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Une attaque zéro-clic installant un logiciel espion via des publicités ciblées a infecté des appareils du média Al Jazeera avec un logiciel espion. Cette attaque zéro clic a été distribuée par l’entreprise de marketing israélienne Discover-Tech.
Les chercheurs du Citizen Lab de l’université de Toronto et l’entreprise de cybersécurité Confiant ont annoncé ce jeudi 15 octobre la découverte d’un nouveau type d’attaques zéro-clic. L’entreprise israélienne Discover-Tech a utilisé des publicités ciblées pour infecter des appareils appartenant à des journalistes et des équipes du média Al Jazeera avec un logiciel espion attribué à la société Candiru, elle aussi israélienne et concurrente de NSO.
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La « pubfection », infection via la publicité en ligne
Selon les découvreurs, c’est la « première confirmation technique publique d’une attaque par logiciel espion de type « zéro-clic » perpétrée par des mercenaires via la publicité ciblée ». Créant un mot-valise à partir d’« advertising » et d’« infection », ils ont appelé ce genre d’attaque « adfection », ce qu’on pourrait traduire par « pubfection ».
Discover-Tech profite de tout l’écosystème mis en place pour afficher de la publicité sur le web et les applications, utilisé aussi bien par les publicitaires que par les éditeurs. Cet écosystème s’appuie notamment sur des outils de gestion d’enchères en temps réel mis en place par des géants du numérique comme Google ou Yandex, par exemple.
Discover-Tech a réussi à intégrer la liste des vendeurs de publicités « certifiés » et « approuvés » par Google, mais aussi celle de l’IAB Europe (Association européenne dédiée à l’écosystème du marketing et de la publicité numériques). Elle a ainsi pu distribuer des publicités via la plateforme du géant américain mais aussi être intégrée à des bandeaux de consentement RGPD et ainsi récupérer des données si l’internaute cliquait sur « accepter ». Elle avait aussi accès aux outils d’autres entreprises de l’écosystème de publicité en ligne comme Yandex, Vungle, Beeswax (filiale de Comcast) ou encore Eskimi.
Informés par les chercheurs, Google, l’IAB Europe, Beeswax, Vungle et Eskimi ont débranché les accès à leurs outils. Mais les autres entreprises de cet écosystème contactées ne leur ont pas répondu.
Un code JavaScript malveillant si l’utilisateur est reconnu comme une cible
Cet écosystème ne permet pas seulement de créer des profils très ciblés des utilisateurs d’Internet mais aussi d’accompagner les publicités d’un code JavaScript. Si l’utilisateur qui reçoit la publicité est reconnu comme quelqu’un à attaquer, la publicité est donc accompagnée d’un code malveillant qui permet de passer la main à Candiru pour mettre en place son logiciel espion.
Selon le Citizen Lab qui a pu analyser l’attaque en examinant les appareils infectés d’Al Jazeera, ces derniers « établissent d’abord un contact avec des domaines de l’infrastructure Discover-Tech, ce qui indique l’affichage d’une publicité. Ensuite, les appareils établissent des connexions avec un serveur de validation Candiru. Ce serveur de validation effectue une vérification initiale de l’appareil avant que celui-ci ne fasse l’objet d’un profilage plus approfondi et ne soit infecté. Enfin, un appareil infecté communique avec un serveur de commande et de contrôle (C&C) Candiru ».
Au total, entre 2024 et 2025, 45 appareils du média qatari ont été touchés par cette attaque, expliquent les chercheurs. Selon le décompte de Citizen Lab, entre mars et juin 2026 , Discover-Tech a pu distribuer des publicités contenant des balises de script malveillantes auprès des utilisateurs de 75 373 applications Android et iOS différentes, ainsi qu’aux visiteurs de 120 768 sites web différents (via navigateurs desktop ou mobile).
Android plus touché qu’iOS
Pour Android, les chercheurs citent, entre autres, les applications MX Player, Yahoo Mail, Opera Mini, Duolingo ou encore Badoo ou Grindr, certaines ayant affiché plus d’1 million de publicités de Discover-Tech. Si l’écosystème iOS semble touché de la même façon concernant le nombre d’applications concernées, Citizen Lab explique que les apps tournant sur iPhone semblent avoir affiché moins de publicité de Discover-Tech (par exemple la version Android de Viber en a diffusé 700 000 alors que la version iOS n’en a diffusé « que » 200 000).
Mais ce ne sont pas seulement les cibles qui sont concernées par le problème. Comme l’explique le Citizen Lab, Discover-Tech profite de ses publicités pour faire comme tous les brokers de pubs : exploiter les utilisateurs.
Pendant cette même période, les outils de Discover-Tech ont « enchéri sur 3 770 286 576 impressions [de publicité] et semble avoir remporté 441 954 291 d’entre elles (11,7 %) ».
Si les chercheurs n’ont pas observé de tentative d’attaques contre ces appareils, ils expliquent que leurs données indiquent que les pubs de Discover-Tech ont été diffusées sur des appareils connectés à des réseaux sensibles comme celui de l’OTAN, de divers ministères de la Défense, d’armées, d’agences de cybersécurité et de médias.
« Une impression publicitaire de Discover-Tech ne confirme pas en soi un ciblage ou une infection par un logiciel espion », explique Citizen Lab. « Toutefois, le fait que Discover-Tech ait pu enchérir et diffuser des publicités sur ces réseaux met en évidence le risque systémique que représentent la pubfection et l’écosystème publicitaire, et justifie une enquête urgente visant à déterminer si des utilisateurs de ces réseaux ont été infectés par un logiciel espion », ajoutent les chercheurs.
Sur les réseaux sociaux, le chercheur du Citizen Lab, John Scott-Railton, donne un conseil : « pour vous protéger, bloquez les publicités dès maintenant ».






