Accueil / Tech News / « Vous détestez les femmes » : Uber explique pourquoi son option réservée aux femmes peut coûter deux fois plus cher

« Vous détestez les femmes » : Uber explique pourquoi son option réservée aux femmes peut coûter deux fois plus cher

Recevez tous les soirs un résumé de l’actu importante avec Le Récap’

« Vous détestez les femmes, c’est pas possible. » Le 16 juillet 2026, une utilisatrice d’Uber partage sur X une capture d’écran pour le moins surprenante.

Pour un même trajet réservé à Six-Fours-les-Plages, dans le Var, l’application lui réclame 19,94 euros en UberX, contre 47,94 euros avec Uber by Women, l’option qui permet aux passagères de commander une course avec une conductrice.

Comment expliquer un prix plus de deux fois supérieur ? Interrogé par Numerama, Uber reconnaît avoir fait évoluer son modèle. Lancée fin 2024 sans surcoût, l’option repose désormais sur une tarification dynamique.

Comme pour une course classique, son prix dépend de l’offre et de la demande locales, mais aussi de la distance que doit parcourir la conductrice pour récupérer sa passagère. Un modèle qui peut s’avérer frustrant pour de nombreuses utilisatrices.

« À l’issue des premiers mois de déploiement, et à la suite d’échanges avec des femmes chauffeurs, nous avons fait évoluer le modèle tarifaire afin de mieux rémunérer les conductrices, notamment lorsqu’elles acceptent des courses impliquant un temps d’approche plus important », explique Uber. L’entreprise assure que cette évolution doit permettre de rendre le service plus durable, tout en améliorant la rémunération des conductrices.

Le problème : l’écart peut rapidement se creuser dans les zones où les chauffeurs sont déjà peu nombreux. C’est notamment le cas dans le sud de la France pendant l’été, lorsque la demande touristique explose. Selon Uber, près d’une course sur six ne peut alors pas y être assurée faute de chauffeur disponible.

La tension est naturellement encore plus forte pour Uber by Women, qui repose sur un nombre beaucoup plus limité de conductrices. Résultat : une option pensée pour rassurer les femmes peut devenir nettement plus chère qu’une course classique, précisément dans les villes où elle est la plus difficile à proposer.

Dans les grandes agglomérations, la différence semble toutefois beaucoup plus faible. À Paris, par exemple, les prix d’Uber by Women sont généralement restés proches de ceux des courses classiques lors de nos simulations, même si des exceptions restent possibles.

À Montpellier, le principal frein semble moins être le prix que l’attente. « Pour moi, c’était le même tarif qu’une course classique, voire moins cher parfois. Le seul élément décourageant, c’est qu’il y a très peu de conductrices, donc les temps d’attente sont souvent très longs », témoigne Alizée.

Le prix n’est donc pas le seul élément déterminant. L’heure, la durée du trajet et le sentiment de vulnérabilité entrent également en ligne de compte. Li-Ahn, une utilisatrice francilienne interrogée par Numerama, explique ainsi que son choix dépend surtout de la situation. « Si je suis alcoolisée, chargée de bagages ou que je dois faire un long trajet, je prendrai forcément Uber by Women. Pour une course courte, en revanche, je choisirai simplement l’option la moins chère. » Autre facteur décisif : l’heure à laquelle elle commande son Uber. « Pour une course en pleine nuit, surtout si elle est longue, je prendrai forcément Uber by Women. »

Du côté de Laurine, qui vit près de Nice, quelques euros supplémentaires restent acceptables, mais certainement pas un tarif multiplié par deux. « Je n’ai jamais vu d’écart aussi marqué. Si payer deux ou trois euros de plus me permet de me sentir en sécurité, je n’hésite pas. Mais si j’étais dans une région où ça coûte le double, j’oublierais tout simplement l’idée de prendre un Uber. C’est abusé. »

Une quatrième passagère, qui a testé l’option dans plusieurs villes françaises, a elle aussi constaté ces variations. « Lyon, Paris, Nice… Et la plus chère, même si ce n’est pas étonnant, c’était Saint-Tropez. En fonction de la ville, l’écart allait de quelques euros à une dizaine. Ça dépend de ma situation financière, mais parfois, les seuls choix possibles étaient un Uber classique, le vélo, la trottinette ou la marche. »

Les écarts semblent également varier fortement d’une ville à l’autre. Uber ne nous a pas communiqué le nombre de conductrices disponibles localement, mais reconnaît que la faiblesse de l’offre peut transformer un léger supplément en véritable surcoût. Le phénomène devient particulièrement visible dans des villes moins bien desservies comme Six-Fours-les-Plages ou très fréquentées pendant l’été comme Saint-Tropez.

Uber précise d’ailleurs que l’option ne s’affiche que lorsqu’une conductrice se trouve à moins de quinze minutes du point de prise en charge. Une limite censée préserver l’expérience des utilisatrices, mais qui n’empêche manifestement pas les prix de s’envoler.

Pour Uber, cette pénurie de conductrices n’est toutefois pas une fatalité. L’entreprise présente justement Uber by Women comme un moyen de rendre le métier de VTC plus attractif pour les femmes, encore très minoritaires sur les plateformes.

Selon Uber, 65 % des conductrices déclarent que le lancement de l’option les a amenées à recommander l’activité à d’autres femmes. Parmi celles présentes sur l’application depuis moins de deux ans, une sur deux indique également qu’Uber by Women a été l’un des facteurs qui l’ont encouragée à commencer à conduire avec la plateforme. Fort de ces résultats, Uber a étendu son service à douze villes françaises en 2026.

Plus le nombre de conductrices augmentera, plus les temps d’approche devraient diminuer et, avec eux, les écarts de prix. C’est du moins le pari de l’entreprise. En attendant, Uber by Women reste victime de son propre manque de conductrices.

L’option répond à une véritable demande, comme le montrent les témoignages, mais elle demeure plus difficile d’accès dans certaines villes. Les utilisatrices doivent alors choisir entre une course classique et un trajet parfois beaucoup plus cher pour voyager avec une femme.

Uber assure de son côté que cette différence permet notamment de mieux rémunérer les conductrices contraintes d’effectuer de longs trajets d’approche. L’entreprise ne nous a toutefois pas précisé quelle part exacte du supplément leur revenait.

L’application donne bien accès à quelques informations supplémentaires en appuyant sur le petit « i » situé près du prix de la course. Uber y présente les grands principes de sa tarification, comme le prix de base, le coût par minute ou par kilomètre et les éventuels suppléments. Mais, comme Numerama l’expliquait déjà en 2019, le décompte précis permettant d’aboutir au tarif final n’est pas affiché.

Difficile, dès lors, de savoir si les 28 euros supplémentaires réclamés à Six-Fours-les-Plages rémunéraient principalement le temps d’approche de la conductrice ou s’ils résultaient plus largement de l’algorithme de tarification dynamique. L’utilisatrice sait donc pourquoi sa course est susceptible de coûter plus cher, mais pas vraiment pourquoi elle coûte, dans ce cas précis, plus du double.

Les abonnés Numerama+ offrent les ressources nécessaires à la production d’une information de qualité et permettent à Numerama de rester gratuit.

Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci

Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information. C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.

Mais si vous le pouvez, voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :

Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.

Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !

Origine de l’article : lire l’article original
Traduction