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C’est un projet de longue haleine, qui évidemment paraît à des années-lumière d’un réseau satellitaire comme Starlink. Mais c’est un projet qui, enfin, franchit une étape importante de son développement : la phase de réalisation, qui ouvre la voie au déploiement prochain des premiers engins de la constellation IRIS².
Et c’est un programme stratégiquement majeur pour le Vieux Continent. IRIS², dont le nom signifie « Infrastructure for Resilience, Interconnection and Security by Satellites », est le programme phare de l’Union européenne pour doter le continent d’un réseau de communications hautement sécurisé et indépendant des puissances étrangères.
L’officialisation de l’accord d’exécution signé ce 7 août 2026 marque la fin des négociations avec le consortium SpaceRISE (SES, Eutelsat, Hispasat) et enclenche la fabrication industrielle. Mais cette étape décisive remet aussi les pendules à l’heure : alors que Thierry Breton promettait en 2022 des premiers services dès 2024, le calendrier a fortement glissé.
Comme l’ont souligné l’Agence spatiale européenne (ESA) et le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace Philippe Baptiste sur X, le premier coup d’envoi n’aura lieu qu’en 2029. Soit plusieurs années de retard sur le planning initial, un décalage cependant pas anormal dans ce type de projet d’ampleur, et coûteux.
Bâtir un réseau en partenariat public-privé à l’échelle de 27 États membres s’est avéré particulièrement complexe. D’un côté, le consortium SpaceRISE a mené des négociations avec les géants Airbus Defence and Space, Thales Alenia Space et OHB, mais aussi toutes les entreprises de taille de moindre importance, qui vont se répartir sur toute la chaîne d’approvisionnement, et cela jusqu’aux TPE.
De l’autre, la facture s’est avérée bien plus lourde que prévu en raison de l’augmentation des capacités de la constellation, exigeant de débloquer de nouveaux fonds européens pour 2028-2034 et nécessitant d’importantes rallonges des budgets nationaux : l’Espagne apporte ainsi jusqu’à 2 milliards d’euros, la Pologne 656 millions et la Hongrie 500 millions.
Selon les détails du communiqué de l’ESA, ce délai et ces rallonges budgétaires auront au moins permis d’ajuster le tir face aux exigences géopolitiques actuelles. La constellation intègre en effet 66 satellites supplémentaires pour atteindre un total de 348 appareils, répartis entre 330 en orbite basse et 18 en orbite moyenne.
Cette révision à la hausse permet de faire grimper la capacité gouvernementale sécurisée de 60 % au sein de l’UE (et de 54 % dans le reste du monde), tout en intégrant le chiffrement quantique et une protection anti-brouillage renforcée dès la conception. Car dans l’espace, les périls adverses sont désormais courants.
Bien sûr, face aux milliers de satellites que SpaceX déploie à un rythme frénétique, la réaction européenne peut sembler désespérément lente. Mais ce retard à l’allumage rappelle fortement l’histoire de Galileo face au GPS américain, et cela invite à ne pas forcément s’alarmer sur ce décalage qui sera partiellement comblé dans quelques années.
À ses débuts, le système européen accumulait les dépassements de budget, les querelles politiques et les reports, tout en suscitant un vif scepticisme — à quoi bon avoir son propre outil de localisation ? Sauf qu’aujourd’hui, Galileo est devenu le réseau de positionnement le plus précis au monde, garantissant l’indépendance critique du continent.
De toute façon, IRIS² ne cherche pas à rivaliser avec Starlink sur le terrain du marché grand public. Le programme vise avant tout l’autonomie stratégique : offrir aux armées, aux gouvernements et aux services d’urgence un réseau souverain et résilient, à l’abri des humeurs d’un acteur privé américain ou de revirements politiques à Washington.
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Crédit photo de la une : Numerama avec ChatGPT





