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L'ANSSI prend les pleins pouvoirs pour stopper l'hémorragie cyber de l'État

Face à la compromission en série des systèmes d'information étatiques, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information va imposer des mesures de remédiation d'urgence aux ministères et centraliser la gestion de crise.

L'heure n'est donc plus à la pédagogie. Après un été marqué par des piratages massifs ciblant l'administration, le gouvernement change de doctrine en matière de cyberdéfense.

À la demande expresse de Matignon, l'ANSSI vient d'activer un nouveau dispositif opérationnel baptisé REACTIV (REponse & ACTion Interministérielle face aux Violations de données). Et la mise en place de ce nouveau mécanisme marque un tournant dans la gouvernance IT de l'État : l'Agence s'arroge désormais un pouvoir d'injonction en plus de son rôle de conseil.

Ces nouvelles prérogatives donnent "la possibilité pour l’Agence de faire prendre aux ministères, dans des délais contraints, les mesures immédiates qui s’imposent pour protéger les données des citoyens confiées aux administrations" indique l'Anssi via un communiqué.

Dans le cadre de cette opération, le mandat de l'ANSSI est donc considérablement élargi. L'autorité de tutelle peut ainsi désormais contraindre les ministères à appliquer des mesures techniques dans des délais impartis afin de circonscrire les exfiltrations de données.

Par ailleurs, REACTIV centralise l'intégralité de la communication technique de crise. Cela signifie que l'Agence devient de fait le porte parole des ministères et agences de l'état touchés par des incidents de sécurité.

« Il y a urgence à concevoir et conduire sans délai une réponse opérationnelle plus réactive et plus forte aux cyberattaques que l'Etat rencontre actuellement », avait récemment écrit Sébastien Lecornu à l'ANSSI, exigeant une réponse forte aux incidents de l'été.

Car le déclenchement de ce dispositif d'urgence intervient en réponse à des défaillances maniestes, illustrées par la triple compromission de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) qui a exposé les données de 678 000 usagers, ou encore le piratage de l'ANTS. Ces incidents ont par exemple mis en lumière une gestion des accès particulièrement poreuse.

Pour le Premier ministre, qui a accordé un ultimatum de quinze jours aux administrations pour se mettre en ordre de marche, le problème relève autant de la dette technique que de l'hygiène numérique élémentaire.

« Globalement, on avait une maison qui était bien fermée, avec une porte blindée bien fermée, serrure deux points […] malheureusement, la clé a été mise sous le paillasson », évoquait récemment Sébastien Lecornu.

Pour soutenir la force REACTIV, une refonte de l'architecture gouvernementale est actée, soutenue par un budget de 200 millions d'euros et la fusion programmée de la DINUM et de la DITP. Mais c'est sur le terrain que les changements seront les plus radicaux.

Les nouvelles directives exigent le déploiement de l'authentification multifacteur (MFA) pour l'intégralité des administrateurs système avant la fin de l'année.

Du côté des collaborateurs, la lutte contre les attaques via ingénierie sociale passera par l'équipement généralisé en clés de sécurité matérielles (tokens USB).

Restent bien sûr, au delà de ce nouveau pouvoir d'injonction, les questions opérationnelles et de financement de la cyber au sein de l'Etat.

Sur ce dernier point, le financement des fameux token USB qui doit équiper l'ensemble des agents de l'Etat n'est pas à notre connaissance financé par le budget initial annoncé en mai dernier.

Mais en imposant un commandement unique et coercitif en cas de brèche, l'État français adopte une nouvelle posture de défense, dont les grandes organisations privées, souvent paralysées par des silos décisionnels en temps de crise, feraient bien également de s'inspirer.

La perte de contrôle des agents d'intelligence artificielle n'est plus une hypothèse. Quelques mois avant l'incident de sécurité ayant frappé Hugging Face, des milliers d'agents OpenAI ont délibérément contourné leurs restrictions d'accès pour prendre le contrôle d'un site collaboratif.

C'est cette fois une alerte de la gendarmerie de la Somme qui met en lumière l'épidémie de SIM Swapping. Entre l'industrialisation des attaques et une jurisprudence inédite sanctionnant la négligence des opérateurs, les entreprises doivent d'urgence repenser leur dépendance à l'authentification par SMS.

Ce duo de cybercriminels est à nouveau accusé d’avoir été à la manoeuvre dans les piratages de la DGFiP.

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