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Pour Linus Torvalds, le code généré par IA est légitime, à condition de savoir le lire

Les choses sont « dites »

Pour Linus Torvalds, le code généré par IA est légitime, à condition de savoir le lire

Le débat secoue la communauté du libre depuis des mois : faut-il accepter le code généré par IA ? Pour certains, c’est une trahison de l’esprit même du libre. Pour d’autres, ce n’est pas un problème. Pour Linus Torvalds, il n’y a vraiment aucun problème, mais à une condition. Au point de se mettre une nouvelle fois en colère.

La question de savoir si le code généré par IA doit être accepté dans le noyau Linux semble être tranchée depuis un moment. Mais, le débat a évolué il y a bientôt 18 mois : le code généré par IA doit-il recevoir un marquage spécial ?

La question a été officiellement posée par Sash Levin en juillet 2025, comme le relevait alors Phoronix. Développeur travaillant chez NVIDIA et co-mainteneur des versions LTS (Long Term Support) du noyau, il avait proposé que les contributions au code générées par des LLM soient marquées d’un label « Co-developed-by ». Avec le temps, cette proposition évoluera en « Assisted-by ».

Dans un premier temps, cette proposition va plaire, au point d’être adoptée au Maintainers Summit 2025 en fin d’année dernière. À ce moment déjà, Linus Torvalds doutait déjà du bien-fondé de l’approche. Dans les mois qui suivent, un document coding-assistants.rst entre dans le noyau 7.0 pour formaliser ce qui est alors considéré comme une bonne pratique.

L’usage raisonné à grands coups de marteau

Les positions du père de Linux vont retentir plusieurs fois en 2026. Dès janvier, il s’oppose à ce que la documentation du noyau prenne parti. Sans jamais vraiment le dire, il milite alors pour un usage « raisonné » de l’IA. En mai par exemple, il tempête contre les trop nombreux rapports de bugs produits par les outils automatiques. Une critique désormais courante, portée notamment par l’équipe de FFmpeg qui fustigeait les LLM utilisés à la va-vite pour générer des rapports de bugs de faible qualité (le fameux slop, ou « bouillie »).

Deux mois plus tard éclate un débat autour de Sashiko, un service centralisé proposé par Google pour surveiller automatiquement la mailing-list du noyau (entre autres) pour publier ensuite des reviews de code de manière automatisée. Linus Torvalds intervient alors pour indiquer que le consensus général des mainteneurs du noyau est que l’IA est utile quand elle est utilisée correctement. Il ne souhaite pas que les rapports générés soient rejetés en bloc, tout en soulignant les améliorations nécessaires.

Le cas du noyau Linux 7.3

Depuis, sa position s’est encore affirmée, notamment à travers la gestation du noyau Linux 7.3. Les Release Candidates 6 et 7 sont devenues une « nouvelle normalité », car au lieu de ne corriger que quelques bugs – ce qui est traditionnellement le cas à ce stade du développement –, elles en corrigent des centaines.

Jonathan Corbet (LWN.net) a ainsi fait un compte-rendu du dernier Maintainers Summit qui s’est tenu le 8 octobre à Prague. Selon lui, le noyau 7.3 comporte actuellement 18 533 changements. Sur cet ensemble, 10 % des correctifs portent la mention « Assisted-by », mais il ajoute : « Le nombre réel de correctifs assistés par LLM est sûrement bien plus élevé ».

Il rapporte également la prise de parole de Linus Torvalds : blâmer les LLM au sein de la communauté est contre-productif car le problème se concentre sur les utilisateurs qui ne savent comment les utiliser, ou même comment fonctionne le noyau. « Torvalds et d’autres ont répété que les contributions de faible qualité venaient de nouveaux développeurs et qu’elles devraient recevoir une faible priorité, la communauté devrait arrêter d’essayer de rendre la contribution facile. De nombreux développeurs ont déclaré, à plusieurs reprises qu’ils essayaient de les mentorer mais que c’était presque toujours une perte de temps ; ils n’écoutent pas », rapporte sévèrement Jonathan Corbet.

Linus Torvalds se fâche (encore)

Au sommet de Pragues, les mainteneurs du noyau ont convenu que l’étiquette était désormais obsolète. Cependant, le développeur Laurent Pinchart s’y est opposé. Dans un message daté du 13 octobre, il refuse que l’étiquette soit supprimée tant qu’un mécanisme de remplacement n’a pas été mis en place. Il soutient qu’une règle sert à fixer les attentes, même si certains la contournent.

La réponse de Torvalds, dans la nuit du 13 au 14 octobre, est salée.

« Je ne comprends pas toute cette idée idiote du « n’utilisez pas l’IA pour X ». Voici une nouvelle règle rien que pour vous : n’utilisez aucun compilateur pour vos contributions au noyau. Parce que si vous ne pouvez pas démontrer que vous comprenez réellement ce que fait la machine en écrivant votre code en assembleur, alors je ne veux pas voir votre contribution. Vous n’êtes manifestement pas compétent si vous ne savez pas l’écrire ainsi.

Et au fait, vous feriez mieux de ne pas utiliser non plus d’éditeur pour rédiger ce message de validation. Parce que j’ai besoin que vous me montriez que vous savez réellement écrire un bon message de validation sans outils qui permettent de revenir en arrière facilement et de masquer les erreurs commises en tapant. D’accord ? Parce que, sinon, vos validations assistées par des outils ne montrent clairement pas que vous savez ce que vous faites.

Ne voyez-vous pas à quel point ce genre de règles serait ABSOLUMENT STUPIDE ?

Alors non. Nous n’allons pas établir de règles stupides qui disent « vous ne pouvez pas utiliser d’outils pour X ». Ce que j’attends moi, c’est que les gens fassent de leur mieux, et j’attends d’eux qu’ils comprennent ce qu’ils font. Mais cette compréhension a très peu de rapport avec les outils qu’ils utilisent.

Et, très honnêtement, d’après mon expérience, les personnes que je respecte et que je juge intelligentes ne sont pas celles qui rechignent à utiliser des outils nouveaux et intéressants. »

Aujourd’hui, un nombre croissant accepte les contributions générées par LLM. Dernièrement, le cas le plus visible a été le projet Debian, qui a adopté un consensus que l’on trouve dans plusieurs autres projets, dont Fedora, LLVM ou même Firefox : les contributions sont acceptées à condition que les personnes qui les émettent soient capables de les relire, de les comprendre et de les expliquer.

D’autres projets, comme Gentoo, NetBSD, Zig ou Krita refusent explicitement ce type de contribution ou ont mis en place un moratoire sur cet usage. Enfin, beaucoup ne sont pas encore officiellement positionnés, à l’instar du projet KDE, qui vient de fêter ses 30 ans.

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