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Bill Gates alerte : l’IA pourrait provoquer le plus grand bouleversement de l’histoire de l’humanité

L’intelligence artificielle promet des gains de productivité considérables et une nouvelle ère d’abondance. Mais, selon Bill Gates, le chemin vers cette prospérité pourrait s’avérer particulièrement chaotique.

L’intelligence artificielle pourrait ouvrir la voie à une ère de prospérité sans précédent.

Mais cette perspective ne doit pas masquer l’ampleur des bouleversements à venir. Invité du podcast Decoder, Bill Gates a mis en garde contre une période de transition qui pourrait s’étendre sur les deux prochaines décennies.

Selon lui, les progrès de l’IA entraîneront des gagnants et des perdants, avec des conséquences économiques et sociales difficiles à anticiper. Les métiers reposant sur des tâches répétitives ou standardisées figurent parmi les plus exposés. Le télémarketing, le service client et la comptabilité pourraient ainsi être largement automatisés, tandis que les progrès de la robotique pourraient progressivement concerner des professions manuelles.

À terme, des robots pourraient participer à la construction de logements, à la production agricole et même à certaines interventions chirurgicales. Une évolution qui soulève une question fondamentale : quelle place restera-t-il au travail humain lorsque les machines seront capables de produire des biens et des services à moindre coût ?

Bill Gates reconnaît que cette perspective le concerne également, y compris dans ses activités philanthropiques. Derrière les gains d’efficacité attendus se profile donc une transformation qui pourrait toucher presque tous les secteurs de l’économie.

La disparition de certains emplois ne représente pas seulement un risque économique. Le travail joue un rôle essentiel dans la construction de l’identité individuelle, le sentiment d’utilité et les relations sociales.

Un emploi permet de collaborer avec d’autres, de résoudre des problèmes et de donner un rythme à son quotidien. Si l’IA venait à rendre une grande partie du travail humain économiquement superflue, la société devrait donc répondre à une question qui dépasse largement celle du pouvoir d’achat : comment préserver le sentiment d’utilité et la cohésion sociale dans un monde où travailler ne serait plus nécessaire pour produire l’essentiel ?

Certaines activités pourraient néanmoins conserver une place privilégiée. L’art, le sport, la cuisine ou encore l’éducation des enfants reposent sur des dimensions humaines qui ne se réduisent pas à la productivité. Gates évoque également plusieurs pistes pour limiter les conséquences sociales de l’automatisation : réduire le temps de travail, faciliter les départs à la retraite ou choisir de réserver certaines activités aux humains.

Il cite aussi l’exemple des Amish, dont certaines communautés limitent volontairement l’usage des technologies afin de préserver leurs modes de vie et leurs liens collectifs. Une illustration des arbitrages que les sociétés pourraient être amenées à effectuer entre efficacité technologique et valeurs humaines.

Face au risque d’une automatisation massive, Bill Gates remet sur la table une proposition débattue depuis plusieurs années : la taxation des robots. Dans un essai publié sur son blog, il a notamment identifié plusieurs risques liés à l’essor de l’IA, parmi lesquels les pertes d’emplois, les usages criminels de ces technologies et leurs effets potentiels sur le développement des enfants.

Son raisonnement repose sur une différence de traitement fiscal. L’embauche d’un salarié génère des cotisations et des prélèvements liés au travail, tandis que l’investissement dans une machine peut être comptabilisé comme une dépense professionnelle et bénéficier de dispositifs fiscaux favorables. Ce déséquilibre pourrait inciter les entreprises à privilégier les machines au détriment des salariés.

Bill Gates propose ainsi d’envisager une taxation des robots, mais aussi des jetons utilisés pour faire fonctionner certains systèmes d’IA. Les recettes pourraient financer la reconversion professionnelle, accompagner les personnes privées d’emploi et renforcer les dispositifs de protection sociale.

Cette approche reste toutefois contestée. En 2017, l’économiste Lawrence Summers avait critiqué l’idée d’une taxe sur les robots, estimant qu’elle risquait de pénaliser le progrès technologique. Dans un rapport publié en juin 2024, le Fonds monétaire international s’était également montré défavorable à une taxation spécifique de l’IA, susceptible de freiner l’investissement et l’innovation. L’institution privilégiait plutôt une révision des avantages fiscaux encourageant la substitution du travail humain et un renforcement de la fiscalité sur les plus-values.

Bill Gates n’est pas le seul dirigeant technologique à s’interroger sur l’avenir du travail. Plusieurs figures de la Silicon Valley et du monde économique ont avancé des solutions pour absorber les conséquences de l’automatisation, sans pour autant partager la même vision de la transition.

Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, et Jamie Dimon, dirigeant de JPMorgan Chase, ont notamment évoqué la possibilité de réduire le nombre de jours travaillés. Elon Musk a, de son côté, défendu l’idée d’un revenu universel financé collectivement, tout en reconnaissant que le passage à une économie largement automatisée pourrait être difficile. Dario Amodei, PDG d’Anthropic, a également alerté sur l’ampleur des perturbations possibles à court terme.

Le tableau reste cependant contrasté. Sam Altman, PDG d’OpenAI, a nuancé certaines prévisions alarmistes, en soulignant que l’IA n’avait pas encore provoqué les destructions massives d’emplois de bureau annoncées par certains observateurs. Aux États-Unis, malgré les licenciements annoncés par plusieurs grandes entreprises technologiques, le chômage global n’a pas connu de hausse spectaculaire attribuable à l’IA.

Il reste donc difficile de mesurer précisément le nombre d’emplois qui disparaîtront, ceux qui seront transformés et les nouvelles professions qui émergeront. L’impact dépendra notamment de la vitesse d’adoption des technologies, des décisions des entreprises et des politiques publiques mises en place.

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