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Dix pour cent : Le film Netflix est-il à la hauteur de la série ? 

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On n’y croyait plus ! Si l’idée de Dix pour cent : Le film flottait dans l’air depuis la fin de la série, les années ont passé et on avait presque oublié qu’il restait un espoir de revoir Andréa, Noémie, Hervé et les autres sur un écran. On ne boude donc pas notre plaisir de voir enfin débarquer la suite de la série Dix pour cent, incontournable succès français des années 2010.

Diffusée entre 2015 et 2020 sur France 2 puis sur Netflix, la série créée par Fanny Herrero et produite par Dominique Besnehard met en scène le quotidien des employés de l’agence ASK, dont le métier est de gérer les carrières des acteurs et réalisateurs de cinéma. Avec son ton frais, ses guests glamour (Monica Bellucci, Jean Dujardin etc) et sa promesse de disséquer les coulisses d’un monde séduisant et inconnu du grand public, Dix pour cent n’a pas tardé à conquérir le coeur du public et de la critique, recevant même en 2021 un International Emmy Award de la meilleure comédie.

Des adaptations de la série ont vu le jour aux quatre coins du monde, de l’Italie à la Corée du Sud en passant par l’Inde (Call my agent : Bollywood, visible sur Netflix pour les curieux). Dans l’hexagone, la saison 4 de Dix pour cent s’est achevé en 2020 sur une note douce-amère : l’agence ASK implosait de l’intérieur et chacun partait faire sa vie de son côté.

Dans le film, on retrouve Andréa (Camille Cottin), l’ex-agente volcanique en pleine reconversion, cinq ans après les événements de la saison 4. Récemment séparée de Colette (Ophélia Kolb) et en froid suite à un litige sur la garde de leur fille, elle se lance dans l’aventure de la réalisation. Lâchée par son producteur, elle va devoir faire appel à Noémie (Laure Calamy), devenue productrice à succès d’une série à la Caméra Café, pour lui sauver la mise. Cette dernière vit en parallèle des remous dans son couple avec Mathias (Thibault de Montalembert).

Première idée maligne : c’est Hervé (Nicolas Maury), l’ancien assistant de Gabriel (Grégory Montel) et personnage fan favorite de la série, qui nous met au parfum face caméra des derniers événements dans la vie des ex-agents d’ASK. Lui-même a embrassé une carrière d’acteur qui galère à réunir le nombre d’heures nécessaires pour toucher son intermittence. On est d’emblée rassurés, Dix pour cent a conservé son ADN : nous raconter les coulisses du monde du cinéma avec humour et sincérité.

Retrouver le ton et les personnages de Dix pour cent mais sur un plateau de tournage, c’est ce que nous propose ce film Netflix à la durée avoisinant les deux heures. L’idée est de conserver l’essence de la série, mais en s’amusant à changer les dynamiques entre les personnages.

Exit donc l’amitié entre Gabriel et Andréa : lui est resté dans l’entreprise qui a liquidé ASK, elle, têtue comme une mule, ne lui a pas pardonné. Le film repose en grande partie sur la relation qui va unir le bulldozer Andréa et la gaffeuse Noémie, incarnées respectivement par Camille Cottin et Laure Calamy, soit les deux actrices dont les carrières se sont le plus envolées après le carton de la série.

Fanny Herrero, la créatrice de la série, showrunneuse des trois premières saisons et co-scénariste du film avec Lison Daniel, approfondit intelligemment la relation entre ces deux personnages féminins en reprenant les codes du « buddy movie » à la française (des films à tandem comme La Chèvre, où deux personnages masculins aux caractères opposés doivent faire équipe). La chaîne sororale se consolide avec la présence d’Arlette Azémar (Liliane Rovère), la taulière de l’agence ASK qui a toujours des bons conseils à donner à ses cadettes et des secrets à nous révéler…

Passage au grand écran oblige, certains personnages prennent de l’ampleur mais d’autres, comme Camille ou Gabriel, deviennent très périphériques ou font un peu du surplace, à l’image de Hervé qui assume surtout une fonction comique et Mathias qui ne change pas. Seul bémol au tableau des retrouvailles : l’absence de Stefi Celma, qui incarnait l’attachante Sofia Leprince dans la série.

