Les doigts sur le Mac

Seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis. Après avoir longtemps expliqué pourquoi un écran tactile n’avait rien à faire sur un Mac, Apple en équipe ses nouveaux MacBook Pro OLED vendus au prix fort.
Plus rien n’est sacré chez Apple, et surtout pas la parole de Steve Jobs. En 2007, durant la présentation de l’iPhone, il avait alors dit tout le mal qu’il pensait des stylets pour les téléphones de l’époque. Résultat : l’iPhone Duo est compatible avec l’Apple Pencil. Trois ans plus tard, durant une keynote consacrée aux Mac, Jobs avait expliqué pourquoi le constructeur privilégiait les trackpads aux écrans tactiles, qui se démocratisaient sur les PC Windows à l’époque.
« Les surfaces tactiles ne sont pas faites pour être verticales », expliquait-il. « Ça fait son petit effet dans les démonstrations, mais au bout d’un moment, la fatigue se fait sentir et, à la longue, vous avez l’impression que votre bras va tomber. » En 2012, c’était Tim Cook qui, durant des résultats trimestriels, critiquait les hybrides PC-tablettes : « On peut combiner un grille-pain et un réfrigérateur, mais le résultat ne sera probablement pas très agréable à utiliser. »
Après avoir vécu des décennies dans le déni, voilà qu’Apple lance aujourd’hui… un MacBook Pro avec écran tactile. Sans apporter de réponse vraiment convaincante aux objections de ses deux précédents CEO, le tout à un prix ahurissant.
Apple découvre les joies de l’écran qu’on touche
Le MacBook Pro avec écran PROLED XDR, c’est bien son nom, troque le mini-LED pour de l’OLED de 14,2 ou 16,3 pouces (254 pixels par pouce). Apple ne faisant rien comme tout le monde, il s’agit d’un écran « en tandem » qui maintient « une luminosité et des niveaux de gris uniformes sur l’ensemble de l’écran tout en réduisant au minimum les reflets internes courants des designs OLED traditionnels ». On se demande comment faisaient les constructeurs concurrents qui proposent des portables OLED depuis des années.

OLED oblige, la dalle affiche un contraste très élevé (10 000 000:1), et propose une luminosité allant jusqu’à 2 000 nits pour les contenus SDR et HDR, avec une luminosité minimale de 1 nit. Contrairement à l’iPad mini qui malgré son nouvel écran OLED reste cantonné à du 60 Hz, ce MacBook Pro bénéficie d’un rafraîchissement ProMotion de 10 à 120 Hz. Que va-t-on bien pouvoir faire avec tout ça ? Les graphistes fortunés pourront profiter du support de la gamme de couleurs P3 et désormais Adobe RGB.
L’autre grande nouveauté de ce portable, c’est bien sûr qu’on peut mettre les doigts sur l’écran. Faire défiler une page web, zoomer dans une photo, glisser-déposer des documents, toucher une fenêtre deux fois pour l’afficher en plein écran… Tout ce qu’on a l’habitude de faire sur un iPhone ou un iPad devient possible sur ce Mac. Dommage qu’il ne prenne pas en charge les Apple Pencil ; niveau précision, rien ne vaudra donc ce bon vieux trackpad naturellement positionné sous la main. La charnière a d’ailleurs été repensée pour éviter de déséquilibrer le portable avec les mouvements tactiles.

John Ternus, le directeur général d’Apple, ne surjoue pas la partition de la révolution. Dans une interview à WIRED, il explique que le Mac « reste avant tout un appareil à interaction indirecte, conçu autour du trackpad et du clavier. Mais je pense qu’il y a des moments où le tactile est agréable et pratique. »
« Il fallait que nous arrivions à un stade où l’ajout du tactile ne compromette en rien le produit. Qu’il ne le rende ni plus lourd ni plus épais. Nous y sommes parvenus avec l’écran OLED, le meilleur écran que nous ayons jamais intégré à un Mac. Tout cela, avec, en prime, le tactile. »
Poids plume, mais une facture qui s’alourdit
Si ce MacBook Pro fait toujours l’impasse sur Face ID, il gagne en revanche une Dynamic Island, comme sur l’iPhone. L’encoche disparait donc, et ce poinçon dans l’écran est aussi une zone où s’affiche des activités en direct (comme le lecteur audio) et des notifications.
Sur le plan matériel, le MacBook Pro avec écran PROLED XDR a été conçu dans un châssis plus fin et plus léger. Le modèle 14 pouces pèse ainsi 1,38 kg contre 1,6 kg pour le modèle sans écran tactile. La version tactile de 16 pouces revient à 1,82 kg, au lieu de 2,14 kg sur le MacBook Pro similaire mais pas tactile. Les nouveaux portables réduisent aussi leur épaisseur respectivement 0,5 et 1 mm. L’architecture thermique a été repensée pour accommoder le châssis.

Au niveau des puces, pas de miracle : Apple confie les rênes du MacBook Pro tactile aux M5 Pro et M5 Max déjà à l’œuvre sur la gamme actuelle des 14 et 16 pouces classiques. Seule la version d’entrée de gamme a eu droit cette semaine à une puce M6. Pas de changement non plus pour les entrées/sorties, avec les 3 ports Thunderbolt 5 en USB-C, un port HDMI, un lecteur de carte SDXC et un port jack (ouf).
En termes d’autonomie, on reste sur les mêmes durées que les modèles actuels : jusqu’à 14 heures de navigation sans fil pour le 14 pouces, et 17 heures sur le 16 pouces. La capacité des batteries n’a pas changé (72,6 Wh et 100 Wh).
Le MacBook Pro classique 14 pouces avec M5 Pro commence à 2 899 euros, et le 16 pouces M5 Pro à 3 399 euros, ce qui n’est déjà pas à la portée de la première bourse venue. Le MacBook Pro avec écran PROLED XDR (il va falloir s’y faire) est logiquement encore plus onéreux. Le 14 pouces débute à 3 299 euros avec une puce M5 Pro, et 5 199 euros avec une M5 Max. Le 16 pouces commence à 3 899 euros (M5 Pro) et 5 599 euros (M5 Max). C’est avant l’ajout d’options de mémoire et de stockage. Par défaut, ces portables sont fournis avec 24 Go de mémoire unifiée et 1 To de stockage.





