Plusieurs chercheurs de Google DeepMind ont quitté l’entreprise pour protester contre le renforcement de ses liens avec l’armée américaine. Ils s’inquiètent notamment de la capacité à garantir un contrôle humain effectif sur les systèmes d’IA utilisés dans des opérations militaires classifiées.
L’utilisation militaire de l’intelligence artificielle provoque des tensions chez Google. Selon la BBC, plusieurs salariés de DeepMind ont récemment démissionné, estimant que les garanties éthiques de l’entreprise ne suffisent pas à encadrer les usages de ses technologies par le Pentagone.
En début d’année, Google a conclu un accord autorisant le département américain de la Défense à utiliser ses modèles d’IA pour des usages gouvernementaux légitimes, y compris dans des opérations classifiées.
Le contrat prévoit des restrictions concernant notamment les armes autonomes, la surveillance intérieure de masse et la sélection de cibles sans supervision humaine appropriée. Mais des chercheurs doutent de l’efficacité de ces garde-fous sur le terrain.
Un ancien salarié de DeepMind, cité anonymement, estime que Google dispose de moyens limités pour contrôler les usages décidés par le Pentagone. Li Guoli, chercheur ayant démissionné, dénonce également le décalage entre les engagements éthiques affichés par l’entreprise et le développement de ses partenariats militaires.
Les critiques portent aussi sur la vitesse à laquelle l’IA peut accélérer les décisions militaires. Lorsque les systèmes proposent des centaines de cibles en un temps limité, les opérateurs risquent de ne pas pouvoir vérifier chaque résultat suffisamment attentivement.
Sarah Shocker, ancienne responsable de l’équipe Géopolitique d’OpenAI, souligne cette difficulté : même si un humain intervient dans le processus, le manque de temps peut rendre la détection des erreurs quasiment impossible.
La question ne se limite donc pas à la présence d’un opérateur humain, mais à sa capacité réelle à examiner les recommandations de l’IA et à les contester avant toute décision.
Ces départs s’inscrivent dans un conflit plus large autour des partenariats militaires des géants technologiques. En 2024, Google avait déjà été critiqué par ses salariés pour sa participation au projet Nimbus, un contrat de 1,2 milliard de dollars mené avec Amazon pour fournir des services cloud au gouvernement israélien.
Parallèlement, OpenAI, Microsoft, Amazon, SpaceX, Oracle, Nvidia et Reflection ont également conclu des accords permettant des usages militaires de leurs technologies. Le Pentagone considère l’IA comme un outil stratégique et en fait une priorité. Google affirme examiner ses contrats au regard de ses règles d’utilisation et de ses principes éthiques. L’entreprise dit également disposer de canaux permettant aux salariés de signaler leurs préoccupations sans craindre de représailles.
Reste une question centrale : comment garantir le respect de ces engagements lorsque les systèmes sont déployés dans des opérations militaires classifiées, dont les conditions d’utilisation échappent en partie au contrôle de leurs concepteurs ?
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