La recette magique de la série Dix pour cent reposait sur le délicat équilibre entre la vie des employés de l’agence et la présence d’un ou plusieurs guests dans chaque épisode, venus jouer une version exagérée d’eux-mêmes… et nous prouver au passage leur sens de l’autodérision. Audrey Fleurot, Nathalie Baye, Fabrice Luchini ou Isabelle Huppert se sont notamment prêtés au jeu avec bonheur. Pour le film, on ne reprend pas les mêmes et on recommence !

Recrutés comme duo romantique du film d’Andréa, Laetitia Casta et Vincent Macaigne forment un duo assez improbable mais plutôt réussi. Le deuxième est un digne héritier de Pierre Richard et de ses rôles de losers attachants, dans une version un poil plus dépressive. Leur intrigue permet d’évoquer des thématiques comme l’engagement des artistes et l’éco-anxiété, cette angoisse bien légitime face au changement climatique et à l’inaction gouvernementale.

La saison 4 de Dix pour cent avait réussi à séduire Sigourney Weaver (Alien). Le film fait aussi bien, puisqu’en plus de l’excellent Laurent Lafitte (Le Comte de Monte Cristo), on peut aussi apercevoir la truculente Eva Longoria, inoubliable Gaby de Desperate Housewives, et rien de moins que Mister George Clooney dans des apparitions savoureuses comme la série en avait le secret.

On retrouve dans ce film la plupart des ingrédients du succès de Dix pour cent : la mise en abîme (le film dans le film), d’excellents acteurs, des dialogues ciselés, un hommage tendre au monde du cinéma et à ses paradoxes. Et cette volonté de réconcilier un cinéma d’auteur (incarné par les ambitions d’Andréa) et un divertissement plus populaire (représenté par Noémie et sa série « Les Collègues »).

Mais malgré tout le talent de Fanny Herrero et la réalisation d’Emily Noblet (Bis Repetita) qui monte d’un cran par rapport à la série, on ne peut s’empêcher de noter une déperdition avec ce format long-métrage. On a trop souvent la sensation que l’intrigue entre au forceps dans les deux heures du film. Les conflits se résolvent très rapidement lors de scènes très posées.

Si la série a accompagné le mouvement Me Too en dénonçant avec justesse et humour le traitement sexiste notamment réservé aux actrices (Cécile de France hésitait à faire de la chirurgie esthétique pour jouer dans un film de Tarantino, Juliette Binoche passait son Festival de Cannes à esquiver un producteur connu pour être un harceleur sexuel…), le film se fait bien discret côté féminisme, alors qu’il y aurait eu matière à poursuivre cette exploration avec une Laetitia Casta si souvent objectifiée ou Andréa et les épreuves spéficiques que rencontrent les femmes réalisatrices dans cette industrie, qui plus est les femmes lesbiennes.

Il faut croire que les temps ont changé, et la série appartient déjà à une époque révolue. Le film ne sait pas trop comment se placer dans cette histoire. La fin apparaît particulièrement rushée. Le scénario aurait eu davantage le temps de souffler s’il avait pu se déployer sur une saison 5, en particulier au vu de sa sortie, qui n’a finalement pas lieu dans les salles obscures (ce qui aurait été une belle apothéose au vu de son sujet, le cinéma !) mais sur Netflix.

Tout en se plaçant dans le haut du panier de ce genre d’exercice ô combien casse-gueule (demandez aux fans de Sex & the city, X-Files ou Kaamelott ce qu’ils pensent des films qui ont suivi), Dix pour cent : Le film ne laisse pas un souvenir indélébile.

Si on aime son côté feel-good, il sent malheureusement un parfum un peu trop tendance à l’ère des plateformes, le « vite regardé, vite oublié ». Et pour être honnêtes, il nous a surtout donné envie de re-binger les quatre saisons de la série, témoin d’une époque plus lumineuse, qui nous paraît déjà bien lointaine.

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