brutal que prévu, alors que la rentabilité de ces projets demeure encore incertaine.
L’intelligence artificielle est devenue l’un des principaux moteurs de l’investissement technologique mondial. Amazon, Microsoft, Google, Meta et Oracle multiplient les dépenses pour développer leurs capacités de calcul et construire les infrastructures nécessaires à l’essor de l’IA générative. La Chine et l’Union européenne accélèrent également leurs investissements.
Cette dynamique devrait encore se poursuivre en 2026. Plusieurs organismes anticipent même une croissance annuelle des investissements comprise entre 61 % et 95 %.
Mais derrière ces chiffres spectaculaires, une question commence à se poser : combien de temps cette course à l'infrastructure pourra-t-elle durer ?
Selon une estimation de Goldman Sachs, les investissements cumulés dans l’IA d’Alphabet, Amazon, Microsoft et Meta pourraient atteindre 5 300 milliards de dollars entre 2025 et 2030.
L’ordre de grandeur donne le vertige. Cette somme dépasse le PIB annuel du Japon ou du Royaume-Uni et représente davantage que le PIB cumulé de l’ensemble des pays du G7 sur une année.
Rien qu'en 2026, les dépenses d’investissement consacrées aux infrastructures d’IA pourraient atteindre 765 milliards de dollars.
Les prévisions disponibles restent particulièrement élevées pour cette année. Gartner table sur une croissance de 61 % des investissements mondiaux dans l’IA. S&P Global prévoit 64 %, Bank of America 79 % et Bloomberg Intelligence jusqu’à 95 %.
Mais le rythme devrait ensuite commencer à ralentir.
Gartner anticipe une croissance ramenée à 39 % en 2027, puis à 19 % en 2028. Bloomberg Intelligence prévoit une trajectoire comparable, avec 39 % en 2027 puis seulement 13 % en 2028.
Il ne s’agirait donc pas nécessairement d’un effondrement des investissements. Même avec une croissance de 13 à 19 %, les montants engagés resteraient considérables. Le véritable changement serait plutôt celui du rythme d’accélération : après plusieurs années de dépenses exponentielles, le marché pourrait progressivement entrer dans une phase de normalisation.
Et c’est précisément ce point qui inquiète. Les investissements ne sont plus uniquement financés par les liquidités générées par les géants technologiques. Depuis le second semestre de l’année dernière, ces entreprises ont fortement augmenté leurs émissions obligataires.
Au premier semestre, elles auraient ainsi levé 132 milliards de dollars sur les marchés obligataires. Cette dépendance croissante au financement externe intervient alors que les primes de CDS (défaut) de certaines entreprises technologiques augmentent, signe d’une vigilance accrue des investisseurs face au risque de crédit.
Autre source d’incertitude : une partie des infrastructures de data centers est développée via des sociétés ad hoc créées avec des fonds de capital-investissement. Ces structures peuvent ensuite louer les centres de données aux géants technologiques dans le cadre de contrats de longue durée. Ces montages permettent de financer rapidement de nouvelles capacités. Mais rendent aussi l’exposition financière réelle plus difficile à évaluer.
Résultat, le scénario d’un ralentissement brutal ne peut donc pas être écarté. Une dégradation des conditions financières combinée à une déception sur la rentabilité réelle des investissements en IA pourrait accélérer le mouvement.
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