Mais une goutte d'eau dans l'océan de conférences douteuses publiées

Il y a six mois, des chercheuses et chercheurs signalaient avoir détecté plus de 1 800 actes de conférences scientifiques bidons dont les signatures avaient été achetées. L’un des principaux éditeurs, l’IEEE, vient d’annoncer la rétractation de plus de 1400 d’entre eux.
Fin avril, Next vous racontait l’histoire de chercheurs peu scrupuleux qui payaient des tiers pour publier des actes de conférences sans aucun sens dans des revues d’éditeurs parfois reconnus. Une bonne partie de ces articles viennent d’être rétractés par le principal éditeur en cause : l’Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE). Cette association d’ingénieurs joue un rôle important dans l’élaboration de normes et publie chaque année plus de 200 revues scientifiques et actes de conférence. Les chercheuses et chercheurs qui ont fait le signalement il y a six mois se disent cependant contrariés par la manière dont l’association présente les choses.
Celle-ci a publié un communiqué la semaine dernière annonçant la rétractation d’ « environ 1 400 articles issus de la bibliothèque numérique IEEE Xplore, à l’issue d’une analyse approfondie ». « Les articles enfreignaient les principes de publication de l’IEEE, qui garantissent les normes les plus élevées en matière de qualité, de fiabilité et d’exactitude des publications scientifiques », ajoute l’éditeur qui affirme avoir mené une enquête après l’identification d’« irrégularités» par « une étude externe » dont il ne donne pas de détails.
1 417 rétractés en un jour, 1 622 rétractés en tout sur les 2 062 signalés
Selon le décompte de Miryam Naddaf, journaliste de la revue scientifique Nature, c’est plus précisément 1 417 actes de conférences qui ont été rétractés par l’IEEE le 23 octobre dernier. Et ceux-ci avaient tous été identifiés dans un article mis en ligne par les chercheuses et chercheurs Anna Abalkina, Marie Kunešová, Yagmur Ozturk et Solal Pirelli en avril dernier et que Next vous avait relayé. Leur article expliquait que certains chercheurs achetaient via des pubs sur Telegram ou LinkedIn la possibilité de signer ces actes de conférences, ce qui faisait augmenter leurs statistiques de publication.
De 1 800 faux actes détectés à l’époque, ces chercheuses et chercheurs en ont dénombré plus de 4 000 depuis, dont 2 062 rien que dans les actes publiés par l’IEEE. « Ces articles problématiques ont été co-signés par plus de 7 500 chercheurs issus de plus de 4 000 institutions réparties dans 56 pays », soulignent-ils dans la version de leur article mis à jour le 11 aout dernier.
Et si l’IEEE en a rétracté 1 417 le 23 octobre, en tout, l’éditeur a rétracté 1 622 des 2 062 signalés par Anna Abalkina et ses collègues, selon Nature qui a vérifié avec l’outil Problematic Paper Screener du chercheur toulousain Guillaume Cabanac, dont on vous parlait en 2022.
« Une goutte d’eau dans l’océan des conférences douteuses »
Pour Solal Pirelli, l’un des auteurs du signalement, « c’est un bon début, mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des conférences douteuses qu’ils publient chaque année », explique-t-il sur Bluesky. Il ajoute : « Ils doivent rétracter l’intégralité des actes dont le processus d’évaluation par les pairs a manifestement échoué, car les articles qui en résultent ne peuvent pas être qualifiés d’« évalués par les pairs ».
« Même si je me réjouis que l’IEEE ait commencé à retirer les articles que nous avions signalés, je suis un peu contrariée par leur communiqué officiel », affirme quant à elle Marie Kunešová, une autres chercheuse qui a participé au signalement. Elle se moque de la façon dont l’éditeur présente comment il a procédé pour filtrer les articles à rétracter :
« « Un éditeur de premier plan s’appuie sur une technologie de filtrage innovante et l’avis d’experts » ? C’est drôle, cette technologie ressemble beaucoup à : « si le titre correspond exactement à l’annonce, retirer ; sinon, ne pas retirer » ».






