De l'exploitation de l'homme par l'homme pour l'IA

La course à l’IA pousse certains sous-traitants, principalement irlandais, à s’inspirer des méthodes managériales états-uniennes et à exploiter les travailleurs venus d’Europe de l’Est notamment, qui maîtrisent mal l’anglais, accumulant les accidents du travail.
Les « travailleurs du clic » sous-payés dans des pays pauvres pour entraîner les modèles de langage ne sont pas les seuls à être exploités et maltraités par leurs employeurs engagés dans la course à l’IA. Une enquête de cinq mois menée par Investigate Europe avec des médias partenaires dans neuf pays, dont Le Monde, révèle que, ces deux dernières années, les pratiques dangereuses se sont multipliées sur les chantiers de data centers dans plusieurs pays européens.
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Il y est notamment question de trois accidents mortels, de nombreux cas d’électrocution, brûlures et blessures graves. Le recours aux sous-traitants, lui-même facilitant l’embauche de travailleurs étrangers, notamment roumains, y est pour beaucoup.
Pour construire ces centres de données, les entreprises de la tech et leurs sous-traitants de construction, « principalement irlandais, importent pour beaucoup sur le sol européen des pratiques américaines, souvent antisyndicales et au mépris des normes de travail locales », résume Le Monde.
« On observe une tendance similaire sur des sites partout en Europe », explique James McCabe, représentant régional de « Unite the Union », un syndicat irlandais et britannique regroupant plus de 1,2 million de salariés :
« Partout où nous avons rencontré des sous-traitants irlandais travaillant dans les centres de données de géants de la technologie, nous avons constaté un manque d’accès normal et effectif des syndicats, des difficultés à obtenir des informations, ainsi que de graves préoccupations concernant des infractions au droit du travail et l’exploitation des travailleurs. Partout. »
Un début d’épidémie (cachée) de tuberculose
Certains travailleurs se voient ainsi contraints à devoir effectuer des heures supplémentaires, les poussant à l’erreur. D’autres ne sont pas déclarés, et ne bénéficient donc pas de la protection sociale à laquelle ils ont pourtant droit. Les instructions, en anglais, sont parfois mal transmises ou interprétées.
Les conditions de vie sur les chantiers sont elles aussi parfois déplorables. Dans un chantier de construction d’un centre de données pour Microsoft, en Suède, un Roumain est « tombé gravement malade », avant que ne lui soit diagnostiquée, après plusieurs passages à l’hôpital, une « tuberculose active ».
Il vivait en effet dans une unité modulaire où 14 hommes se partageaient une seule salle de bains, avec un trou condamné par des planches par lequel les rats se faufilaient depuis des mois, sans chauffage et avec un système de ventilation en panne.






