Dans le monde des nouvelles technologies, les lunettes de réalité augmentée sont le Saint Graal actuellement. On ne parle pas de lunettes cinéma ou de casques, mais bien d'un modèle transparent et capable de fonctionner sans smartphone ou ordinateur. Meta a bien montré son prototype Orion, que nous avons eu l'occasion de prendre en main, mais sans jamais le commercialiser. Apple a de son côté préféré la voie du casque avec son Vision Pro.
C'est finalement un acteur surprenant pour qui ne suit pas l'actualité de la tech qui prend les devants. Snap, la maison mère de Snapchat, a en effet ouvert les précommandes de ses Specs, présentées comme les premières véritables lunettes AR entièrement autonomes. Ici donc, pas de boîtier déporté, pas de câble, pas d'ordinateur externe. Tout le calcul se fait dans les branches, où logent des puces Qualcomm. Nous vous avions d'ailleurs proposé une prise en main du précédent modèle, bien moins convaincant toutefois.
Sur le papier, la fiche technique de cette nouvelle paire intrigue. Des optiques réellement transparentes, un champ de vision de 51 degrés en diagonale, environ quatre heures d'autonomie en usage mixte, deux caméras dédiées au suivi des mains et un système maison, Snap OS, qui fait tourner des applications baptisées Lenses. Le tout est chapeauté par un assistant IA multiplateforme, Snap Intelligence, dont les ambitions dépassent largement le cadre des lunettes. Nous avons eu l'occasion de manipuler ces lunettes d'un genre nouveau et d'essayer toutes les fonctionnalités censées révolutionner notre quotidien.
Avec 134 grammes sur la balance, les Specs restent nettement plus lourdes que des lunettes de vue classiques, mais elles jouent dans une tout autre catégorie que les casques XR du marché. Les récentes Meta VR Glasses font certes beaucoup mieux, avec 100 grammes sur la balance. Mais au prix d'un boîtier externe qui embarque la batterie et le processeur.
Snap propose deux tailles de monture, 47 mm et 52 mm, pour s'adapter aux différentes morphologies. La gestion thermique repose sur une double chambre à vapeur intégrée dans les branches, un choix d'ingénierie qui rappelle que ces lunettes embarquent un véritable ordinateur.
Les porteurs de lunettes correctrices ne sont pas oubliés. Des inserts optiques amovibles se clipsent dans la monture et couvrent des corrections allant jusqu'à -8 dioptries. Autre bonne idée, les verres électrochromiques s'assombrissent pour transformer les Specs en lunettes de soleil en extérieur, ce qui évite d'avoir à jongler entre deux paires.
Côté captation, la prise de photos et de vidéos passe par un bouton latéral. Son activation allume une LED bien visible, un signal destiné à l'entourage qui répond aux inquiétudes classiques autour des lunettes connectées. On apprécie la transparence du dispositif, même si son efficacité réelle pour rassurer les personnes filmées reste à démontrer à l'usage.
C'est le nerf de la guerre pour toute paire de lunettes AR transparentes. Les Specs affichent un champ de vision de 51 degrés en diagonale, grâce à un système de double waveguide binoculaire. Pour donner un peu de contexte, le Quest 3 et l'Apple Vision Pro dépassent les 110 degrés en diagonale, mais ce sont des casques opaques qui reconstituent le monde par caméras interposées. La comparaison la plus pertinente reste le prototype Orion de Meta, qui atteignait 70 degrés au prix d'un matériau coûteux, jamais commercialisé qui plus est. De ce point de vue, les 51 degrés des Specs constituent un compromis assumé entre performance optique et produit réellement vendable.
