Coucou NVIDIA

Amazon Web Services a présenté un nouveau projet open source, TorchNeuron. Il se propose de simplifier le passage aux puces Trainium d’AWS pour entrainer les modèles. Bien que NVIDIA ne soit pas nommée, le projet est clairement pensé comme une alternative à CUDA.
PyTorch est initialement une bibliothèque logicielle créée par Meta (Facebook à l’époque). Depuis 2022, elle dépend de la Linux Foundation, tant elle est devenue importante. Elle sert en effet à construire et entraîner des modèles d’intelligence artificielle.
Cette bibliothèque est l’une des raisons pour lesquelles NVIDIA est autant sur le devant de la scène aujourd’hui. Entre PyTorch et le matériel utilisé pour les opérations, il faut justement une couche logicielle pour traduire les opérations en instructions que ce matériel peut comprendre. C’est précisément ce que fait CUDA depuis longtemps chez NVIDIA. Cette technologie propriétaire de type GPGPU (General-Purpose Computing on Graphics Processing Units) sert à faire basculer sur le GPU des calculs qui seraient autrement destinés au CPU.
Sans le dire aussi clairement, c’est ce lien fort qu’AWS veut remettre en question avec TorchNeuron, comme le relève notamment TechCrunch.
Direction les puces Trainium
Amazon Web Services dispose de ses propres puces en matière d’IA : les Trainium, dont la troisième génération a été lancée en décembre 2025. Ces puces peuvent servir aussi bien à l’entraînement qu’à l’inférence. Amazon n’est pas la seule entreprise à concevoir ses propres puces dans ce domaine : Microsoft possède Maia et Google a ses TPU (Tensor Process Units).
TorchNeuron est ainsi aux puces Trainium ce que CUDA est à NVIDIA, une couche de traduction. Elle s’appuie sur le mécanisme d’extension que PyTorch propose pour accueillir du matériel tiers et propose aux développeurs – dans le cas le plus simple – de remplacer dans leur code le périphérique cible cuda par neuron.
Est-ce aussi simple ? En théorie oui, mais l’exemple cité par AWS montre que la situation est plus complexe en pratique. Le billet évoque en effet le cas de Deepgram, un concurrent d’ElevenLabs dans le secteur de la synthèse vocale. Ainsi, non seulement certaines fonctions de PyTorch ne sont pas encore prises en charge, mais une partie des tests officiels de PyTorch est tout simplement ignorée, faute de traduction d’une partie des opérateurs de calcul. Deepgram est mis en avant comme ayant réussi à obtenir 70 % d’audio en plus pour chaque dollar dépensé, mais la mise en place de ce flux de travail a nécessité plusieurs mois de travail.

Boire au goulot
Officiellement, Amazon met en avant la réduction du coût de changement de puce pour les développeurs. Ces derniers seraient ainsi plus libres de comparer les options qui s’offrent à eux. Si l’on peut changer de puce sans pénalité particulière, les fabricants doivent mériter la clientèle, affirme même Amazon.
Auprès de TechCrunch, Colin Brace d’Annapurna Labs (la filiale qui conçoit les puces d’Amazon) met bien sûr en avant l’infrastructure et l’écosystème d’AWS. En outre, le responsable pointe la possibilité d’utiliser la même puce pour l’entraînement et l’inférence, avec à la clé la possibilité de réaffecter la capacité inutilisée.
La lutte contre la dépendance à NVIDIA s’inscrit en filigrane dans l’annonce, de manière plus ou moins intense selon les passages. L’un d’entre eux est cependant très clair : « L’approche d’Amazon va au-delà de son propre matériel. L’entreprise apporte des modifications en amont de PyTorch lui-même, en travaillant avec la communauté PyTorch pour supprimer le code liant le framework à des puces spécifiques. L’objectif est de rendre PyTorch plus indépendant du matériel pour toute la communauté des développeurs, pas seulement pour les utilisateurs de Trainium ». Une précision qui n’est pas tellement « pour » les utilisateurs de Trainium que « contre » NVIDIA, car cette dépendance peut signifier une configuration plus longue.
Cette lutte à peine voilée n’est pas le seul élément masqué. Sans même parler d’arracher les clients à un écosystème pour les plonger dans le sien, Amazon doit se débarrasser d’un goulot d’étranglement. L’intérêt des puces Trainium est en effet d’autant plus réduit que les clients ne peuvent pas les utiliser facilement. C’est ce goulot que NeuronTorch doit essayer de lever. AWS essaye donc de réaliser un coup double : réduire les spécificités de PyTorch pour CUDA et fluidifier l’accès à ses puces.
TorchNeuron est cependant un projet neuf. Le code est présenté sous licence Apache 2.0 (open source) dans un dépôt GitHub ouvert le 17 octobre, même si AWS annonce sa disponibilité pour le 20 octobre. Dans sa forme actuelle, le projet prend en charge les puces Trainium 2 et 3. Reste pour Amazon à concrétiser sa vision en alimentant son projet, dont le succès dépendra de l’adoption par les développeurs concernés.






