Ce montage financier atypique illustre l’ampleur du pari que SoftBank fait désormais sur OpenAI, érigée en partenaire central plutôt qu’en simple cible d’investissement.
SoftBank a levé 10 milliards de dollars auprès d’un consortium bancaire mené par Goldman Sachs et JPMorgan, en gageant sa participation dans OpenAI, afin de financer la dernière tranche de son investissement de 30 milliards de dollars dans l’entreprise d’ici octobre.
Selon le Wall Street Journal, cette opération s’inscrit dans la stratégie de « tout-IA » portée par Masayoshi Son, président de SoftBank Group, qui étend ses investissements bien au-delà d’OpenAI, vers les centres de données, les semi-conducteurs et la robotique.
Emprunter un montant aussi important en gageant la participation dans une entreprise non cotée est jugé inhabituel. En règle générale, les institutions financières se montrent prudentes lorsqu’il s’agit de prêter de grosses sommes contre des actions d’entreprises non cotées, dont la valorisation est plus difficile à établir que celle des sociétés cotées. OpenAI, qui reste par ailleurs déficitaire, est perçue comme un risque important pour les prêteurs. De ce fait, le contrat de prêt inclurait une clause obligeant SoftBank à injecter des fonds supplémentaires si la valorisation d’OpenAI venait à passer sous un certain seuil.
Aux États-Unis, SoftBank se lance dans la construction de centres de données IA de très grande taille. L’entreprise doit débuter cette année la construction de la première installation d’un campus de 10 gigawatts dans l’Ohio, qui pourrait devenir, une fois achevé, l’un des plus grands clusters de centres de données IA au monde. SoftBank a déjà conclu un contrat de location d’un campus de 1,2 GW situé dans une autre région des États-Unis au bénéfice d’OpenAI, et un accord similaire portant sur l’intégralité du site de l’Ohio serait également en discussion.
SoftBank construit par ailleurs sa propre activité de neocloud, consistant à louer des ressources de calcul IA aux entreprises et aux start-ups, dans le but de concurrencer des acteurs spécialisés comme CoreWeave. L’entreprise a également investi 5,4 milliards de dollars dans le rachat de l’activité robotique d’ABB, ainsi que 3,1 milliards de dollars dans l’acquisition de la société d’investissement en infrastructures numériques DigitalBridge.
Contrairement à d’autres investisseurs mondiaux qui répartissent leurs mises entre plusieurs entreprises d’IA concurrentes, SoftBank a choisi de concentrer sa stratégie sur OpenAI dans le domaine des grands modèles de langage. Une fois l’investissement supplémentaire finalisé en octobre, sa participation dans OpenAI devrait atteindre environ 13 %, ce qui exposerait directement la performance financière de SoftBank aux évolutions futures de la valorisation d’OpenAI.
Alors que les investissements massifs dans l’IA se poursuivent, les résultats du dernier trimestre de SoftBank ont légèrement fléchi : le bénéfice net du trimestre avril-juin s’est établi à 2,2 milliards de dollars, en baisse de 18 % sur un an, sous l’effet d’un recul des gains générés par ses fonds d’investissement technologique. SoftBank a néanmoins déclaré qu’OpenAI est moins une simple cible d’investissement qu’un partenaire, dans les modèles duquel l’entreprise affirme avoir une grande confiance.
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