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Addiction aux réseaux sociaux : Meta a voulu monter les chercheurs contre l’un d’entre eux

Meta, le Marlboro du 21è siècle ?

Addiction aux réseaux sociaux : Meta a voulu monter les chercheurs contre l’un d’entre eux

Dans un procès concernant la mise en place de mécanismes d’addiction visant les ados sur ses plateformes, des documents révèlent que Meta a réfléchi à un plan pour discréditer Jonathan Haidt, un des psychologues les plus critiques de l’entreprise.

À la fin de l’été dernier, Meta a accepté de verser 18 milliards de dollars pour mettre fin aux plaintes de quatre États américains l’accusant d’avoir rendu Facebook et Instagram addictifs pour les mineurs. Mais l’entreprise de Mark Zuckerberg n’en a pas pour autant fini avec ce sujet devant les tribunaux. Un des procès encore en cours montre que l’entreprise a essayé de contrôler le discours scientifique sur ses produits.

En effet, des documents montrent, comme l’a remarqué le média Law 360, qu’en 2023 l’entreprise avait en tête de cibler Jonathan Haidt, chercheur et enseignant à la Stern School of Business de l’université de New York. Celui-ci a écrit le livre Génération anxieuse (publié en anglais en 2024 et en français en 2025) et a ainsi fourni, selon le New York Times, « un texte de référence à une coalition en cours de formation visant à protéger les enfants contre les géants de la technologie, un collectif informel composé de parents soucieux de la sécurité de leurs enfants, d’adolescents exaspérés, de candidats potentiels à la présidence et de célébrités en quête d’une cause sociale « non controversée » ».

Une « Mission Haidt » au sein de Meta

Des notes prises durant une réunion de l’entreprise [PDF] montrent qu’une « mission Haidt » a été créée. Selon ces notes, le but d’un certain Curtiss (sans doute le vice-président « Recherche fondamentale et sciences appliquées » de Meta, Curtiss Cobb) est de trouver « Comment amener la communauté universitaire à désavouer Haidt ? ».

Après cette question, les notes prises dans cette réunion décrivent le fait que l’entreprise « ne peut pas les rallier à [sa] cause » et posent la question : « Alors comment faire pour les mettre en rage ? ». Elles continuent en expliquant que ce que l’entreprise essaye d’accomplir est plus une « campagne discrète » qu’une campagne médiatique. Et y est suggéré d’« amener Gellman à rédiger un article de démolition ».

Le nom de Gellman avec deux l ne correspond à personne de connu sur ce genre de sujets de recherche. Mais un autre chercheur au nom d’Andrew Gelman (avec un seul l) est un statisticien qui travaille aussi sur les sciences politiques à l’université de Columbia.

Andrew Gelman embarqué dans l’histoire à l’insu de son plein gré ?

Celui-ci avait publié en 2012 deux billets de blog (ici et là) critiquant le travail de Jonathan Haidt. Dans un nouveau billet de blog, Andrew Gelman a réagi à la publication de ces notes en affirmant : « Moi non plus, je ne sais pas vraiment qui est Gellman ! Mais je vais vous dire une chose : je n’ai jamais été contacté par qui que ce soit chez Facebook ou Meta au sujet de Jonathan Haidt ou de ses travaux ».

Tout en reconnaissant avoir reçu des financements de la part de Facebook (mais pas dans le cadre de ce sujet), il ajoute : « En toute sincérité, cette révélation concernant l’équipe de relations publiques de Facebook est tout simplement effroyable — il s’agit là de certaines des personnes les plus riches et les plus puissantes au monde qui s’entendent pour entraver le bon déroulement des processus scientifiques, journalistiques et juridiques — mais elle n’a rien de surprenant, compte tenu de ce que nous avons appris grâce à des témoignages d’initiés tels que Careless People ».

Selon Gizmodo, le livre Restoring Childhood du chercheur en psychologie au Boston College, Peter Gray, sorti en anglais en septembre dernier, s’emploie à réfuter la théorie de Jonathan Haidt sans qu’il n’ait besoin que Meta le pousse.

« La tech est le nouveau tabac »

Cailin O’Connor, chercheuse en philosophie des sciences à l’université de Californie à Irvine, en profite pour pointer à nouveau du doigt les méthodes de l’industrie du numérique par rapport à la recherche sur ses produits. Dans un billet titré « c’est désormais officiel : la tech est le nouveau tabac », elle estime que les procès comme celui dont il est question ici « soulèvent également des questions importantes et difficiles à trancher concernant la causalité. La santé mentale des jeunes est peut-être affectée, mais il est délicat de prouver que c’est l’utilisation des réseaux sociaux qui en est la cause ».

Elle ajoute que c’est pour ça que la science « revêt une importance capitale dans ces affaires ». Mais elle remarque que « c’est également la raison pour laquelle les industries qui fabriquent des produits nocifs ont tout intérêt à aider la science à répondre aux questions concernant ces produits ».

Et elle n’hésite pas à faire le lien entre cette affaire et les stratégies des industries du tabac et du pétrole pour nier la nuisance de leurs produits : « Nous savons tous comment l’industrie du tabac a réussi à retarder pendant des décennies l’émergence d’un consensus et la mise en place d’une réglementation sur les cigarettes. Nous savons également comment les secteurs du pétrole et du gaz continuent de se battre désespérément pour empêcher toute réglementation des combustibles fossiles ».

La chercheuse avait déjà participé à une étude qui dénonçait le problème du financement de la recherche sur le numérique en montrant que, dans près d’un tiers des articles scientifiques à propos des réseaux sociaux, l’information sur les liens d’intérêt n’est pas indiquée.

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