Notez toutefois un détail qui a son importance. Les Specs calculent et enregistrent un champ de vision plus large que ce que leurs verres peuvent réellement afficher. Concrètement, les vidéos promotionnelles et les captures réalisées avec les lunettes montrent davantage de contenu augmenté que ce que le porteur voit réellement. Un écart dont il faut avoir conscience avant de se fier aux démonstrations officielles. Car une fois les lunettes sur le nez, nous avons été un peu déçus par ce champ de vision étriqué. Tant que cela se passe devant vous, l'illusion tient. Mais dès que vous mettez par exemple une vidéo un peu en hauteur pour ne pas encombrer votre ligne de vue, sa fenêtre disparaît et il faut lever la tête pour la remettre dans votre champ de vision.
Autre zone d'ombre, Snap refuse de communiquer la fréquence de rafraîchissement de son affichage. Un silence d'autant plus remarqué que les autres systèmes XR du marché affichent un minimum de 72 images par seconde. Difficile de ne pas y voir un point sur lequel le constructeur préfère ne pas s'étendre.
Le logiciel est sans doute la partie la plus aboutie de la proposition à date. Il est question ici d'un véritable système d'exploitation spatiale, à la manière du VisionOS d'Apple. Snap OS gère un maillage continu de la scène en temps réel, avec occlusion. Entendez par là que les objets virtuels peuvent passer derrière les éléments réels de la pièce, canapé compris, ce qui renforce considérablement l'illusion. Le système sait aussi ancrer une fenêtre dans l'espace pour qu'elle suive l'utilisateur dans ses déplacements, et un mode voyage promet même de stabiliser l'affichage dans les véhicules en mouvement.
L'interaction repose entièrement sur le suivi des mains, avec un système de pointage et de pincement. Dommage que le suivi oculaire soit absent, car il aurait fluidifié la sélection des éléments à l'écran, comme le prouvent les casques qui en sont équipés. Néanmoins, même si on tâtonne un peu au début, on se fait assez vite à cette ergonomie, qui reste tout de même sensiblement moins précise et intuitive que celle du Vision Pro ou des Meta VR Glasses.
Au lancement, Snap met en avant quelques expériences concrètes. Un sous-titrage en direct dans 60 langues affiche les traductions directement au-dessus des interlocuteurs. Une intégration TripAdvisor superpose avis, historique des monuments et conversions de devises sur les devantures des commerces. HBO propose même une expérience Harry Potter en réalité augmentée, assez bluffante. Côté multijoueur, les expériences partagées peuvent réunir jusqu'à 30 personnes, selon Evan Spiegel, le patron de Snap. L'entreprise s'appuie par ailleurs sur des partenariats avec Amazon et Nvidia, et lance un programme dédié aux entreprises. Si les usages restent balbutiants pour le moment, on voit bien comment ce produit représente un premier pas vers le futur de toute une catégorie.
La vraie surprise de l'annonce se situe peut-être ailleurs que dans les lunettes. Snap Intelligence est un assistant IA agentique qui fonctionne sur les Specs, mais aussi sur Mac et iPhone.
L'architecture de cet assistant repose sur trois briques. Portrait gère les routines et les contacts de l'utilisateur, Corners cloisonne les différentes sphères de sa vie, et Goals suit ses objectifs de long terme. La vision de Spiegel est explicite, il s'agit de profiter d'un grand écran virtuel quand on le souhaite, mais surtout, à terme, de faire disparaître l'ordinateur pour se contenter de superviser des agents qui travaillent à notre place.
Snap annonce par ailleurs jusqu'à quatre heures d'autonomie en usage mixte. C'est peu dans l'absolu, mais cohérent avec le positionnement défendu par la marque, qui décrit les Specs comme un ordinateur à porter par sessions.
Vous l'aurez compris, les Specs ne visent pas le grand public au sens large, du moins pas encore. Entre leur autonomie de quatre heures, leur champ de vision de 51 degrés et l'absence de suivi oculaire, elles s'adressent d'abord aux développeurs, aux entreprises séduites par le programme dédié que lance Snap, et aux passionnés prêts à essuyer les plâtres d'une catégorie de produits naissante.
Les précommandes des Snap Specs sont d'ores et déjà ouvertes, à partir de 2 295 €, pour une livraison prévue dans le courant de l'automne en France, aux États-Unis et au Royaume-Uni.
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