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Vert absolu : en 2060, la planète a été sauvée. Mais que reste-t-il de la liberté ?

Première de couverture originale de Vert absolu — Guy de Lussigny

*L’air est plus propre. L’énergie est stabilisée. Les villes ont réduit leur consommation. Pourtant, dans l’univers de Vert absolu, survivre implique désormais d’obéir à des règles omniprésentes.* Avec cette dystopie située en 2060, Guy de Lussigny explore la frontière entre protection écologique et contrôle total.

La proposition romanesque est volontairement dérangeante : imaginons que la transition écologique ait obtenu des résultats visibles et que plusieurs catastrophes aient été évitées. Ce succès suffirait-il à justifier n’importe quelle restriction ?

Dans la République Écocitoyenne, la température des logements, les ressources consommées, les déplacements et les comportements sont surveillés. Les habitants possèdent un score de conformité. Ceux que l’administration considère comme problématiques risquent des sanctions, une mise à l’écart ou un passage par des dispositifs de « réalignement ».

C’est dans ce monde que le roman donne une place centrale à des personnages dont les besoins ordinaires deviennent des anomalies.

Un enfant malade face à la logique des quotas

L’un des éléments forts du récit est immédiatement humain. Tara arrive chez son frère Eliott Mersan avec son fils Jules, âgé de six ans, malade et transi de froid. Les règles de consommation et de chauffage ont transformé le simple fait de protéger un enfant en problème administratif.

Eliott connaît les mécanismes du régime de l’intérieur. Ancien architecte de certains systèmes de contrôle, il a participé à la conception de dispositifs chargés de réguler les usages, de suivre les comportements et de prévenir les écarts.

Il n’est donc pas un héros sans passé. Il porte une responsabilité dans le monde qu’il découvre soudain sous un autre angle : celui d’une famille qui demande simplement de la chaleur.

Le roman part de ce conflit moral. À quel moment faut-il refuser une règle que l’on a contribué à rendre possible ?

Eliott Mersan, un homme confronté à ses choix

Le parcours d’Eliott apporte à Vert absolu une dimension qui dépasse la confrontation entre un individu et un gouvernement. Il doit comprendre ce qu’il a construit, accepter ce que cela a produit et décider s’il est encore capable d’agir autrement.

La surveillance n’est pas seulement exercée par des agents visibles. Elle existe dans les indicateurs, les badges, les applications et les réactions automatiques d’un réseau qui classe en continu les citoyens.

En quittant progressivement la place qu’il occupait, Eliott découvre les conséquences quotidiennes d’une logique qu’il jugeait auparavant utile.

Cette évolution donne au récit un centre de gravité : la responsabilité de ceux qui conçoivent des systèmes, et la difficulté de réparer lorsqu’ils ont commencé à échapper à leurs intentions initiales.

Lya, Tara et les voix de la résistance

Le roman présente d’autres figures importantes, notamment Lya, marquée par son score écocitoyen et la symbolique de son bracelet noir. Sa situation montre combien une catégorie administrative peut orienter le regard porté sur une personne.

Tara ne se résume pas au rôle d’une victime. Elle possède sa colère, sa lucidité et une capacité à agir pour protéger Jules. La relation avec son frère n’efface pas automatiquement les fautes passées.

D’autres présences, dont Verdan et Amara, nourrissent des tensions qui empêchent l’intrigue de devenir un simple affrontement caricatural. Certains personnages défendent sincèrement les arguments du régime ; d’autres découvrent que l’adhésion ne suffit plus à justifier les conséquences.

Les résistances se construisent par étapes. La confiance se gagne, les choix ont un coût, et changer de camp ne dispense pas de répondre à ce que l’on a fait.

Le système CARB-CTRL et la promesse de sécurité

Dans l’univers de Vert absolu, des infrastructures centrales structurent la vie collective, notamment CARB-CTRL et des stations de surveillance. Elles incarnent une société où la mesure de la consommation et la conformité sont devenues des principes organisateurs.

Le problème posé par le roman n’est pas l’existence de données ou d’outils de régulation en soi. C’est leur capacité à remplacer le jugement humain, à rendre inaccessibles certaines ressources et à transformer des situations personnelles complexes en infractions simples.

Les personnages évoluent dans des secteurs rationnés, des tunnels, des refuges et des lieux où il devient possible de s’éloigner temporairement du réseau. Ces espaces permettent de retrouver ce que le pouvoir ne sait plus mesurer : solidarité, attachement, peur et courage.

Les scènes de tension et d’action accompagnent ainsi une réflexion sur les limites d’un gouvernement par les chiffres.

Une dystopie qui prend son sujet au sérieux

Vert absolu n’est pas un reportage sur les politiques environnementales. Son action se déroule dans un monde fictif de 2060, où les mécanismes de contrôle ont été poussés à l’extrême. Il serait erroné de présenter ces dispositifs inventés comme des règles aujourd’hui en vigueur.

La force du concept vient justement de ce décalage : le roman n’affirme pas que la protection écologique serait inutile. Il imagine au contraire un monde où certains résultats ont été obtenus, mais où la réussite s’accompagne d’un prix humain et politique très élevé.

Cela rend la question plus exigeante. Comment protéger l’environnement sans transformer les citoyens en simples variables de conformité ? Qui peut contester une décision lorsque toute contestation est interprétée comme un risque ?

La fiction laisse ces interrogations résonner à travers les choix des personnages.

Un récit de fuite et de reconstruction

Le roman avance vers une confrontation avec les instruments du contrôle et avec ceux qui pensent encore les défendre. Mais l’enjeu ne se réduit pas à détruire un système. Il faut aussi imaginer ce que pourrait devenir une société après sa remise en question.

C’est la dimension de reconstruction qui distingue Vert absolu. Les personnages n’ont pas seulement à survivre. Ils doivent apprendre à décider, à assumer des responsabilités et à redonner une place aux besoins humains.

Le livre s’adresse aux amateurs de dystopies, de thrillers d’anticipation et de récits où les technologies modifient les rapports de pouvoir.

En 2060, la planète respire mieux. Reste à savoir si ses habitants ont encore le droit de respirer librement.

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