Au feu !

Face à l’ampleur de la polémique, Proton a bien été obligée de réagir. L’entreprise suisse subit les foudres des utilisateurs et un torrent de réactions négatives suite aux révélations de 404 Media sur ses méthodes internes et son utilisation forcenée de l’IA.
Deux articles de 404 Media ont provoqué une crise au sein de Proton. Le 26 octobre, nos confrères révélaient le contenu d’un e-mail envoyé aux employés pour les avertir qu’ils allaient être « réinterrogés » au cours d’entretien sur la manière dont l’IA avait transformé leur travail. Le message laissait clairement entendre que leur emploi était menacé s’ils ne l’utilisaient pas assez. Le 29 octobre, deuxième article, cette fois pour détailler l’ambiance interne, avec un Andy Yen (CEO) très offensif, voire insultant avec les développeurs.
Le point le plus inquiétant pour les utilisateurs, comme vu sur Reddit et X notamment, semblait l’accélération de la production de code par IA au détriment de la sécurité. 404 Media avait mis en avant un échange sur Slack dans lequel un développeur demandait du temps pour réaliser des tests de pénétration sur du nouveau code. Andy Yen y répondait en critiquant la requête et en évoquant une « mentalité de loser ».
Proton cherche maintenant à éteindre l’incendie
Au soir du 30 octobre, plusieurs publications sont apparues. D’abord, un nouvel article de 404 Media pour indiquer que les « réentretiens » n’auraient finalement pas lieu. Selon nos confrères, Andy Yen a confirmé ce changement lors d’une réunion interne, estimant que le débat avait servi le but poursuivi : que l’IA devienne un sujet actif et que les développeurs se lancent dans une formation personnelle.
Il faut également éteindre publiquement l’incendie. Sur X et LinkedIn, dans la nuit du 30 au 31 octobre, le compte officiel Proton a publié un long message pour aborder plusieurs points de tension. Ainsi, l’entreprise n’installerait aucun logiciel sur les postes des développeurs pour surveiller leur utilisation de l’IA, une rumeur qui proviendrait d’un « malentendu sur le fonctionnement des logiciels MDM », ces derniers étant destinés à gérer des parcs d’appareils de manière centralisée.
« Ensuite, notre utilisation de l’IA ne se fera jamais au détriment de la sécurité. Au cours de l’année écoulée, contrairement à ce qui a été allégué, des couches supplémentaires de révision de sécurité ont été ajoutées pour faire face à la menace posée par des IA hostiles qui scrutent le code open source de Proton à la recherche de vulnérabilités. Notre code est open source, et sa sécurité reste ouverte à la vérification de tous », affirme l’entreprise.
Proton dit également vouloir faire preuve de transparence. Elle veut « ouvrir le capot » pour montrer comment elle utilise l’IA en interne. Elle compte par exemple publier des informations sur ses outils et rendre leur code open source, « y compris sur des versions plus avancées de Lumo avec des capacités accrues, qui n’ont jamais été mises à disposition en dehors de l’entreprise ». Lumo est pour rappel le chatbot maison, qui doit permettre d’utiliser l’IA sans envoyer d’informations chez les grandes entreprises américaines.
La société suisse promet en outre de communiquer des informations sur la manière dont les révisions de code et de sécurité sont réalisées. Elle veut se montrer transparente sur ses politiques en IA, y compris les domaines dans lesquels elle est autorisée ou interdite. « Au lieu de pouvoir seulement voir le code open source final que nous produisons pour vérifier la sécurité, vous pourrez également évaluer comment ce code a été produit », ajoute Proton, qui confirme à nouveau que les employés ne seront pas réinterrogés sur leur utilisation de l’IA.
Oui, mais…
Bien que l’entreprise cherche à contrôler autant les dégâts que possible, on peut relever plusieurs problèmes. D’abord, son amende honorable n’a été publiée que sur deux réseaux sociaux, X et LinkedIn. Le texte n’a pas fait l’objet d’une communication plus officielle, sur le blog de l’entreprise par exemple.
Ensuite, les bonnes volontés de Proton ne sont accompagnées d’aucune date. L’éditeur s’engage donc sur plusieurs processus, mais sans calendrier.
Sur la présence d’un logiciel qui analyserait l’utilisation de l’IA, la situation reste floue. On se souvient que Brad Butler, directeur technique, a indiqué que 90 % du code produit en octobre avait été généré par IA (a priori par Claude). La mesure semble donc exister quelque part, peut-être au niveau de GitHub via la console de Copilot.
La promesse de transparence autour de Lumo devra également être confrontée à la réalité, car ce n’est pas la première fois que Proton s’engage sur ce sujet. L’European Open Source AI Index avait en effet critiqué en aout 2025 la présentation initiale de Lumo comme « open source ». Selon cet index, seuls les codes des applications mobile et web sont ouverts.
Surtout, l’entreprise a désormais deux problèmes sérieux d’image. D’abord, sur son activité elle-même : Proton se présente depuis toujours comme l’alternative sécurisée aux grands groupes américains. Les extraits de conversations publiés par 404 Media ne vont pas exactement dans ce sens.
Ensuite, que ce soit sur X, Reddit ou LinkedIn, de nombreuses personnes remettent en question le rôle d’Andy Yen à la tête de l’entreprise, beaucoup appelant désormais à sa démission. Il est accusé d’avoir installé un climat délétère au sein de Proton, la course à la croissance et aux profits mettant en danger les fondements de l’offre logicielle. D’autres encore estiment que si l’IA est désormais incontournable, Andy Yen reste responsable de son utilisation forcée au point de mettre en danger les emplois et de ses insultes aux personnes qui réclament du temps pour tester le code produit.





