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3 fois moins chère que le nucléaire : cette centrale bretonne produit une électricité record depuis 60 ans

Quand on veut découvrir les merveilles de la Bretagne Nord, les villes de Dinard et de Saint-Malo font figure d’incontournables, aussi bien pour les paysages que pour la gastronomie. À vol d’oiseau, moins de 3 kilomètres séparent les deux villes, mais il faut franchir l’impressionnant estuaire de la Rance. Pour cela, il existe un pont, pas tout à fait comme les autres : l’usine marémotrice de la Rance.

Cette imposante structure en béton barre l’estuaire pour produire de l’électricité grâce à l’énergie des marées. Chef-d’œuvre d’ingénierie, cette usine a été inaugurée en 1966 par le général de Gaulle lui-même et produit chaque année 500 gigawattheures d’électricité, soit l’équivalent de la consommation d’une ville comme Rennes.

Le fonctionnement de l’usine est plutôt simple, et agit comme un barrage fermant l’estuaire de la Rance. Pendant la marée montante, l’eau passe par 24 turbines avant de rejoindre l’estuaire de la Rance, produisant ainsi de l’électricité. Ensuite, lorsque la marée commence à descendre, l’eau repasse par ces mêmes turbines pour produire de l’électricité.

Au total, l’usine est composée de 24 turbines de 10 MW chacune, pour une puissance cumulée de 240 MW. Chaque turbine a la forme d’un bulbe et est équipée de pales inclinables qui permettent un fonctionnement dans un sens comme dans l’autre. En moyenne, l’électricité produite lors de la marée descendante constitue 80 % de la production totale. Chaque turbine doit encaisser un débit colossal de 260 mètres cubes par seconde, soit l’équivalent du débit de la Seine à Paris ! À côté des turbines, il existe également 6 vannes de 10 mètres par 15 mètres qui aident à contrôler le flux des marées.

De par son fonctionnement, l’usine marémotrice de la Rance permet d’obtenir une énergie décarbonée, et très peu chère malgré un investissement initial frôlant le milliard d’euros actualisé. On estime son coût de production à seulement 0,018 € par kilowattheure contre 0,0598 € par kilowattheure pour le parc nucléaire. En comparaison, le tarif réglementé de l’électricité pendant les heures creuses est de 0,1589 € par kilowattheure TTC.

Mais décarboné ne veut pas dire sans impact sur son environnement. En barrant l’estuaire, l’usine marémotrice a modifié en profondeur l’estuaire de la Rance. Sa présence a diminué l’amplitude des marées, tout en maintenant un niveau d’eau moyen plus élevé qu’auparavant. En conséquence, toute la biodiversité locale a été bouleversée. Le lançon et la plie ont disparu, tandis que le bar et la seiche, plus petits et plus vifs, sont revenus en passant à travers les turbines.

En parallèle, les sédiments se retrouvent piégés dans l’estuaire, provoquant une perte de capacité de ce dernier de l’ordre de 1 % par an. Les nombreuses plages de l’estuaire ont peu à peu laissé place à des vasières.

Tout n’est pas figé pour autant. D’après l’Établissement public territorial de bassin Rance-Frémur, le volume de sédiments déposés chaque année a reculé d’un tiers depuis 2018, une baisse que les scientifiques relient en partie aux évolutions récentes du fonctionnement de l’usine.

Du fait de ces impacts, une telle construction serait aujourd’hui difficile à faire accepter à l’opinion publique. Surtout, ce type d’installation nécessite des conditions bien particulières avec une baie ou un estuaire pouvant être fermé, un sol stable, une profondeur adaptée et surtout un fort marnage, c’est-à-dire une forte différence entre la marée haute et la marée basse. D’ailleurs, la Rance bénéficie de marées parmi les plus fortes d’Europe.

Dans le monde, les exemples d’usines marémotrices sont très rares, et encore plus d’une telle envergure. La seule véritable rivale est l’usine de Sihwa Lake, en Corée du Sud. Mise en service en 2011, elle a été installée sur une digue de 12,5 km de long, construite en 1994 et servant de protection contre les inondations.

Des projets d’usines marémotrices sont souvent évoqués en Grande-Bretagne, en particulier dans la baie de Swansea. Jusqu’à présent, aucun n’a abouti.

Photographe et Rédacteur Énergie et Mobilité. Issu du génie civil et curieux dans l’âme, Kevin a fait de la transition écologique et des nouvelles mobilités ses terrains de jeu favoris. Journaliste spécialisé et photographe, il allie l'œil esthétique à la rigueur technique. Des tests de batteries nomades aux innovations dans l'habitat, en passant par le monde des deux-roues qui le passionne tant, Kevin décrypte des enjeux parfois complexes pour les rendre clairs, visuels et accessibles. Sur Frandroid, il vous accompagne pour mieux comprendre et équiper votre quotidien, avec une information toujours documentée et illustrée par ses soins.

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