Une dizaine de jours après la découverte du piratage de cette licorne fondée par des français, on commence à avoir une vue plus détaillée de ses modalités. Un retour d’expérience crucial pour les experts en cybersécurité.
Mi-juillet 2026 : la pépite de l'intelligence artificielle Hugging Face, fondée par des français à New-York, signale la détection d’une intrusion dans son infrastructure de production. Quelques jours plus tard, le géant de l’IA générative OpenAI avoue que le piratage est à mettre au débit de deux de ses modèles, GPT‑5.6 Sol et un autre plus performant, en cours d’évaluation sur leurs capacités cyber.
Plus d’une dizaine de jours après ce piratage considéré par Clément Delangue, le directeur général de Hugging Face, comme l’un des premiers du genre, on commence à en savoir plus sur les détails techniques de l’intrusion. Un exercice assez stupéfiant qui va donner du grain à moudre aux spécialistes de la cybersécurité.
Car en tout, Hugging Face a compté pas moins en cinq jours de 17 613 actions de la part des attaquants, un volume regroupé dans 6 280 blocs. « La plupart de ces actions n’ont rien donné, rappelle l’entreprise. Cependant, leur combinaison a permis de couvrir suffisamment de terrain pour identifier une chaîne viable à travers plusieurs systèmes indépendants. »
Tout a commencé, rappelait OpenAI, par l’évasion réussie des agents de leur environnement de test. Ces derniers avaient réussi, en utilisant une infrastructure tierce, un bac à sable de l’entreprise de calcul Modal, à exploiter une faille jour-zéro dans le proxy de cache du registre de paquets, une vulnérabilité que JFrog, le fournisseur de la solution de bac à sable, vient de colmater.
Leurs buts ? Plutôt que de chercher avec leurs ressources la solution au problème qu’ils étaient censés résoudre, les agents ont opté pour une voie jugée plus efficace, rechercher la solution sur Internet. Et plus précisément dans l’infrastructure d’Hugging Face… Un détournement qui va être repéré bien tardivement par OpenAI.
Assez classiquement, la manœuvre a débuté par une opération de reconnaissance et la recherche d’identifiants dans l’infrastructure, avant de s’accélérer au troisième jour. A ce moment-là, l’agent va par exemple réussir à s’authentifier sur un serveur de données opérationnelles interne après avoir récupéré un mot de passe statique, ou encore obtenir une clé d’authentification d’un VPN, un moyen de pivot clé.
Pour rentrer sur le réseau, l’un des agents avait d’abord créé « des configurations de jeux de données malveillantes et les a téléchargées sur notre plateforme », détaillent les experts d’Hugging Face. Après traitement des jeux de données, les résultats étaient analysés par l’agent.
Autant d’actions qui vont être finalement détectées par…. Le système d’agents de sécurité basé sur l’IA de Hugging Face. Surtout, l’IA va être également utilisée pour reconstituer l’attaque, après toutefois un premier écueil. Prenant cet exercice de rétro-ingénierie pour un vrai piratage, les deux modèles utilisés dans un premier temps, Claude Opus et Fable, vont refuser d’exécuter ce travail.
Hugging Face va finalement s’appuyer sur le modèle IA open weight GLM-5.2 de la société chinoise Z.ai. Un passage obligé par l’IA, au vu du nombre d’actions de l’attaquant à analyser et à retracer. Conclusion des experts : les modalités de l'attaque auraient pu être faites par des humains. Mais en matière de défense, « c’est le volume qui change la donne ».
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