Traque sur Internet

Les suspicions de copies d’étudiants ou de livres primés générés par IA poussent à utiliser les outils de détection proposés par des entreprises comme Pangram, mais ceux-ci ne peuvent nous assurer d’un diagnostic fiable. En France, l’écrivain Thélyson Orélien est pointé du doigt et son livre passé à la moulinette alors que l’auteur nie l’usage de l’IA générative et affirme : « je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine ».
La suspicion de devoirs rendus et livres de lauréats de prix littéraires générés par IA devient courante et pousse à la tentation de recourir à des logiciels de détection. Mais ceux-ci, même s’ils s’améliorent, peuvent se tromper et ont aussi des biais.
En France, depuis lundi, c’est le livre de Thélyson Orélien, titré « C’était ça ou mourir » et lauréat de plusieurs prix comme le prix Fnac ou le prix Méduse et pressenti par certains comme potentiel prix Goncourt 2026, qui est la cible de certaines critiques. L’ouvrage de l’écrivain québécois d’origine haïtienne a été la première cible littéraire d’un compte créé assez récemment sur X au nom de Pangramed. Ce compte pointe que le service de détection d’utilisation d’IA Pangram, dont il reprend le nom en le détournant, affiche sur plusieurs extraits du livre « nous croyons que ce texte entier est généré par IA » avec un score martelant « 100 % de ce texte est IA ».
Ce message a ensuite été repris sans pincettes par le journaliste du Figaro Paul Sugy et son collègue chroniqueur Samuel Fitoussi. Comme l’analyse Médiapart, une mécanique s’est ensuite déroulée dans les sphères de droite et d’extrême droite, Valeurs actuelles publiant un article sur le sujet, partagé ensuite par Alexandre Avril, vice-président de l’Union des droites pour la République (UDR). De nombreux comptes X ont aussi surfé sur le sujet, certains diffusant de fausses analyses Pangram de textes de Victor Hugo ou de Mary Shelley, d’autres ciblant de façon raciste Thélyson Orélien. Tout ça a propulsé le sujet dans l’actualité.
Depuis, nos confrères de Libération ont pu constater que la version 4 de Pangram estime bien que le texte est « entièrement IA » avec certains passages comme un mélange entre du texte artificiel et humain. Et le service français concurrent à Pangram, Lucide.ai a surfé sur l’occasion pour publier son diagnostic équivalent.
« Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine »
De son côté, Thélyson Orélien affirme à Libération : «J’ai toujours aimé la création et l’écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine.». Il ajoute : « Les images, les répétitions et les rythmes sont une parole vivante, elles sont miennes. Mes traditions sont haïtiennes et caribéennes ». Concernant l’estimation de Pangram, il « pense que le logiciel est habitué aux traditions littéraires françaises et aux auteurs classiques ».
Enfin, il exprime sa colère : «Depuis mon arrivée récente en France, je subis de nombreuses attaques racistes, qui ne viennent pas des lecteurs mais de personnes extérieures qui cherchent à nuire. Je n’y prêtais aucune attention. Mais je ne m’attendais pas à des attaques de ce genre. Je ne suis pas triste mais en colère. Je suis en train de constituer un dossier avec mes éditeurs en France et au Québec pour prouver ce que je dis ».






