Liberté de protester

Insultée sur LinkedIn puis sommée de retirer la publication qu’elle avait mise en ligne pour dénoncer ce traitement sexiste, Tara Heuzé-Sarmini a finalement obtenu gain de cause. La Cour d’appel de Douai déclare notamment que les captures d’écran d’un échange en message privé permettent, dans un tel contexte, d’établir une base factuelle solide pour ouvrir le débat sur un sujet comme celui du sexisme auquel les femmes sont exposées en ligne.
Le 26 août 2026, Tara Heuzé-Sarmini était approchée sur LinkedIn, par message privée, par le créateur du réseau « Band of Brothers », qu’elle venait à peine d’accepter parmi ses contacts. Alors qu’elle réagit par la négative au message qu’elle reçoit, celui-ci répond en ironisant sur la possibilité de l’intégrer à « une band of connasses ».
Le lendemain, agacée, l’entrepreneure et formatrice prend une capture d’écran de l’échange puis publie un message sur son fil LinkedIn, dans lequel elle s’irrite publiquement du fait qu’ « exister pour une femme, aussi bien sur les réseaux que dans l’espace public, c’est encore s’exposer au (cyber)harcèlement, aux insultes, au dénigrement… » Sur le réseau professionnel, la publication fait un premier buzz.
Problème : la publication renvoie vers le profil de Nicolas Belnou, celui qui l’a insultée. Début septembre, Tara Heuzé-Sarmini se voit assignée en justice, en référé (une procédure d’urgence). Elle est ensuite condamnée à retirer sa publication, sous peine d’astreinte financière quotidienne, et à verser 1 500 euros au titre des frais de justice. Le 4 septembre un procès-verbal constate « 4 581 réactions, 960 commentaires et 118 republications » de cette première publication.
Dans une décision rendue ce 22 octobre, la Cour d’appel de Douai infirme ce jugement. Elle a néanmoins intimé à Tara Heuzé-Sarmini de modifier sa publication pour en retirer deux éléments n’apportant pas d’information utile au débat qu’elle a ouvert : le lien vers le profil de Nicolas Belnou et sa photo, visible sur la capture d’écran de leurs échanges. Sur LinkedIn, toujours, l’avocat de Tara Heuzé-Sarmini, Jean-Baptiste Soufron, se félicite de la décision comme de la pédagogie de la Cour. Dans une décision de 34 pages, cette dernière « a clarifié les règles pour tout le monde », estime-t-il.
Vie privée ou liberté d’expression ?
Début octobre, alors que Tara Heuzé-Sarmini était de nouveau sommée par l’autre partie d’organiser sa défense en appel en urgence, ce dernier détaillait auprès de Next certaines des questions juridiques que soulevait l’affaire.
Face à la justice, Nicolas Belnou contestait par exemple l’impact de la diffusion publique d’échanges initialement tenus par messages privés. En l’occurrence, le premier message reçu par Tara Heuzé-Sarmini – et qu’elle indique avoir tout de suite considéré comme généré par IA – « relevait du démarchage commercial, autrement dit d’un spam comme on en reçoit désormais régulièrement sur LinkedIn », estimait Jean-Baptiste Soufron. Il s’interrogeait sur la manière de considérer ce type de messages commerciaux envoyés par des canaux utilisés aussi pour entretenir des échanges relevant de la vie privée.
Face à la Cour, Tara Heuzé-Sarmini et sa défense ont fait valoir que « la mise en balance entre le respect de la vie privée et le droit à la liberté d’expression est nécessaire, conformément à la jurisprudence européenne, pour arbitrer le conflit », indique la minute de l’audience.






